Les Belges juifs, l’ambassadeur américain et le « rabbin » antisémite (Carte Blanche)
Depuis le 7 octobre 2023, une partie des Juifs de Belgique a le sentiment d’être devenue une minorité à part. Entre poursuites visant des mohels pratiquant la circoncision rituelle, décisions politiques jugées discriminatoires et multiplication d’affaires d’antisémitisme classées sans suite, la défiance envers les institutions s’accroît.
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
-Joël Rubinfeld fait remonter l’affaire des mohels à la plainte de Moshe Friedman, membre de Neturei Karta, mouvance juive ultra-orthodoxe antisioniste, présenté dans le texte comme un « faux rabbin » déjà connu pour ses provocations.
-Il rappelle que Friedman avait participé en 2006 à une conférence négationniste à Téhéran et qu’il a multiplié, depuis son installation à Anvers, les procédures contre la communauté juive.
-La carte blanche défend ensuite la Brit Milah comme un rite fondateur du judaïsme, encadré par des mohels formés, et s’interroge sur l’acharnement judiciaire visant cette pratique.
-Le texte élargit enfin l’accusation à un double standard belge : sévérité contre les rites juifs, indulgence face à des propos ou actes antisémites, et mesures consulaires jugées discriminatoires envers certains Belges juifs d’Israël.
Dans cette carte blanche, Joël Rubinfeld, président de la Ligue belge contre l'antisémitisme, dénonce ce qu’il considère comme un double standard de la justice et du pouvoir politique belges, au point de susciter l’intervention publique de l’ambassadeur américain en Belgique.
« L’antisémitisme est inacceptable sous toutes ses formes et doit être éradiqué de notre société. Le président Donald Trump, le vice-président JD Vance, le secrétaire d’État Marco Rubio et moi-même appelons toute la Belgique à faire beaucoup mieux dans ce domaine ! » C’est par ces mots, publiés le 16 février 2026 sur son compte X, que Bill White, ambassadeur des États-Unis en Belgique, a rappelé le vice-Premier ministre et ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, à ses devoirs.
Une liste d'enfants juifs
S’alarmant de la flambée de l’antisémitisme observée en Belgique depuis le 7 octobre 2023, l’ambassadeur américain dénonçait, dans son tweet, les perquisitions menées en mai 2025 aux domiciles de deux rabbins et mohels (personnes formées à la pratique de la Brit Milah, la circoncision rituelle juive) par la police anversoise, qui a saisi les instruments permettant aux mohels de perpétuer ce rite juif trimillénaire et exigé la remise de la liste des enfants circoncis par les mohels — une liste d’enfants juifs…
Le 6 mai dernier, le parquet d’Anvers a requis le renvoi des deux mohels devant le tribunal correctionnel pour « coups et blessures volontaires avec préméditation à l’encontre de mineurs » et « exercice illégal de la médecine ». Outré par cette demande de renvoi, l’ambassadeur américain l’a qualifiée de « tache honteuse sur la Belgique [qui] sera désormais perçue dans le monde comme antisémite ».
Comment en sommes-nous arrivés là ? Pourquoi l’ambassadeur d’un pays étranger se sent-il en devoir d’admonester publiquement les autorités du pays hôte ? Pourquoi l’appareil judiciaire, censé protéger la minorité juive du royaume, donne-t-il aujourd’hui le sentiment de la persécuter ?
Né en 1972 à New York, Moshe Friedman est membre de la secte juive ultra-orthodoxe et antisioniste Neturei Karta qui, à l’unisson des mollahs iraniens, prône la destruction de l’État juif.
Pour le comprendre, il faut revenir à l’origine de l’Affaire des mohels, à savoir la plainte déposée en 2024 par Moshe Friedman. Mais qui est cet individu, décrit en 2014 comme « faux rabbin » et « usurpateur » par RTL TVI ?
L’habit ne fait pas le rabbin
Né en 1972 à New York, Moshe Friedman est membre de la secte juive ultra-orthodoxe et antisi oniste Neturei Karta qui, à l’unisson des mollahs iraniens, prône la destruction de l’État juif (voir photo).
En 2006, Friedman participe à la conférence négationniste organisée à Téhéran par le président iranien Mahmoud Ahmadinejad - l’aspirant génocidaire qui promettait de « rayer Israël de la carte ». Lors de ce raout antisémite réunissant une soixantaine de négateurs de la Shoah - parmi lesquels Robert Faurisson et le néonazi David Duke - Friedman réfute le chiffre de six millions de Juifs exterminés durant la Seconde Guerre mondiale pour le réduire à « environ un million ».
En 2011, Friedman s’installe à Anvers et s’emploie depuis, comme il l’avait auparavant fait à Vienne, à saper la communauté juive à coups de procès, de provocations et de dénonciations calomnieuses.
En 2012, Friedman intente une action judiciaire contre une école juive orthodoxe pour filles afin de la contraindre à inscrire deux de ses garçons dans l’établissement scolaire. En 2014, il assiste au procès d’un membre du groupe terroriste Sharia4Belgium aux côtés du père du prévenu afin de lui apporter son soutien.
Comment Friedman pourrait-il en effet justifier son acharnement à imposer la Brit Milah à chacun de ses garçons si, comme il le prétend, des complications étaient survenues dès la première circoncision ?
En 2018, il est mêlé à un scandale international impliquant celle qu’il présente comme « sa meilleure amie », une espionne marocaine désignée par la Sûreté de l’État comme une « menace pour la sécurité nationale ». Et en 2024, il porte plainte contre les mohels anversois, qu’il accuse de pratiquer des mutilations corporelles sur des mineurs.
Dans une interview donnée le 17 février 2026 à la VRT, Friedman affirme que ses « trois fils ont été victimes des circonciseurs, qui sont en réalité de véritables bouchers, [et] subissent les conséquences médicales liées à leur circoncision traditionnelle ». À elle seule, cette déclaration aurait dû éveiller les soupçons des enquêteurs anversois.
Comment Friedman pourrait-il en effet justifier son acharnement à imposer la Brit Milah à chacun de ses garçons si, comme il le prétend, des complications étaient survenues dès la première circoncision ? Et pourquoi a-t-il, l’année même du dépôt de plainte contre ces « véritables bouchers », couru les mohels d’Anvers — qui ont tous refusé — avant de se tourner vers un mohel bruxellois pour faire circoncire son petit-fils né en avril 2024 ?
Qu’est-ce que la Brit Milah ?
La Brit Milah est l’un des 613 commandements du judaïsme - un rite remontant à Abraham et constituant le signe physique de l’alliance entre Dieu et le peuple juif. Une tradition plurimillénaire qui compte parmi les plus importants des commandements. C’est à cette pratique fondamentale du judaïsme que Friedman a choisi de s’attaquer, secondé dans cette entreprise par l’appareil judiciaire belge.
En réalité, les mohels sont les personnes les plus qualifiées qui soient pour pratiquer la circoncision. Ce rite ancestral est strictement encadré, les mohels étant rigoureusement formés à la circoncision, aussi bien à la pratique elle-même qu’au respect des règles d’hygiène.
En réalité, les mohels sont les personnes les plus qualifiées qui soient pour pratiquer la circoncision. Ce rite ancestral est strictement encadré, les mohels étant rigoureusement formés à la circoncision, aussi bien à la pratique elle-même qu’au respect des règles d’hygiène.
La famille royale britannique ne s’y est d’ailleurs pas trompée lorsqu’elle fit appel en 1948 à un mohel, le rabbin Jacob Snowman, pour pratiquer la circoncision de l’actuel roi Charles III. Pourquoi, dès lors, ce qui est jugé suffisamment sûr pour la couronne britannique ne le serait-il pas pour nous, les roturiers juifs ?
Une chose encore : une simple recherche sur Google permet de constater que plusieurs décès sont survenus lors de baptêmes pratiqués selon le rite chrétien, notamment aux États-Unis, en Afrique du Sud, en Roumanie, au Ghana, en Moldavie ou encore en République démocratique du Congo.
Ces tragédies ont-elles pour autant conduit à remettre en cause cette tradition bimillénaire ? A-t-on entendu quiconque exiger que ce sacrement soit retiré des mains des prêtres au profit de maîtres-nageurs ? Évidemment non, tant une telle demande paraîtrait absurde.
Soulignons qu’aucun décès lié à la pratique de la Brit Milah n’a jamais été recensé en Belgique.
Alors pourquoi cet acharnement lorsqu’il s’agit d’une pratique ancestrale juive ? Qu’est-ce qui justifie ce traitement d’exception réservé aux seuls Juifs ?
Le double standard
L’Affaire des mohels illustre le double standard qui prévaut lorsque la question juive est abordée par la magistrature belge.
D’une part, l’appareil judiciaire fait preuve d’une ardeur suspecte lorsqu’il s’agit de s’en prendre à l’un des piliers du judaïsme. D’autre part, il témoigne d’un laxisme coupable lorsqu’il s’agit de traiter les dossiers d’antisémitisme.
En 2025, le tribunal correctionnel de Gand acquittait l’écrivain Herman Brusselmans qui avait publié un brûlot antisémite dans le magazine Humo, l’un des principaux hebdomadaires du pays, dans lequel il disait : « Je suis tellement en colère que j’ai envie d’enfoncer un couteau pointu dans la gorge de chaque Juif que je rencontre. »
La même année, le parquet de Bruxelles classait sans suite une plainte déposée contre Fouad Ahidar, président du parti politique éponyme, qui s’était livré à une longue diatribe antisémite lors d’une interview donnée à une web TV communautaire.
En 2024, le parquet de Bruxelles ne daignait même pas accuser réception de la plainte introduite par la Ligue belge contre l’antisémitisme suite à la manifestation ayant réuni des milliers de personnes au cœur de la capitale le 7 octobre 2024 pour célébrer le premier anniversaire des pogroms perpétrés par le Hamas en Israël l’année précédente.
Lors de ce rassemblement, un prêcheur islamiste a psalmodié en arabe : « Allah, brûle les Juifs ! », devant une foule agitant des drapeaux palestiniens et répondant par un « Amen ». Comble de l’histoire : après avoir dénoncé les faits dans les médias belges et français, j’ai été auditionné par la police à la suite d’une plainte déposée contre ma personne par l’organisateur de cette manifestation - qualifier cet événement d’antisémite l’aurait mis en danger…
Un tropisme qui ne date pas d'hier
Ces exemples témoignent d’un tropisme qui ne date pas d’hier. En 2016 déjà, le parquet de Liège classait sans suite la plainte déposée contre un cafetier belgo-turc qui avait placardé, sur la devanture de son établissement, le message suivant : « L’entrée est autorisée aux chiens mais aux Juifs en aucune façon ! »
En Belgique, la justice disculpe celui qui veut enfoncer un couteau pointu dans la gorge de chaque Juif qu’il rencontre, ignore celui qui appelle à les brûler tous, et criminalise celui qui accomplit la plus ancienne et la plus universellement observée des traditions juives.
Récapitulons : en Belgique, la justice disculpe celui qui veut enfoncer un couteau pointu dans la gorge de chaque Juif qu’il rencontre, ignore celui qui appelle à les brûler tous, et criminalise celui qui accomplit la plus ancienne et la plus universellement observée des traditions juives.
Pas de passeports pour les Juifs
Il n’y a pas qu’en matière de circoncision que les Belges juifs pâtissent d’un traitement d’exception.
Le 2 septembre dernier, le ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, rendait public l’accord du Conseil ministériel restreint contenant une série de mesures punitives visant l’État d’Israël, mais aussi des ressortissants juifs, en décrétant la « fin des services consulaires étendus pour les Belges résidant dans les colonies ».
Concrètement, cela signifie que les Belges habitant en Judée-Samarie ou dans la partie orientale de Jérusalem ne peuvent plus, entre autres, renouveler leur passeport auprès des services concernés. Si l’accord du Conseil ministériel évoque les Belges en général, la mise au ban ne s’applique, dans les faits, qu’aux Juifs d’entre eux.
Interrogé à ce sujet, le ministère des Affaires étrangères a nié toute mesure discriminatoire : « Cette mesure s’applique à tous les Belges, sans distinction sur base de croyance ou d’éventuelle deuxième nationalité. » Une affirmation qui ne résiste pas à l’examen puisque, en Judée-Samarie, les résidents visés sont exclusivement juifs.
Et qu’en est-il des Belges résidant dans la partie orientale de la capitale israélienne ? Prenons le cas de deux ressortissants - l’un juif, l’autre arabe - vivant dans une même rue de la vieille ville de Jérusalem. Pour le premier, le renouvellement du passeport serait refusé par les services consulaires ; pour le second, la procédure relèverait d’une simple formalité.
Quant aux Belges établis dans les nombreux autres territoires disputés ou occupés que compte la planète, l’accès aux services consulaires ne semble rencontrer aucune difficulté particulière.
Une Belgique sans Juifs ?
En 2000, on estimait à 40.000 le nombre de Juifs en Belgique. Aujourd’hui, leur nombre serait d’environ 30.000 - soit 0,25% de la population totale.
La communauté juive se trouve désormais à la croisée des chemins. Sans un sursaut immédiat et radical des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, son avenir s’inscrira dans une dynamique de déclin structurel comparable à celle observée ces vingt-cinq dernières années dans des pays comme la Turquie - où la communauté juive a été réduite de moitié - ou encore la Russie et le Venezuela, où elle a perdu les trois quarts de ses effectifs.
À défaut, lorsque les historiens se pencheront dans quelques décennies sur les causes de l’extinction de la communauté juive du royaume, ils consacreront sans doute un chapitre à l’action judiciaire intentée contre les mohels ainsi qu’au traitement discriminatoire promu par Maxime Prévot à l’égard de ses ressortissants juifs ayant choisi de vivre sur leur terre ancestrale — le mot « Juif » signifiant étymologiquement « originaire de Judée »…