L’État belge remet enfin la main sur le nucléaire (Édito)
Après des années d’aveuglement idéologique, la Belgique redécouvre une évidence : le nucléaire reste un pilier stratégique de sa sécurité énergétique. En reprenant la main, l’État belge corrige enfin une trajectoire qui menaçait d’augmenter notre dépendance au gaz, de fragiliser l’approvisionnement et de faire grimper la facture des ménages comme des entreprises.
Publié par Nicolas de Pape
Résumé de l'article
- L’État belge reprend enfin la main sur le nucléaire après des années de flottement idéologique.
- La sortie du nucléaire, portée notamment par Ecolo, aurait paradoxalement accru la dépendance au gaz.
- Même si le nucléaire ne suffira pas, ce revirement apparaît donc comme un retour au réalisme énergétique, face aux risques d’approvisionnement et à la hausse des prix.
Sur le nucléaire, il était temps de remettre les choses à l’endroit. Oui, l’État belge a raison de reprendre la main.
Pendant des années, sous l’impulsion notamment d’Ecolo, on a érigé la sortie du nucléaire, pour des raisons idéologiques, en horizon indiscutable. Ceux qui critiquent aujourd’hui ce revirement oublient un peu vite qu’ils furent, hier, les plus ardents défenseurs de la sortie du nucléaire, y compris lorsqu’elle supposait d’ouvrir des centrales au gaz pour fermer des réacteurs nucléaires. Or, les faits sont têtus : incertitudes sur l’approvisionnement, dépendance accrue aux énergies fossiles, explosion des prix… La promesse d’un avenir énergétique simple et vertueux s’est heurtée à la réalité.
Il ne s’agit pas ici de refaire le procès des choix passés, mais d’en tirer les leçons. Une politique énergétique ne peut pas être guidée par des postures idéologiques ou des effets d’annonce. Elle doit répondre à des impératifs concrets : garantir la souveraineté, soutenir l’industrie et assurer des prix abordables afin d’obtenir une énergie abondante et bon marché.
Sur chacun de ces points, même si on ne peut pas se passer à court terme des hydrocarbures, le nucléaire reste un levier incontournable.
Ne pas fragiliser notre tissu industriel
Refuser de le voir, c’est accepter une dépendance accrue vis-à-vis de l’étranger. C’est fragiliser notre tissu industriel. C’est aussi renoncer à une énergie pilotable, stable et décarbonée. Une transition climatique intelligente – pas celle qui a mené l’Allemagne à la catastrophe en fermant l’ensemble de ses réacteurs nucléaires – exige des décisions pragmatiques.
Le gouvernement dirigé par Bart De Wever met aujourd’hui fin à un cycle d’hésitations et de contradictions. Pendant trop longtemps, la Belgique a navigué à vue, oscillant entre prolongations temporaires et annonces de sortie définitive. Une stratégie faite de demi-mesures, où chaque parti soufflait tour à tour le chaud et le froid, y compris à droite. Ce temps est révolu.
À un moment donné, il faut choisir. Vouloir la souveraineté énergétique, une industrie forte et une énergie accessible tout en rejetant le nucléaire relève de l’incohérence.
En clarifiant le cap, en assumant un choix structurant, le gouvernement apporte enfin la stabilité dont le pays a besoin. Cela ne signifie pas que tout est réglé, ni que le débat doit être clos. Mais cela signifie qu’une direction est donnée - et qu’elle repose sur une lecture lucide des enjeux.
À un moment donné, il faut choisir. Vouloir la souveraineté énergétique, une industrie forte et une énergie accessible tout en rejetant le nucléaire relève de l’incohérence. La Belgique ne peut plus se permettre ce luxe. Ce retour au pragmatisme était attendu. Il était surtout nécessaire.