Sur France Inter, on compare un député à un rat, on rit, et l’on appelle cela de l’humour
« Une tête de rat » dont la mutation en humain se serait « arrêtée à 80 % ». Une plaisanterie sur l’homosexualité. Une autre sur le voile. Sur France Inter, Ameziane s’est livré à une charge sidérante contre Jean-Philippe Tanguy. Dans le studio du service public, personne ne l’a interrompu. On a ri.
Publié par Harrison du Bus
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Résumé de l'article
Sur France Inter, l’humoriste Ameziane a comparé Jean-Philippe Tanguy à un « rat » et attaqué son physique et son homosexualité, sous les rires du studio. Le député RN dénonce une « séquence ignoble ».
Il y a des séquences qui se passent presque de commentaire. Celle diffusée lundi sur France Inter en fait partie. Dans « Zoom Zoom Zen », l’humoriste Ameziane s’en prend à Jean-Philippe Tanguy après les propos du député RN en faveur d’une interdiction du voile dans l’espace public. Jusque-là, rien que de très ordinaire : un responsable politique s’exprime, un humoriste le brocarde.
Puis vient ceci. « C’est déjà dur à regarder en étant d’origine algérienne, mais en tant qu’homosexuel, c’est insoutenable. T’aimes les hommes ? Oublie la thérapie de conversion, tu regardes l’interview de Jean-Philippe Tanguy et c’est réglé. »
Et puis le physique : « Vous trouvez pas qu’il a la tête d’un rat qui se serait transformé en humain, mais dont la mutation aurait été stoppée à 80 % ? » Dans le studio, on rit.
Vous trouvez pas que Jean-Philippe Tanguy a la tête d’un rat qui se serait transformé en humain, mais dont la mutation aurait été stoppée à 80 % ?
Ameziane
Ce que s’autorise @franceinter comme écarts (pluralisme, neutralité, décence, etc.), et en pleine campagne électorale, ne peut qu’encourager, en réaction, les propositions les plus radicales de réforme de ce service public: statut, budget, etc.
— Dominique Reynié (@DominiqueReynie) September 1, 2026
Les personnes qui travaillent dans… https://t.co/rKuX9ZKt7J
Cela se passe sur @franceinter. Un “humoriste” compare le député RN @JphTanguy à un rat 🐀. Et, dans le même temps, les beaux esprits de la radio publique s’insurgent parce qu’un éditorialiste de droite peut s’exprimer 3 minutes par semaine. pic.twitter.com/CNSs6rK5CM
— Jérôme Godefroy (@jeromegodefroy) August 31, 2026
Quand l’animalisation devient permise
La suite est peut-être encore plus révélatrice. Ameziane feint lui-même de reconnaître la limite qu’il vient de franchir : « Les blagues sur le physique, c’est pas bien, c’est pas bien. D’habitude c’est les fachos qui le font. »
Mais il vient précisément de le faire. Et il recommence. Évoquant l’homosexualité de Jean-Philippe Tanguy et son appartenance au RN, l’humoriste poursuit : « Je sais que ce paradoxe, c’est son côté humain, mais il aurait pu utiliser son côté rat pour sentir le piège. »
Avant de conclure : « S’il est pas content, il avait qu’à se cacher sous un voile. » Voilà donc un homme ramené à son physique, son homosexualité utilisée comme ressort comique et son visage comparé à celui d’un animal imparfaitement transformé en être humain. Tout cela après avoir rappelé que les plaisanteries sur le physique seraient normalement l’apanage des « fachos ».
La contradiction est si parfaite qu’elle dispense presque d’en faire la démonstration : ce qui serait indigne lorsque l’autre camp s’y livre devient matière à rire lorsque la cible est la bonne.
Et dans le studio, on rit
Jean-Philippe Tanguy a dénoncé une « séquence ignoble et des attaques indignes » relevant, selon lui, de « méthodes dignes des pires idéologies haineuses ».
Je découvre cette séquence ignoble.
— Jean-Philippe Tanguy Ⓜ️ (@JphTanguy) August 31, 2026
Ces attaques indignes d’Ameziane sur le physique et cette animalisation sont des méthodes dignes des pires idéologies haineuses sans aucune trace d’humour.
Je déplore qu’aucun membre du « service public » de @franceinter ne soit intervenu… https://t.co/3dG0Wi8Bwa
Mais le député insiste surtout sur ce qui s’entend autour de l’humoriste : « Je déplore qu’aucun membre du “service public” de France Inter ne soit intervenu — ils ont au contraire ricané. »
C’est là que l’affaire dépasse Ameziane. Un humoriste peut déraper. Une phrase peut dépasser la pensée. Une chronique peut être mauvaise. Mais ici, personne ne coupe, personne ne reprend, personne ne manifeste le moindre malaise audible. Le studio accompagne la séquence de ses rires.
Et nous ne parlons pas d’un spectacle privé ou d’une arrière-salle de café. Nous parlons de France Inter, antenne de Radio France, entreprise du service public financée sur fonds publics.
C’est précisément ce statut qui rend la scène politiquement encore plus explosive. Ceux qui rient du grotesque de la séquence devraient se rappeler qu’ils ne sont pas seuls à la payer. Parmi ceux qui financent ce service public se trouvent aussi des millions d’électeurs du Rassemblement national, des homosexuels, des Français issus de l’immigration — et parfois des citoyens qui réunissent ces trois caractéristiques.
Ils n’ont pas à apprécier Jean-Philippe Tanguy. Ils peuvent exécrer ses idées. Mais ils sont en droit d’attendre d’une antenne publique autre chose que l’animalisation hilare d’un élu de la République.
On ne discute pas Tanguy. On le rend physiquement répugnant, puis on rappelle que, normalement, « les fachos » font ce genre de choses. La mauvaise foi n’est même plus dissimulée. Elle est devenue le gag.
Radio France peut désormais répondre à la demande de Jean-Philippe Tanguy, qui espère une « réaction digne » de sa direction. Elle peut aussi considérer que tout cela relève simplement de la liberté humoristique.
Mais une chose restera enregistrée : sur France Inter, un député a été comparé à un rat dont la transformation en homme se serait interrompue à 80 %. Et le studio a ri.