Il est temps de sortir les croyances du budget de l’État (carte blanche)
La Belgique finance environ 320 millions d'euros par an les cultes et courants philosophiques reconnus. Lors de la demande de reconnaissance du culte bouddhiste, la question se pose : faut-il continuer à utiliser les impôts de tous pour financer les convictions de certains ? Carte blanche d'Alexandre Larmoyer, conseiller communal MR.
Publié par Contribution Externe
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Résumé de l'article
Un État libéral, neutre et responsable doit garantir la liberté de penser, de croire ou de ne pas croire. Il ne doit pas décider quelle religion mérite son argent, ni financer les convictions de ses citoyens.
L’État doit garantir la liberté de conscience et le libre exercice des religions, mais ne devrait pas financer leur organisation. Dans mon analyse, je tente d’en définir 3.
La neutralité de l’État
L’État doit garantir la liberté de conscience et le libre exercice des religions, mais ne devrait pas financer leur organisation. Il ne s’agit pas de refuser la liberté de croire, mais de refuser que l’impôt subventionne une fonction qui relève de l’intime.
La liberté individuelle
Chaque citoyen est libre de croire, de ne pas croire, de pratiquer ou de changer de conviction. Cependant, le système actuel crée une absurdité : sept cultes sont reconnus et financés, tandis que d’autres demandent cette reconnaissance. Selon quels critères l’État doit-il continuer à agrandir cette liste ? Pourquoi ne pas y ajouter des courants comme le Pastafarisme, la Franc-Maçonnerie ou le Standard de Liège ? Je provoque consciemment, mais cette question sur la liberté est centrale.
La responsabilité budgétaire
320 millions d’euros constituent une somme importante. Un État libéral doit financer les services d’intérêt général, pas mécéner les consciences. Pourquoi financer avec l’argent collectif ce qui relève des convictions personnelles ?
Cette réforme doit être organisée de manière consciente et réfléchie car avant toute réforme, il faut dresser un audit complet via une commission spéciale au Parlement fédéral. Il va également de soi qu’il faut distinguer patrimoine et culte. Les édifices religieux ont souvent une valeur patrimoniale, historique ou architecturale. L’État peut continuer à intervenir pour le patrimoine, mais pas pour financer une croyance au motif qu’elle s’exerce dans un bâtiment ancien. Les cultes existants ne doivent pas être abandonnés d’un jour à l’autre. Une transition progressive vers l’autonomie financière permet aux communautés de s’adapter. Une communauté dépendant de ses fidèles doit les convaincre et rendre des comptes, ce qui renforce sa liberté.
J’entends déjà me reprocher la protection face aux ingérences étrangères ! Supprimer les financements publics n’implique pas d’oublier les risques d’ingérence étrangère. La solution réside dans un contrôle rigoureux des flux financiers externes, applicable à tous les cultes, indépendamment de la décision de financer ou non les cultes avec l’argent public. N’oublions pas qu’il existe un texte sur lequel s’appuyer afin de contrôler l’activité des religions, c’est notre Constitution.
De plus, je tiens à signaler que l’État, malgré son financement des cultes, n’a pas pu empêcher les nombreuses crises liées à la pédophilie dans l’Église, mais aussi le départ de jeunes Belges pour la Syrie.
Historiquement, la Belgique est née en 1831 dans un contexte différent. La société a évolué. Caroline Sägesser, historienne du CRISP, qualifie le système actuel de « très archaïque ». Nous pourrions regarder chez nos voisins. La France offre une référence : la loi de 1905 pose un principe clair : « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte » tout en garantissant la liberté de conscience. Aux Pays-Bas, la religion est principalement financée par les contributions privées et les dons des fidèles, l’État et les cultes étant strictement séparés.
La Belgique pourrait s’inspirer de ces modèles en tenant compte de son histoire et de ses institutions.
En conclusion, il ne s’agit pas de déclarer la guerre aux religions, mais de repenser le rôle de l’État. Le culte catholique concentre environ les trois quarts des financements, la laïcité 14 %, tandis que les cultes anglican, protestant, orthodoxe et israélite réunis représentent moins de 6 % et l’islam 5 %. Faut-il mieux se partager le gâteau ou se demander si nous avons encore besoin du gâteau ?
Un État libéral, neutre et responsable doit garantir la liberté de penser, de croire ou de ne pas croire. Il ne doit pas décider quelle religion mérite son argent, ni financer les convictions de ses citoyens.
Cette réforme pourrait rassembler autour d’un principe simple : l’État, encadré par la Constitution, protège nos libertés. Il ne finance pas nos croyances.