Moody’s : il est temps que le gouvernement coupe dans les dépenses publiques (édito)
Le dernier signal envoyé par Moody’s ne doit pas être pris à la légère. Il confirme ce que beaucoup refusent encore de voir : nos finances publiques dérivent, et les réformes engagées restent trop timides, trop lentes, insuffisantes face à l’ampleur du défi.
Publié par Nicolas de Pape
Résumé de l'article
— Dépenses publiques élevées, subsides peu évalués et incapacité de travail massive traduisent un modèle budgétaire sous tension.
— L’absence de réformes structurelles pèse sur la compétitivité, dans un contexte de coût du travail et de l’énergie déjà élevés.
— Sans redressement rapide des finances publiques, la Belgique s’expose à des ajustements imposés et à une perte de crédibilité financière.
Depuis des années, la Belgique vit au-dessus de ses moyens. À force de distribuer des milliards en subsides, d’accumuler les aides sans évaluation rigoureuse et de repousser les choix difficiles, l’État a perdu le sens de la discipline budgétaire. La solidarité est une valeur essentielle, mais elle ne peut devenir un prétexte à l’absence de contrôle. Chaque euro public doit être justifié, mesuré, évalué.
Prenons un exemple frappant : près de 600.000 personnes sont aujourd’hui en incapacité de travail dans notre pays. Un chiffre qui interroge, surtout lorsqu’on le compare à des pays comme l’Allemagne, pourtant bien plus peuplée. Cela ne signifie pas qu’il faille stigmatiser, mais qu’il est urgent de mieux comprendre, mieux encadrer et mieux responsabiliser. Un système généreux ne peut survivre sans exigence.
L’effort doit être collectif. Chaque niveau de pouvoir, chaque administration doit participer à la remise en ordre. Les politiques de gratuité ou de réductions massives, que ce soit dans les transports ou ailleurs, doivent être réévaluées. Le “tout subventionné” n’est plus tenable. Payer le juste prix pour les services publics n’est pas une régression, c’est une condition de leur pérennité.
La question fiscale, elle aussi, mérite d’être posée avec honnêteté. Peut-on continuer à demander toujours plus aux contribuables sans que l’État ne fasse d’abord sa propre cure d’austérité ? Avant d’augmenter les impôts, c’est à la puissance publique de montrer l’exemple. Se serrer la ceinture ne peut pas être une injonction à sens unique.
Dans le même temps, notre compétitivité s’érode. Des entreprises quittent le pays, freinées par un coût du travail élevé et une énergie parmi les plus taxées d’Europe. À ce rythme, ce sont non seulement des investissements qui disparaissent, mais aussi des emplois et des perspectives pour les générations futures.
Le constat est dur, mais il est lucide : à force d’éviter les réformes structurelles, la Belgique s’expose à un mur budgétaire. Depuis des décennies, les blocages politiques ont empêché d’avancer suffisamment loin. Aujourd’hui, le temps n’est plus aux demi-mesures.
Le message de Moody’s est clair : la crédibilité financière du pays est en jeu. Si nous ne reprenons pas rapidement le contrôle de nos dépenses, d’autres pourraient finir par nous l’imposer. Et ce jour-là, les choix seront bien plus douloureux.
Il est encore temps d’agir. Mais cela suppose du courage politique, de la cohérence et une volonté réelle de remettre de l’ordre dans les finances publiques. Sans cela, les avertissements d’aujourd’hui pourraient bien devenir les contraintes de demain.