A l’image du patron d’Odoo, Il est temps que les entrepreneurs donnent de la voix (édito)
La Belgique adore taxer, encadrer, réglementer. Elle écoute volontiers les politiques, les syndicats, les experts de plateau et les représentants de groupes d’intérêt. Mais elle entend beaucoup moins ceux qui créent l’emploi, investissent, prennent des risques et font vivre l’économie réelle
Publié par Nicolas de Pape
Pendant trop longtemps, le débat public belge a été monopolisé par les responsables politiques, les syndicats, les experts de plateau et les représentants de multiples groupes d'intérêt. Une voix manque pourtant cruellement dans cette conversation nationale : celle des entrepreneurs.
Ce sont eux qui investissent, qui créent de l'emploi, qui prennent des risques, qui développent les entreprises qui font vivre notre économie. Pourtant, lorsqu'il s'agit de définir les grandes orientations fiscales, sociales ou économiques du pays, leur parole semble souvent reléguée au second plan, voire suspectée d'arrière-pensées.
Cette situation peut changer.
Une voix émanant du monde de l'entreprise
La récente intervention du patron d'Odoo, Fabien Pinckaers, sur la taxe visant les plus-values ou les patrimoines importants a démontré à quel point la voix des entrepreneurs peut enrichir le débat public. En critiquant la taxation des gains supérieurs à 500.000 euros, il n'a pas simplement défendu ses intérêts personnels. Il a soulevé une question fondamentale : certes le ratio proposé par Les Engagés est relativement faible (0,6%) mais cela revient à 30 millions d'euros d'impôt pour le patron d'Odoo qui possède 50% des actions de son entreprise valorisée à 10 milliards.
Quel signal la Belgique envoie-t-elle à ceux qui entreprennent, innovent et créent de la valeur ?
On peut être d'accord ou non avec ses arguments. C'est précisément cela, la démocratie. Mais il est sain que des chefs d'entreprise osent sortir de leur réserve pour participer à la discussion collective. Ils sont trop rares à le faire car ils ont peur de l’effet boomerang. Et c’est regrettable.
Car derrière chaque mesure fiscale se cachent des conséquences bien réelles. Une taxe n'est pas seulement une ligne dans un programme gouvernemental. C'est un élément qui influence les décisions d'investissement, l'attractivité du pays, l'installation d'entreprises et parfois même le maintien d'activités sur notre territoire.
Culture de méfiance
La Belgique souffre depuis des décennies d'une culture de méfiance envers la réussite économique. L'entrepreneur prospère est souvent présenté comme un privilégié plutôt que comme un créateur de richesse. Le profit demeure un mot suspect alors qu'il constitue la condition même de la croissance, de l'investissement et de l'emploi.
Cette mentalité n'est plus adaptée aux défis du XXIe siècle.
Face à la concurrence internationale, à la révolution technologique et à la nécessité de financer notre modèle social, nous avons besoin d'un secteur privé fort, innovant et ambitieux. Nous avons besoin d'entrepreneurs qui osent construire des entreprises mondiales depuis la Belgique. Nous avons besoin de success stories comme Odoo.
Mais nous avons également besoin que ces entrepreneurs parlent. Qui mieux qu’eux connaît la réalité du terrain ? Il est bon qu'ils alertent lorsque certaines politiques risquent de freiner l'investissement. Qu'ils participent pleinement à la vie démocratique du pays en proposant des solutions, à la société civile d’en débattre ensuite.
Défendre sa mission
Une société ancrée dans le réel ne se construit pas uniquement avec des responsables politiques et des partenaires sociaux. Elle se construit aussi avec ceux qui créent les emplois de demain.
Les entrepreneurs n'ont pas à s'excuser de défendre leur vision. Au contraire. Leur silence laisserait le débat public amputé d'une perspective essentielle. Qui peut le mieux parler d’économie et de création de richesses que les entrepreneurs ?
Réjouissons-nous qu'ils prennent davantage la parole sinon l’espace est laissé aux pseudo-experts.