Carte blanche en réaction à la proposition de faire fondre la statue de Sylvain Van de Weyer
À Louvain, une proposition visant à faire fondre la statue de Sylvain Van de Weyer pour en créer une nouvelle œuvre contemporaine interpelle. Une carte blanche de Florence Frelinx, Première Échevine de la Ville de Bruxelles en charge du patrimoine public & historique.
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
Carte blanche de Florence Frelinx, Première Échevine de la Ville de Bruxelles en charge du patrimoine, qui s’oppose fermement au projet de faire fondre la statue de Sylvain Van de Weyer à Louvain. Elle défend la préservation du patrimoine comme élément essentiel de l’histoire collective belge et plaide pour sa mise en valeur, proposant même d’accueillir la statue à Bruxelles plutôt que son effacement au nom de la modernité.
À Louvain, une proposition visant à faire fondre la statue de Sylvain Van de Weyer pour en créer une nouvelle œuvre contemporaine interpelle. Entreposée depuis plusieurs années faute d’emplacement adapté dans l’espace public, cette statue d’un ancien Premier ministre et figure fondatrice de la Belgique pourrait désormais disparaître définitivement.
Car une société ne s’encombre pas de son histoire. Elle la choie, elle la réfléchit et elle la raconte.
Nos villes évoluent. Les usages changent. Les espaces publics se réinventent. Les sensibilités artistiques se diversifient. Toutes les formes d’art ont leur place dans la ville d’aujourd’hui et de demain.
Mais moderniser une ville ne signifie pas effacer ce qui l’a construite.
L’histoire ne se contemple pas au gré des modes ou des sensibilités court-termistes. Elle exige de la vision, de la nuance et du temps long. Une société solide est capable d’ajouter de nouvelles œuvres, de nouveaux récits et de nouvelles générations d’artistes sans devoir faire disparaître les symboles qui ont traversé le temps.
Nos statues, nos monuments, notre patrimoine public et historique ne sont pas de simples éléments de mobilier urbain que l’on déplace, entrepose ou transforme lorsqu’ils deviennent plus difficiles à intégrer dans un projet urbain. Ils sont les témoins de notre récit collectif. Ils racontent ce que nous avons été, les femmes et les hommes qui ont construit notre pays, les combats politiques, diplomatiques et sociaux qui ont façonné notre royaume.
Sylvain Van de Weyer était de ceux-là.
Avocat, intellectuel, diplomate et homme d’État, il fut l’une des figures centrales de la jeune Belgique née de 1830. Participant au Congrès national qui posa les fondements institutionnels de notre pays, il contribua activement à la construction du nouvel État belge au moment où son existence même demeurait fragile et incertaine.
Ancien Premier ministre, acteur important de l’indépendance de la Belgique et de son rayonnement international, Sylvain Van de Weyer joua surtout un rôle diplomatique majeur dans la reconnaissance et la consolidation de notre pays sur la scène européenne du XIXe siècle. Envoyé à Londres comme ministre plénipotentiaire, il y représenta durablement la Belgique auprès de l’une des plus grandes puissances de l’époque et participa à inscrire notre jeune nation dans l’équilibre européen naissant.
À une époque où la Belgique devait encore prouver sa viabilité, sa stabilité et sa légitimité, Van de Weyer fut l’un de ceux qui donnèrent à notre pays une voix, une crédibilité et une place dans le concert des nations.
Oui, certains rappellent aujourd’hui qu’il était peut-être davantage londonien que louvaniste. Mais les grands hommes d’État dépassent les frontières communales. Les figures qui ont construit la Belgique appartiennent à chacune de nos villes, à chacune de nos régions, à chacune de nos provinces et surtout à notre histoire commune.
Nos hommes d’État belges sont ceux qui n’ont pour seule attache que l’intérêt de toute la nation.
Et c’est précisément cela qui devrait nous rendre fiers.
Fiers de pouvoir montrer, dans nos espaces publics, celles et ceux qui ont contribué à bâtir la Belgique telle que nous la connaissons aujourd’hui. Fiers de préserver les symboles de notre histoire. Fiers d’assumer que le patrimoine n’est pas un obstacle à la modernité, mais une composante essentielle de celle-ci.
Conserver une statue ne signifie pas figer le passé ni empêcher le débat. Préserver une œuvre ne signifie pas renoncer à la création contemporaine. Une ville ambitieuse doit pouvoir faire les deux : accueillir l’avenir tout en respectant les traces de son histoire.
À Bruxelles, nous portons cette ambition. Capitale du pays et capitale de l’Europe, notre ville a une responsabilité particulière dans la préservation et la mise en valeur du patrimoine public, historique et artistique. Cela signifie restaurer nos œuvres, redonner vie à des monuments oubliés, intégrer le patrimoine dans les nouveaux aménagements urbains et transmettre aux générations futures ce qui constitue notre mémoire collective.
Les symboles de notre pays méritent mieux qu’un entrepôt. Et certainement mieux que la fonderie.
Si Louvain ne trouve plus de place pour cette statue, je suis convaincue que Bruxelles pourrait lui offrir un écrin digne de son importance historique, par exemple dans l’un de nos espaces verts. Parce qu’un pays qui respecte son histoire respecte aussi les femmes et les hommes qui l’ont construit.
À l’approche du bicentenaire de la Belgique en 2030, nous avons besoin d’un projet fédérateur. Une ambition nationale capable de rassembler autour de notre culture, de notre patrimoine, de nos grands événements, de notre histoire commune et des grandes figures qui ont marqué notre pays.
Le bicentenaire de la Belgique ne nous demande pas de fondre notre histoire. Il nous invite à la faire vivre.
Soyons fiers de notre patrimoine, ne l’effaçons pas. Restaurons-le, mettons-le en valeur et racontons-le.