Apprendre à gérer son argent, c’est aussi apprendre à ne pas subir sa vie ! (Carte blanche)
L'éducation financière doit faire partie des apprentissages de base. Une carte blanche de Stéphane Gurbuz, président des Jeunes MR Bruxelles.
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
- Selon Stéphane Gurbuz, président des jeunes MR bruxellois, l'éducation financière doit faire partie des formations de base.
- Trop de jeunes se lancent dans la vie sans pouvoir affronter la complexité de l'argent et de son usage.
Sommaire
Apprendre à gérer son argent, c’est aussi apprendre à ne pas subir sa vie. C’est peut-être une phrase bateau, peut-être même une formule un peu trop simple pour résumer des réalités sociales parfois très dures, mais j’en suis pourtant persuadé : l’éducation financière reste l’un des grands angles morts de notre système éducatif, alors même qu’elle conditionne une part croissante de l’autonomie réelle des jeunes.
Aujourd’hui, on apprend aux jeunes les matières classiques, ce qui est essentiel. Mais il reste étonnamment normal qu’ils quittent l’école sans savoir gérer un budget, comprendre une fiche de paie, un crédit ou les réalités financières de la vie adulte.
Il est injuste d’attendre des jeunes qu’ils soient autonomes sans leur avoir appris les règles concrètes de la vie : gérer un budget, comprendre une fiche de paie ou éviter les pièges financiers qui peuvent fragiliser un début de parcours.
Cette contradiction n’est plus tenable : les jeunes sont confrontés à l’argent très tôt, bien avant la vie active, à travers les dépenses et décisions du quotidien. Pourtant, on ne leur apprend toujours pas vraiment à le gérer.
Le rapport à l’argent s’est à la fois démocratisé, accéléré et brouillé. Tout paraît plus accessible, mais tout est aussi plus opaque. Le geste de payer est devenu plus simple ; comprendre ce que l’on paie, ce que l’on risque et ce que l’on engage est devenu plus complexe.
C’est précisément pour cette raison que l’éducation financière devrait être pensée comme une composante normale de l’éducation de base. Il ne s’agit pas d’introduire à l’école une culture de l’argent pour l’argent, ni de réduire l’existence à une logique comptable. Il s’agit, au contraire, de redonner à l’argent sa juste place : celle d’un outil qu’il faut comprendre pour ne pas le subir.
Un jeune qui ne comprend pas les bases du budget, du crédit ou de l’épargne est plus vulnérable face aux difficultés financières. Pourtant, cela pourrait souvent être évité grâce à une meilleure transmission de ces connaissances essentielles.
L’éducation financière ne sert pas à apprendre aux jeunes à devenir riches ni à nier les difficultés sociales. Elle vise surtout à leur donner des bases pour ne pas entrer sans repères dans un monde où les erreurs financières peuvent coûter cher.
Parler d’éducation financière, ce n’est pas seulement parler d’investissement. C’est surtout apprendre aux jeunes à gérer concrètement leur argent au quotidien : budget, épargne, premier salaire, pension, dépenses et bonnes habitudes financières dès le début de la vie adulte.
Autrement dit, l’éducation financière concerne la vie tout entière, pas seulement les produits financiers.
Ces connaissances ne peuvent plus dépendre uniquement du cadre familial. Dans un monde plus complexe, plus rapide et plus numérisé, les jeunes doivent faire des choix importants très tôt, ce qui rend une meilleure transmission des bases financières indispensable.
C’est aussi une question de justice. Dans certains milieux, les codes se transmettent presque naturellement. Un enfant entend parler d’épargne, d’assurance, de fiscalité, de crédit hypothécaire, de pension complémentaire ou de stratégie patrimoniale sans même s’en rendre compte. Dans d’autres familles, l’argent est d’abord associé à l’inquiétude, au manque, à la débrouille, parfois au silence. Cette différence de rapport à l’argent produit une inégalité très concrète : certains grandissent avec une familiarité implicite à l’égard des mécanismes financiers, tandis que d’autres découvrent seuls, souvent trop tard, les règles d’un jeu dont ils n’avaient pas reçu la notice.
L’école ne peut pas supprimer toutes les inégalités, mais elle ne doit pas les renforcer. En matière d’éducation financière, elle doit garantir à tous les jeunes des bases claires et concrètes, sans que ces connaissances dépendent du milieu dans lequel on grandit.
Il est injuste d’attendre des jeunes qu’ils soient autonomes sans leur avoir appris les règles concrètes de la vie : gérer un budget, comprendre une fiche de paie ou éviter les pièges financiers qui peuvent fragiliser un début de parcours.
Prenons un exemple très simple. Un jeune commence à travailler, touche son premier salaire et découvre avec enthousiasme une forme d’indépendance nouvelle. Très vite pourtant, les premières questions apparaissent : combien faut-il mettre de côté ? Quel loyer est réellement supportable ? Comment savoir si une offre de crédit est raisonnable ? Faut-il accepter une voiture à mensualités ou attendre ? Comment éviter de vivre tout le mois avec une sensation d’étouffement budgétaire ? Pourquoi la pension semble-t- elle déjà concerner sa vie alors qu’il vient à peine de commencer à travailler ?
Il faut également reconnaître que certains publics, pour des raisons sociales, culturelles ou historiques, ont parfois été plus tenus à l’écart de ces sujets, notamment les femmes.
Une éducation à faire, sans tabous
L’éducation financière doit donc être pensée de manière simple, accessible et inclusive, sans jargon ni barrières, afin de toucher tout le monde.
Je crois profondément qu’il y a là un chantier public essentiel, parce qu’il touche à quelque chose de plus large que la simple gestion de l’argent : il touche à la confiance qu’une société place dans sa jeunesse.
Si beaucoup apprennent aujourd’hui ces sujets sur TikTok ou Instagram, c’est surtout le signe d’un manque dans les canaux traditionnels comme l’école.
Il faut prendre ce signal au sérieux. Et c’est bien dommage que l’école, qui devrait être le premier lieu de transmission des repères essentiels, arrive parfois après les réseaux sociaux sur des sujets aussi structurants.
L’éducation financière ne réglera pas toutes les difficultés des jeunes ni les inégalités sociales, mais elle peut éviter que certaines situations soient aggravées par un manque de connaissances ou de préparation.