France Inter : Jessé rapproche Charles Sapin des néonazis, « persiste et signe » et revendique son « opinion »
Après l’arrivée de Charles Sapin, venu de Valeurs actuelles, l’humoriste Jessé s’était dit impatient que France Inter invite aussi des « néonazis ». Interrogé après la polémique, il ne retire rien : « Je persiste et je signe », et se dit même « très heureux » d’avoir pu exprimer son « opinion » sur le service public.
Publié par Harrison du Bus
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Résumé de l'article
Après avoir évoqué de futurs invités « néonazis » à propos de l’arrivée de Charles Sapin sur France Inter, l’humoriste Jessé refuse de revenir sur ses propos : « Je persiste et je signe. »
Il aurait pu invoquer le second degré. Expliquer que le trait avait dépassé sa pensée. Reconnaître qu’associer, même par analogie, l’arrivée d’un journaliste de droite à celle de « néonazis » n’était peut-être pas la manière la plus heureuse de célébrer le pluralisme. Jessé a choisi exactement l’inverse.
Interrogé mercredi soir dans Quotidien sur TMC après la polémique provoquée par sa chronique sur France Inter, l’humoriste n’a retiré ni le mot ni l’intention. « Je persiste et je signe, bien sûr », a-t-il répondu.
Accueilli comme une star ce soir chez Quotidien, "l’humoriste" Jessé "persiste et signe, bien sûr" d’avoir comparé Charles Sapin à un néo-nazi
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Et il ne s’est pas réfugié derrière la seule excuse de la plaisanterie : « Évidemment, je pense que la pluralité d’opinions, elle est là. Ça, c’est mon opinion à moi, et je suis très heureux d’avoir pu le faire sur le service public. »
La polémique aurait pu rester celle d’une comparaison outrancière lancée dans une chronique humoristique. Jessé lui-même lui donne ainsi une autre portée. Il ne présente pas seulement sa sortie comme une blague : il en revendique le contenu comme son « opinion ».
« Trop hâte qu’ils invitent des néonazis »
Tout commence avec l’arrivée de Charles Sapin sur France Inter. Ancien journaliste du Figaro et du Point, désormais directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, Charles Sapin a été recruté par la station pour participer à un nouveau panel d’éditorialistes politiques et économiques le week-end.
La direction de France Inter assume ce choix au nom du « pluralisme », qu’elle présente comme une « mission du service public » particulièrement importante à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.
Dimanche, Charles Sapin livre sa première chronique. Elle porte sur la dette française et le « mur » budgétaire susceptible, selon lui, de placer le prochain président de la République « sous tutelle ».
Dès le lendemain, Jessé l’accueille à sa manière dans sa chronique de la matinale : « Charles Sapin, c’est bien, ça diversifie les points de vue. Trop hâte qu’ils invitent des néonazis pour qu’on ait enfin leur version de l’histoire. »
La formulation mérite d’être rapportée exactement. Jessé ne dit pas littéralement que Charles Sapin est un « néonazi ». Il procède par analogie : après l’arrivée d’un responsable de Valeurs actuelles au nom de la diversité des opinions, l’étape suivante serait, dans sa plaisanterie, d’entendre des néonazis. C’est cette comparaison qu’il refuse désormais de retirer.
« Ça, c’est mon opinion à moi »
Interrogé quelques jours plus tard, Jessé aurait encore pu distinguer le personnage de l’humoriste de ses convictions personnelles. Il fait précisément l’inverse. « Je persiste et je signe. » Puis : « Ça, c’est mon opinion à moi. »
Cette précision rend sa défense particulièrement intéressante. Lorsque la référence aux néonazis n’est plus seulement présentée comme une exagération comique mais revendiquée après coup comme une « opinion », la question se pose : sommes-nous encore uniquement devant une plaisanterie ou également devant une prise de position politique exprimée sous la forme de l’humour ?
Jessé revendique en tout cas pleinement le lieu depuis lequel il s’est exprimé. Il est « très heureux » d’avoir pu le faire « sur le service public ».
Et l’humoriste semble y bénéficier d’une importante liberté. Interrogé dans Quotidien sur les conditions de préparation de ses chroniques, il a expliqué les transmettre la veille afin qu’elles soient intégrées au conducteur de l’émission.
« Personne ne me fait jamais de retour », a-t-il affirmé, tout en supposant que la personne chargée du conducteur les relit. « Personne ne coupe jamais quoi que ce soit pour mes chroniques, je parle pour moi. »
Une arrivée qui provoque une grève
La sortie de Jessé intervient dans un contexte particulièrement tendu au sein de Radio France.
L’arrivée de Charles Sapin est combattue par une partie importante du personnel. Réunis mercredi en assemblée générale, les salariés ont adopté à l’unanimité une motion réclamant le retrait de sa chronique et voté le principe d’une grève.
Le SNJ-CGT qualifie Valeurs actuelles d’« organe de l’extrême droite multi-condamné » et considère son arrivée comme une « ligne rouge inacceptable ». La Société des journalistes de France Inter a également exprimé sa « ferme opposition » à la présence à l’antenne d’un représentant d’un média condamné notamment pour injures racistes.
Charles Sapin est lui-même venu s’expliquer devant la rédaction. Il aurait reconnu que Valeurs actuelles avait publié par le passé des « papiers indéfendables » et affirmé vouloir faire évoluer la ligne du magazine.
La direction de France Inter maintient pour sa part que sa présence répond à une exigence de pluralisme.
Le contraste est difficile à ignorer : l’arrivée de Charles Sapin est considérée par ses opposants internes comme suffisamment incompatible avec les valeurs du groupe public pour justifier une grève ; l’un de ses humoristes peut, lui, rapprocher cette arrivée de celle de futurs « néonazis », puis revendiquer publiquement cette comparaison.
La juxtaposition des deux événements pose inévitablement la question des limites que le service public entend fixer à son propre pluralisme.
« Avec talent », selon L’Humanité
La manière dont la polémique a été racontée ailleurs illustre également la profonde polarisation entourant France Inter.
L’Humanité a consacré un article à l’affaire sous un angle radicalement différent. Le quotidien communiste présente Jessé comme « cyberharcelé » pour avoir « dénoncé » l’arrivée de Charles Sapin et estime que l’humoriste l’a fait « avec talent ».
Le journal rappelle que Jessé se définit comme un « cocobaby », fils de communiste, et qu’il avait notamment entonné L’Internationale à l’antenne de France Inter.
La controverse se retrouve ainsi presque parfaitement renversée selon le média qui la raconte. Pour les uns, l’événement est la comparaison avec les néonazis. Pour L’Humanité, l'événement devient essentiellement la réaction de la « fachosphère » contre celui qui l’a prononcée.
Quand le service public devient lui-même un argument
C’est finalement moins le mot « néonazis » que la défense choisie par Jessé qui donne à l’affaire sa véritable portée.
France Inter n’est pas une radio militante financée par ceux qui adhèrent volontairement à sa ligne. Elle appartient à Radio France et relève du service public audiovisuel.
Cela ne lui interdit évidemment ni la satire, ni la provocation, ni même l’outrance. Un humoriste n’est pas un présentateur de journal et sa fonction suppose une liberté particulière.
Mais le service public ne saurait devenir une immunité morale. Plus une institution revendique des « valeurs » et une mission particulière de pluralisme, plus elle s’expose légitimement à ce que l’on examine les frontières qu’elle applique à sa propre antenne.
Nous pouvons rappeler que l'événement est loin d'être isolé puisque pratiquement au même moment, un autre humoriste de France Inter, Ameziane, avait comparé le député RN Jean-Philippe Tanguy à un « rat » dont la mutation en être humain se serait arrêtée à « 80 % ». Une séquence que l’élu avait qualifiée d’« ignoble ».