Ceuta : « presque une agression sexuelle par jour » depuis l’afflux migratoire
Un mois après l’entrée massive de dizaines de milliers de migrants à Ceuta, la procureure de l’enclave espagnole fait état de 23 plaintes pour agressions sexuelles et d’une hausse « exponentielle » de ces crimes. Dans une ville sous tension, la colère gagne désormais aussi la rue.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
À Ceuta, la procureure Silvia Rojas fait état de 23 agressions sexuelles depuis le début de la crise migratoire, soit presque une par jour. Huit hommes sont visés par une enquête.
Un mois après l’arrivée massive de dizaines de milliers de migrants à Ceuta, la crise ne se mesure plus seulement au nombre de personnes dormant dans les rues ou à la saturation des structures d’accueil. Elle se lit désormais aussi dans les dossiers du parquet.
Silvia Rojas, procureur en chef de l’enclave espagnole, affirme que les agressions sexuelles ont connu une « augmentation exponentielle » depuis le début de l’afflux migratoire survenu à la fin du mois de juillet.
Vingt-trois plaintes ont été enregistrées en quelques semaines. « Le chiffre de 23 représente presque une procédure pour agression sexuelle par jour », explique la magistrate dans un entretien accordé à El País. « Il y a de l’inquiétude. »
La procureur souligne également la vulnérabilité particulière de certaines victimes, notamment des migrantes mineures en situation irrégulière. Et elle estime que le chiffre réel pourrait être supérieur au nombre de plaintes déposées, certaines victimes pouvant hésiter à saisir la justice par peur ou en raison de leur situation administrative.
Huit hommes visés par une enquête
À ce stade, huit hommes font l’objet d’une enquête dans ces affaires : quatre Marocains, trois Espagnols et un Belge.
Cette composition mérite d’être précisée tant le sujet est inflammable : la hausse constatée intervient dans le contexte de la crise migratoire, mais les personnes mises en cause ne sont pas exclusivement des migrants marocains.
Le constat de la procureur demeure néanmoins particulièrement sévère. Silvia Rojas, qui exerce à Ceuta depuis plus de vingt ans et avait déjà connu la crise migratoire de 2021, estime que la situation actuelle n’a pas d’équivalent récent. Près de 70.000 personnes seraient entrées sur le territoire depuis le 30 juillet, soit un ordre de grandeur proche de la population permanente de la ville, qui compte environ 80.000 habitants.
« Nous sommes devant un événement sans précédent dans l’histoire de notre nation », résume-t-elle.
Une ville dont les services arrivent à saturation
Le choc démographique temporaire a placé les infrastructures locales sous une pression considérable.
La procureur évoque l’engorgement des services de protection de l’enfance, mais aussi les difficultés rencontrées par les systèmes sanitaire et scolaire. Selon elle, Ceuta ne dispose tout simplement pas des capacités permettant d’absorber seule un tel afflux.
La situation des mineurs est particulièrement critique. Entre 1.400 et 1.600 seraient entrés dans l’enclave selon l’estimation avancée par la magistrate, alors que les capacités ordinaires d’accueil sont sans commune mesure avec ces chiffres.
La réponse envisagée passe notamment par leur répartition vers d’autres communautés autonomes espagnoles, avant une évaluation individuelle pouvant déboucher, selon les cas, sur une réunification familiale ou un retour dans le pays d’origine.
La colère gagne la population
À cette saturation administrative s’ajoute désormais une tension sociale de plus en plus visible.
Des manifestations ont été organisées en Espagne en réaction à la situation de Ceuta, tandis que dans l’enclave même la population exprime son exaspération face à une crise qui dure depuis plus d’un mois. Des associations locales continuent parallèlement de venir en aide aux femmes, aux enfants et aux migrants les plus vulnérables, dans un climat décrit comme de plus en plus difficile.
La procureur redoute précisément les conséquences de cette détérioration sur la coexistence entre habitants.
Interrogée sur la possibilité d’un « estallido social », une explosion sociale, Silvia Rojas appelle à ne pas céder à l’emballement. Elle reconnaît toutefois que la population de Ceuta a le sentiment d’avoir subi « un mois d’inaction ». Le malaise dépasse désormais la seule gestion des migrants.
Selon BFM, un rapport policier espagnol soulève également des interrogations sur le comportement des forces de l’ordre marocaines au moment de l’entrée massive, celles-ci étant décrites comme particulièrement permissives. Cette question ajoute une dimension diplomatique à une crise déjà devenue un sujet de politique intérieure espagnole.
De la crise migratoire à la crise sécuritaire
Les agressions sexuelles constituent aujourd’hui l’un des aspects les plus sensibles de cette évolution. Le chiffre de 23 plaintes doit être manié avec précaution : il ne permet ni d’attribuer toutes ces agressions aux nouveaux arrivants ni d’établir à lui seul une relation mécanique entre immigration et criminalité.
Mais il demeure difficile d’ignorer le diagnostic de la magistrate chargée des poursuites dans l’enclave : depuis l’arrivée massive de la fin juillet, ces infractions ont, selon elle, augmenté de façon « exponentielle ».
Et dans une ville de 80.000 habitants qui a vu entrer en quelques jours une population presque équivalente à la sienne, la question n’est plus seulement de savoir comment accueillir.
Elle est désormais aussi de savoir comment maintenir l’ordre, protéger les victimes et empêcher qu’une crise migratoire ne se transforme durablement en crise sociale.