Fusillades à Molenbeek : l’interdiction de rassemblement révèle une crise plus profonde
À Heyvaert, l’interdiction des rassemblements répond à l’urgence des tirs. Mais cette police administrative révèle surtout une commune confrontée à des réseaux qui ignorent les frontières locales.
Publié par J.PE
Résumé de l'article
Molenbeek interdit temporairement les rassemblements dans les secteurs les plus touchés après plusieurs tirs, dont un blessé rue Heyvaert. La mesure s’accompagne de renforts policiers et d’un travail social accru sur le terrain.
Vendredi à 23 heures, le quartier Heyvaert entre dans un régime d’exception local. Après plusieurs épisodes de tirs, la commune de Molenbeek-Saint-Jean interdit les rassemblements dans les zones les plus exposées. La décision est ciblée, temporaire et politiquement lourde. Car lorsqu’une autorité communale en vient à limiter la présence collective sur la voie publique, elle reconnaît surtout que la rue est devenue un espace disputé.
Les fusillades à Molenbeek ne relèvent plus seulement de la chronique judiciaire. Elles posent une question de pouvoir très concrète : qui impose ses règles dans certains tronçons de rue, à certaines heures, devant certains immeubles ? La commune pointe des conflits entre réseaux impliqués dans le trafic de stupéfiants. L’enquête judiciaire devra établir les responsabilités individuelles. Mais, pour les habitants, le problème ne se résume pas à l’identité des tireurs : ce sont les balles, les sirènes et la peur qui redessinent déjà la vie du quartier.
Une interdiction qui acte l’urgence locale
La mesure annoncée pour Heyvaert intervient après une séquence particulièrement inquiétante. Dans la nuit du 24 au 25 juillet, une personne a été blessée à la jambe par balle rue Heyvaert, vers 23 h 30, selon la zone de police Bruxelles-Ouest. La victime a été hospitalisée et ses jours n’étaient pas considérés comme en danger. D’autres incidents ont également été signalés ces dernières semaines autour de l’avenue De Roovere et dans le centre historique de la commune.
La commune ne présente pas l’interdiction comme une réponse isolée. Elle annonce aussi un renforcement des patrouilles, avec l’appui de la police fédérale et d’autres zones bruxelloises. Les gardiens de la paix doivent accroître leur présence visible. Les travailleurs sociaux de l’association Move sont, eux, davantage mobilisés à Heyvaert, avenue De Roovere et dans les rues voisines. Une réunion d’information avec les riverains a par ailleurs été organisée avec la police et les logements communaux.
Un quartier frontalier sous pression criminelle
Heyvaert est un quartier de passage, situé à la lisière de Molenbeek et d’Anderlecht. Son activité économique, ses commerces, ses axes de circulation et sa proximité avec Cureghem en font un territoire dense, vivant et particulièrement sensible aux déplacements de phénomènes criminels. Une opération menée à Molenbeek peut produire un effet immédiat de l’autre côté de la frontière communale. C’est précisément là que le découpage institutionnel bruxellois montre ses limites.
La commune associe les violences récentes à des rivalités entre réseaux cherchant à étendre leur contrôle par l’intimidation et la violence. Le précédent de l’été 2025 à Molenbeek reste dans toutes les mémoires. La zone Bruxelles-Ouest avait alors recensé de nombreuses fusillades durant juillet et août, toutes sur le territoire molenbeekois.
Cette répétition est le point central. Une fusillade appelle une enquête, une seconde impose une vigilance, une succession de tirs oblige les autorités à traiter le phénomène comme une menace pour la vie de quartier. Que reste-t-il de la tranquillité publique lorsque les habitants savent qu’un règlement de comptes peut éclater au coin de leur rue ?