« L'islam radical désagrège des pays en Europe » : Netanyahou invoque une menace commune pour appeler à l'unité en Israël
Dans une déclaration au ton offensif, Benyamin Netanyahou a présenté l'islam radical comme une menace commune à Israël et à l'Europe. Après avoir perdu sa majorité parlementaire, le Premier ministre israélien appelle à un gouvernement d'unité dirigé par le Likoud et réclame une enquête sur de possibles ingérences étrangères.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Netanyahou dénonce l'islam radical comme une menace commune à Israël et à l'Europe, appelle à l'unité nationale et alerte sur de possibles ingérences électorales.
Sommaire
« L'islam radical est le défi qui désagrège aujourd'hui des pays en Europe. C'est aussi le défi qui nous menace. » En ouvrant ainsi une intervention vidéo publiée sur X, Benyamin Netanyahou a choisi de donner une dimension internationale à la crise politique que traverse Israël.
Le Premier ministre israélien ne s'est pas contenté de dénoncer les adversaires de son parti, le Likoud, après les élections législatives du 27 octobre. Il a inscrit son appel à l'unité nationale dans une confrontation plus large avec l'islamisme radical, qu'il présente comme une menace pour Israël autant que pour les nations européennes. Une déclaration particulièrement ferme, prononcée à un moment où son avenir politique dépend des négociations pour former une nouvelle majorité à la Knesset.
אזרחי ישראל היקרים,
— Benjamin Netanyahu - בנימין נתניהו (@netanyahu) November 4, 2026
האסלאם הקיצוני הוא האתגר שמפרק היום מדינות באירופה. זהו האתגר שמאיים גם עלינו. הוא מאיים מבחוץ על ידי איראן וגרורותיה, ומבית על ידי מפלגות אסלאמיסטיות של תומכי טרור.
הם חותרים למחוק את הזהות היהודית של מדינת ישראל. הם אומרים זאת בגלוי. הם חותרים למנוע מאיתנו… pic.twitter.com/t4K7pRiiOH
« Le défi qui désagrège aujourd'hui des pays en Europe »
La référence à l'Europe arrive dès les premières secondes du discours. « Il nous menace de l'extérieur, par l'Iran et ses supplétifs, et de l'intérieur, par des partis islamistes qui soutiennent le terrorisme », poursuit Netanyahou.
Le chef du gouvernement établit ainsi un parallèle entre plusieurs réalités : la menace militaire représentée par l'Iran et ses alliés régionaux, l'action de mouvements islamistes à l'intérieur d'Israël et les tensions politiques que l'islamisme suscite dans certains pays européens.
Ce rapprochement constitue l'une des dimensions les plus significatives de son intervention. Netanyahou ne présente pas seulement la lutte contre l'islamisme radical comme une question de sécurité nationale israélienne. Il la situe dans une confrontation politique et idéologique qui dépasserait les frontières de l'État hébreu.
Il ne formule toutefois aucune proposition explicite d'alliance avec des gouvernements ou des mouvements européens. Son appel à l'unité s'adresse aux partis israéliens, même si son argumentation prend d'emblée une portée internationale.
« Ils cherchent à effacer l'identité juive de l'État d'Israël »
Le Premier ministre poursuit en accusant certaines formations politiques arabes israéliennes de contester les fondements mêmes de l'État. « Ils cherchent à effacer l'identité juive de l'État d'Israël. Ils le disent ouvertement. Ils cherchent à nous priver de la capacité de nous défendre contre nos ennemis », affirme-t-il.
Puis vient une question, destinée à placer ses adversaires devant leurs responsabilités : « Et je pose une question simple : qui pourra relever ce défi ? » Sa réponse est catégorique : « Celle qui ne pourra certainement pas faire face à la menace de l'islam radical, c'est un gouvernement qui dépend de l'islam radical, de ces partis islamistes qui nient l'existence même d'un État juif. »
Netanyahou invite ensuite les Israéliens à écouter les déclarations de représentants de ces formations. « Ils le disent ouvertement. Ils disent : “C'est un honneur d'être un martyr, c'est l'honneur suprême.” “Le Hamas est une organisation caritative.” »
Il les accuse également de dédier leurs succès électoraux à des membres de la force Nukhba, l'unité d'élite du Hamas impliquée dans les massacres du 7 octobre 2023.
Ces accusations, particulièrement graves, sont celles du Premier ministre. Elles ne sauraient être étendues indistinctement à l'ensemble des formations arabes israéliennes, dont les orientations et les positions politiques diffèrent.
Netanyahou en tire néanmoins une conclusion sans équivoque : « Non seulement un tel gouvernement ne combattrait pas nos ennemis, mais il nous désagrégerait tout simplement de l'intérieur. C'est une question vitale pour nous. »
« Un gouvernement national large, dirigé par le Likoud »
Cette mise en garde débouche sur la proposition politique centrale de son intervention. « Mais il existe un gouvernement qui, lui, peut relever ce défi. Un gouvernement national large, dirigé par le Likoud sous ma direction, qui comprendrait toutes les composantes du bloc national et tous les partis sionistes souhaitant s'y joindre. »
Le Premier ministre souligne qu'il a déjà défendu cette formule pendant la campagne électorale et l'a réaffirmée deux jours auparavant.
L'appel intervient dans une situation parlementaire délicate. Aux élections du 27 octobre, le Likoud est arrivé en tête avec 27 sièges, mais le bloc de Netanyahou n'a obtenu que 53 des 120 sièges de la Knesset, loin des 61 nécessaires pour disposer d'une majorité absolue.
L'opposition conduite par Gadi Eisenkot dispose de 48 sièges, tandis que les formations arabes en ont remporté 19. Leur éventuel soutien pourrait donc jouer un rôle décisif dans la formation d'un gouvernement alternatif. C'est précisément cette perspective que Netanyahou entend combattre.
« Ce qui est si évident pour vous, pour l'immense majorité des citoyens israéliens, est balayé d'un revers de main par les dirigeants du bloc de gauche », dénonce-t-il. « Ils s'emploient à former un gouvernement minoritaire étroit, un gouvernement qui repose sur ces soutiens du terrorisme, et ils proclament sur toutes les tribunes des conditions impossibles, destinées à empêcher d'avance toute possibilité de former un gouvernement national large. »
Et il conclut avec cette phrase : « Ils préfèrent leur intérêt politique à l'intérêt national. »
L'appel à l'unité prend ainsi une signification très concrète : le Premier ministre cherche à rallier suffisamment de formations sionistes pour conserver le pouvoir, tout en présentant une éventuelle alliance entre l'opposition et les partis arabes comme un risque existentiel pour Israël.
« Il existe de graves soupçons d'implication de pays étrangers »
La dernière partie de son intervention aborde un autre sujet sensible : l'intégrité du scrutin. « Et vous savez, et vous êtes également d'accord sur une autre chose : il faut absolument parvenir à la vérité », déclare Netanyahou. « Il existe de graves soupçons d'implication de pays étrangers, avec des sommes considérables, pour influencer les résultats des élections dans l'État d'Israël. »
Il existe de graves soupçons d'implication de pays étrangers, avec des sommes considérables, pour influencer les résultats des élections dans l'État d'Israël.
Benyamin Netanyahou
Le Premier ministre invoque ensuite les instructions du président de la Commission électorale centrale, le juge Noam Sohlberg, concernant une enquête du Shin Bet, le service israélien de sécurité intérieure. « Il a établi qu'il fallait lever tous les obstacles à cette enquête. Il a raison. »
Puis il insiste : « Il faut parvenir à la vérité dans son intégralité, sans dissimulation et sans délai. L'intégrité des élections est le fondement de la démocratie. Il faut la préserver, et il faut préserver notre État. »
Ces déclarations interviennent alors que les résultats électoraux ont été certifiés. L'examen de soupçons d'ingérence étrangère ne constitue pas, à lui seul, la preuve d'une manipulation du scrutin.
Un discours israélien aux résonances européennes
Au-delà de la bataille pour former le prochain gouvernement, cette intervention témoigne de la place que Benyamin Netanyahou entend donner à la lutte contre l'islamisme radical dans son discours politique.
En désignant d'abord l'Europe comme un espace menacé, avant de revenir à la situation israélienne, le dirigeant établit un lien entre les débats européens sur l'islam politique et les enjeux de sécurité et d'identité propres à son pays.
Il s'agit d'une construction politique dont la portée dépasse la seule arithmétique parlementaire israélienne : le Premier ministre présente la défense de l'identité juive d'Israël comme une composante d'un défi plus vaste, auquel les Européens seraient eux aussi confrontés.
Cette lecture est loin de faire consensus. Les situations nationales, les mouvements concernés et les rapports entre religion, représentation politique et violence sont très différents d'un pays à l'autre. L'assimilation de formations politiques arabes israéliennes à une menace terroriste est elle-même vivement contestée.
Reste que le choix des mots et la place accordée à l'Europe dans cette déclaration sont révélateurs. Au moment où son maintien au pouvoir est incertain, Benyamin Netanyahou refuse de réduire le débat à une négociation entre partis. Il cherche à en faire une question de sécurité nationale, d'identité et de survie politique, en l'inscrivant dans une confrontation qu'il estime commune à Israël et à l'Europe.