Le paradoxe de la Hongrie : comment gagner des élections… et pourtant perdre
Les électeurs hongrois se rendront aux urnes le 12 avril, avec des sondages annonçant un basculement historique. Mais en Hongrie, une avance confortable dans les enquêtes d’opinion ne garantit pas une majorité au Parlement. Comprendre pourquoi, c’est aussi comprendre comment les démocraties peuvent être mises sous pression, non pas par des coups d’État, mais par une réécriture progressive des règles du jeu.
Publié par Dominique Dewitte
Résumé de l'article
-Malgré une nette avance dans les sondages, l’opposition hongroise pourrait ne pas obtenir la majorité en raison d’un système électoral biaisé.
-En Hongrie, les règles du jeu ont été progressivement modifiées, illustrant une érosion démocratique sans coup d’État.
Les sondages indépendants les plus récents donnent au parti Tisza de Péter Magyar une nette avance : 56 % des électeurs ayant une préférence déclarée optent pour Tisza, contre 37 % pour le Fidesz de Viktor Orbán. L’institut Medián va jusqu’à projeter une majorité parlementaire des deux tiers pour Tisza.
Mais les analystes électoraux appellent à la prudence. En raison du découpage des circonscriptions, du vote de la diaspora et de mécanismes de compensation complexes dans le système électoral, le Fidesz a déjà obtenu des majorités avec moins de la moitié des voix. Une majorité simple ne suffit donc pas : Tisza doit disposer d’une avance significative pour la traduire en sièges.
Un « légalisme autocratique »
Kim Lane Scheppele, professeure à l’université de Princeton et spécialiste du système hongrois, qualifie ce phénomène de « légalisme autocratique » : l’utilisation d’instruments démocratiques pour affaiblir les contre-pouvoirs. Les majorités parlementaires et les révisions constitutionnelles servent alors à fragiliser durablement les mécanismes de contrôle.
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