« Je risque de devoir m'exiler » : le patron d’Odoo s'attaque à la taxe sur le patrimoine proposée par les Engagés
Le fondateur et CEO d’Odoo, Fabien Pinckaers, est sorti de sa réserve pour dénoncer la proposition des Engagés visant à taxer les patrimoines élevés. Selon lui, cette mesure reviendrait à taxer les entrepreneurs sur la valeur théorique de leur entreprise et pousserait nombre d’entre eux à quitter la Belgique.
Publié par Harrison du Bus
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Résumé de l'article
Fabien Pinckaers, patron d’Odoo, affirme que la taxe sur le patrimoine envisagée par les Engagés pousserait les entrepreneurs à s’exiler et menacerait l’investissement en Belgique.
L'offensive des Engagés en faveur d'une taxation des patrimoines continue de susciter de vives réactions dans le monde économique. Après les critiques formulées par plusieurs responsables libéraux, c'est désormais l'une des figures les plus emblématiques de l'entrepreneuriat belge qui monte au créneau.
Dans un message publié sur LinkedIn, le fondateur et CEO d’Odoo, Fabien Pinckaers, affirme que la proposition défendue par Yvan Verougstraete pourrait le contraindre à quitter la Belgique.
« Je risque de devoir m'exiler »
Le ton est inhabituel pour l'entrepreneur wallon. « Je ne m'exprime jamais sur la politique », précise-t-il d'emblée. Mais la mesure envisagée le touche directement.
Selon son calcul, la taxation du patrimoine défendue par les Engagés reviendrait à lui faire payer chaque année environ 0,6 % de la valeur de ses actions Odoo. Or il détient un peu plus de 50 % de l'entreprise, aujourd'hui valorisée à près de 10 milliards d'euros.
Le résultat est spectaculaire : plus de 30 millions d'euros d'impôts annuels. Un montant qu'il affirme être incapable de payer. « Je n'ai pas plus de 100.000 euros sur mon compte bancaire », écrit-il.
Le paradoxe des entrepreneurs
L'argument développé par Fabien Pinckaers repose sur une distinction fondamentale entre patrimoine et liquidités. Dans le débat public, les patrimoines élevés sont souvent assimilés à une accumulation d'argent disponible. Cette vision ne correspond pas à la réalité de nombreux entrepreneurs.
L'essentiel de leur patrimoine n'est pas constitué d'argent dormant sur un compte bancaire mais d'actions dans l'entreprise qu'ils ont créée. « La richesse des plus riches n'est pas de l'argent sur un compte pour partir en vacances », explique-t-il.
La richesse des plus riches n'est pas de l'argent sur un compte pour partir en vacances.
Fabien Pinckaers
Cette richesse prend principalement la forme d'actifs productifs : propriété intellectuelle, bâtiments, trésorerie d'entreprise, investissements et emplois.
Autrement dit, une valorisation élevée ne signifie pas nécessairement une capacité à payer immédiatement un impôt important.
Vendre son entreprise pour payer l'impôt ?
Fabien Pinckaers pousse le raisonnement jusqu'à ses conséquences pratiques. Pour payer plusieurs dizaines de millions d'euros d'impôts chaque année, il lui faudrait vendre une partie de ses actions.
Mais une telle opération aurait selon lui une conséquence directe : la perte progressive du contrôle de l'entreprise. « Vendre mes actions Odoo aux actionnaires américains pour payer mes taxes serait perdre le contrôle de la société », écrit-il. Une perspective qu'il juge inacceptable.
L'entrepreneur estime ainsi que la taxe proposée ne viserait pas seulement les revenus ou les dividendes, mais directement la propriété des entreprises.
Odoo comme exemple
Pour illustrer son propos, Fabien Pinckaers rappelle le poids économique d’Odoo en Belgique. Il met en avant plus de 323 millions d'euros d'exportations annuelles, près de 100 millions d'euros de recettes fiscales générées chaque année, plusieurs centaines de millions d'euros de plus-values pour les fonds publics wallons ainsi qu'environ 15.000 emplois directs et indirects.
À ses yeux, la question dépasse donc largement sa situation personnelle.
L'enjeu est de savoir si la Belgique souhaite continuer à accueillir et développer ce type d'entreprises sur son territoire.
« Taxez-moi quand je gagne de l'argent »
Le patron d’Odoo insiste sur un point qu'il juge essentiel. Il ne conteste pas le principe de l'impôt. Selon lui, lorsqu'il perçoit un salaire ou des dividendes, il est normal que ceux-ci soient taxés.
Il rappelle d'ailleurs que les dividendes sont déjà soumis à une imposition particulièrement élevée en Belgique, combinant l'impôt sur les sociétés et le précompte mobilier.
La différence fondamentale est qu'un revenu constitue une entrée d'argent effective alors que la valeur d'une entreprise reste largement théorique tant que ses actions ne sont pas vendues.
Le risque d'une fuite des capitaux
Fabien Pinckaers conclut en avertissant que les conséquences d'une telle réforme pourraient dépasser largement son cas personnel.
« Taxer les entrepreneurs personnellement sur la valeur de leur société est un non-sens », affirme-t-il. Selon lui, une telle mesure provoquerait inévitablement une fuite des talents, des investisseurs et des capitaux vers des juridictions plus favorables.
Un argument qui rejoint celui avancé par plusieurs responsables du MR, dont Georges-Louis Bouchez, pour qui l'assainissement budgétaire doit passer par une réduction des dépenses publiques plutôt que par une nouvelle taxation du patrimoine.
Alors que le débat fiscal s'intensifie à l'approche des prochaines échéances électorales, l'intervention de Fabien Pinckaers apporte une dimension concrète à une discussion souvent théorique. En prenant l'exemple de sa propre situation, l'entrepreneur met en lumière l'une des principales critiques adressées aux projets de taxation du patrimoine : la difficulté de distinguer une fortune disponible d'une valeur entrepreneuriale immobilisée dans une entreprise.