L’Europe face à l’entrisme islamiste, l’heure de vérité (carte blanche)
Après le vote du Parlement européen contre l’entrisme islamiste, Kamel Bencheikh appelle à défendre la laïcité, les libertés et l’État de droit sans confondre musulmans et islamisme.
Publié par Kamel Bencheikh
Résumé de l'article
Le vote du Parlement européen sur l’entrisme islamiste révèle une fracture politique profonde. L’auteur défend une laïcité garante de la liberté de conscience et appelle à agir avec transparence, preuves et respect de l’État de droit.
Le 8 octobre, le Parlement européen a adopté une résolution contre l’entrisme islamiste par 381 voix contre 167, avec 15 abstentions. Ce vote devrait nous interroger bien au-delà de Strasbourg. Il révèle une fracture politique profonde sur une question essentielle. Jusqu’où sommes-nous prêts à défendre nos libertés contre ceux qui cherchent à les fragiliser de l’intérieur ?
Je le dis depuis longtemps, la laïcité n’est pas une hostilité envers les croyants. Elle est la garantie que nul n’a besoin de croire pour être libre, que chacun peut pratiquer sa religion ou la quitter, et qu’aucune autorité religieuse ne peut imposer sa loi à la société. Confondre les musulmans avec l’islamisme est une faute. Confondre la défense des musulmans avec le silence sur l’islamisme en est une autre, plus grave encore.
Ce qui me frappe dans ce scrutin, c’est la réticence d’une partie de la gauche européenne à affronter frontalement l’entrisme islamiste. Au nom de la lutte contre les discriminations, certains semblent craindre davantage de nommer le problème que de regarder les stratégies d’influence qui doivent être examinées. Pourtant, les premières victimes des intégrismes sont souvent ceux qui refusent de leur obéir. Les femmes qui revendiquent leur émancipation, les musulmans attachés à la liberté de conscience, les citoyens qui refusent que le dogme dicte la loi commune.
L’universalisme ne consiste pas à ménager toutes les idéologies. Il consiste à garantir les mêmes droits à tous les individus, sans exception religieuse ou culturelle. Si l’égalité des femmes, la liberté d’expression et le droit de critiquer les religions deviennent négociables dès lors qu’une conviction religieuse est invoquée, alors nous avons déjà commencé à renoncer.
Je ne prends pas une résolution européenne pour une victoire définitive. Il faudra des enquêtes sérieuses, de la transparence financière, des preuves et le respect absolu de l’État de droit. La lutte contre l’entrisme ne saurait devenir un prétexte à la suspicion généralisée envers les musulmans, mais la prudence juridique ne doit pas davantage servir d’alibi à l’inaction.
Né en Algérie, je sais combien la liberté recule lorsque l’islamisme prétend dicter sa loi au politique et que les défenseurs de l’émancipation finissent par se taire et même se faire assassiner. Je refuse que l’Europe, par lassitude, par calcul ou par peur de la controverse, oublie ce que son histoire lui a appris.
La Belgique, comme la France, est directement concernée par ce débat. Dans nos sociétés, la cohésion démocratique repose sur une règle simple : les convictions sont libres, la loi est commune. Aucun citoyen ne doit être assigné à sa religion, et aucune organisation ne doit pouvoir s’abriter derrière l’identité des croyants pour soustraire son projet à l’examen critique.
Le vote du 8 octobre ouvre un débat nécessaire. Il appartient désormais aux institutions de transformer les principes affichés en actes vérifiables. Une démocratie ne se défend pas en détournant les yeux. Elle se condamne lorsqu’elle finit par craindre de nommer ce qui la menace.