Ettore Pagano, la révélation italienne du concours Reine Elisabeth
À 23 ans, l'Italien Ettore Pagano s'impose au Concours Reine Elisabeth et révèle une vision exigeante de la musique, entre discipline, choix artistiques assumés et quête intérieure qui dépasse la simple performance.
Publié par A JS
Résumé de l'article
Lauréat du Concours Reine Elisabeth 2026, Ettore Pagano s'impose par une stratégie maîtrisée et un choix artistique audacieux. Le violoncelliste italien revendique une approche intérieure de la musique, entre exigence technique et quête de sens, avec l'ambition de laisser une empreinte durable.
Le verdict est tombé au terme d'une finale particulièrement disputée, ce 30 mai, à Bruxelles. Parmi douze finalistes au niveau élevé, Ettore Pagano a décroché le premier prix du prestigieux Concours Reine Elisabeth, consacré cette année au violoncelle. À seulement 23 ans, le musicien italien s'impose déjà comme une figure montante, saluée pour sa maîtrise et sa maturité.
L'événement revêtait une portée symbolique particulière, marquant à la fois les 75 ans du concours et les 150 ans de la reine Elisabeth. Dans ce contexte, la victoire de Pagano ouvre une nouvelle étape dans une carrière appelée à prendre une dimension internationale.
Une stratégie maîtrisée jusqu'à la finale
Loin d'un succès improvisé, cette consécration s'inscrit dans une préparation étalée sur deux ans. Dans un entretien accordé à Cathobel, il confie que l'idée de participer au concours a émergé après l'édition de 2022, avant de se concrétiser par un travail approfondi avec son professeur. Au total, près de trois heures de répertoire ont été préparées.
Mais au-delà du travail technique, Pagano insiste sur la gestion de l'endurance. Le concours s'étend sur un mois, imposant un équilibre subtil entre performance et conservation des forces. Inutile de briller trop tôt, explique-t-il en substance, au risque de s'épuiser avant la finale. Cette approche pragmatique semble avoir porté ses fruits.
Un choix musical à contre-courant
Pour la finale, le violoncelliste a opté pour la symphonie concertante de Prokofiev, une œuvre rarement associée à la victoire dans les compétitions. Moins spectaculaire que d'autres concertos, elle exige une lecture fine et nuancée.
Pagano revendique ce choix. Il dit ressentir une proximité particulière avec l'univers du compositeur, à la croisée d'influences russes et d'une sensibilité qu'il juge proche de sa culture. L'œuvre, traversée de contrastes et de changements d'atmosphère, exige une retenue interprétative. En faire trop risquerait d'en altérer l'équilibre.
Ce pari artistique, loin des options les plus attendues, a contribué à singulariser sa prestation dans une finale très ouverte.
Une relation intime à la musique
Derrière le technicien, Pagano dévoile une approche presque métaphysique de son art. Il décrit un état particulier lorsqu'il joue, comme une forme de détachement de soi. L'interprète ne serait plus au centre, mais deviendrait un intermédiaire entre une émotion et le public.
Cette vision s'accompagne d'un rejet du langage verbal à l'approche du concert. Quelques instants avant et après la scène, il préfère le silence, estimant que les mots nuisent à l'expression musicale. La musique, selon lui, relève d'un registre que le discours ne peut saisir.
Une vocation née dans un environnement familial
Son parcours trouve ses racines dans un cadre familial marqué par la musique. Dernier d'une fratrie de six enfants, il grandit entouré de pratiques artistiques. Sa mère, professeure de piano, joue un rôle central dans cette immersion précoce.
Le choix du violoncelle s'est d'abord fait par différenciation, presque par défi. L'apprentissage n'a pas été immédiat, mais la persévérance a fini par l'emporter. L'isolement géographique de son enfance, loin des distractions numériques, a également contribué à renforcer son engagement. Très tôt, il participe à des concours, amorçant une trajectoire déjà orientée vers l'excellence.
Entre ambition artistique et quête de sens
Ce que je regrette dans ma vie, c’est de ne pas avoir été davantage en contact avec ma dimension religieuse jusqu’à présent.
Au-delà de sa carrière, Pagano évoque une aspiration plus profonde. Il exprime le souhait de renouer davantage avec une dimension religieuse, qu'il estime avoir négligée. En Italie, dit-il, la présence omniprésente du patrimoine religieux suscite une émotion comparable à celle de la musique.
Cette réflexion rejoint une ambition plus grande. L'artiste ne cherche pas tant la reconnaissance personnelle que la trace laissée par son travail. Son objectif est de contribuer durablement au monde musical, au-delà de sa propre existence.