Migrants sur la Côte belge : pourquoi Bernard Quintin refuse de dépendre de l'argent britannique
Face à la multiplication des départs de migrants clandestins depuis les plages belges vers le Royaume-Uni, plusieurs parlementaires plaident pour une contribution financière de Londres. Une idée rejetée par le ministre de l'Intérieur Bernard Quintin.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Les départs de migrants vers le Royaume-Uni augmentent fortement depuis la côte belge.
- Plusieurs élus souhaitent un soutien financier britannique, à l'image de la France.
- Bernard Quintin refuse que la politique de sécurité belge dépende de fonds étrangers.
Alors que les départs de migrants clandestins vers le Royaume-Uni se multiplient depuis les plages belges, une question s'invite dans le débat politique : Londres devrait-il participer au financement des moyens déployés par la Belgique pour lutter contre les réseaux de passeurs ?
Le sujet a été largement débattu à la Chambre lors d'une audition consacrée à la lutte contre la transmigration. Face aux députés, le ministre de l'Intérieur Bernard Quintin (MR), la ministre de la Justice Annelies Verlinden (CD&V) et la ministre de l'Asile et de la Migration Anneleen Van Bossuyt (N-VA) ont dressé un état des lieux préoccupant de la situation sur la côte belge.
Une pression croissante sur le littoral belge
Depuis plusieurs mois, les autorités constatent un déplacement des activités des réseaux de passeurs vers la Belgique. Longtemps concentrés sur le littoral du nord de la France, les départs de petites embarcations vers les côtes britanniques se déplacent progressivement vers les plages belges.
Cette évolution est largement attribuée au renforcement des contrôles français. Paris a considérablement accru ses moyens grâce à un accord conclu avec Londres, prévoyant plus de 660 millions de livres sterling pour lutter contre les traversées illégales de la Manche.
Conséquence : les passeurs cherchent désormais de nouveaux points de départ.
Les chiffres avancés lors de l'audition témoignent de cette évolution. Depuis le début de l'année, les forces de l'ordre ont intercepté 33 embarcations lors de 27 tentatives de départ entre La Panne et Knokke-Heist. En moins de six mois, ce total dépasse déjà le nombre cumulé d'interceptions enregistrées au cours des trois années précédentes.
Plus de 400 migrants ont été interceptés et 55 personnes soupçonnées d'appartenir à des réseaux de trafic d'êtres humains ont été arrêtées.
Le modèle français inspire certains parlementaires
Face à cette pression croissante, plusieurs élus, tant dans la majorité que dans l'opposition, estiment que la Belgique pourrait légitimement réclamer une aide financière au Royaume-Uni.
L'argument est simple : puisque les départs ont pour destination finale le territoire britannique et que Londres finance déjà les efforts français, pourquoi ne pas envisager un mécanisme similaire pour la Belgique ?
Mais Bernard Quintin s'est montré particulièrement réservé face à cette perspective.
« Nous sommes ouverts à la coopération, mais la Belgique n'est pas un pays qui conditionne sa politique de sécurité à des chèques venus de l'étranger », a-t-il expliqué devant les députés.
Pour le ministre, la souveraineté des décisions belges doit rester intacte et toute éventuelle contribution britannique devrait être strictement limitée à des investissements ciblés.
Refus d'une dépendance financière
Bernard Quintin a également cité un exemple concret des limites qu'il entend fixer à cette coopération.
Les autorités britanniques avaient proposé de fournir à la police fédérale un ordinateur particulièrement performant destiné à l'analyse des téléphones mobiles saisis lors des enquêtes liées à la migration clandestine. Une offre finalement refusée.
Le ministre estime en effet qu'une telle aide pourrait créer une dépendance ou susciter des attentes excessives en matière de partage d'informations.
« Nous ne pouvons pas nous retrouver dans une situation où une pression serait exercée pour transmettre davantage de données que ce que la loi autorise », a-t-il souligné.
Une aide britannique existe déjà
La coopération financière entre Londres et la Belgique n'est toutefois pas totalement inexistante.
Par le passé, les zones de police de la côte ont déjà bénéficié d'un soutien britannique de l'ordre de deux millions d'euros. Cet argent a notamment permis l'acquisition de drones, de caméras de surveillance et de véhicules de patrouille destinés à renforcer la lutte contre la transmigration.
Pour Bernard Quintin, cette forme d'assistance ponctuelle n'a cependant rien à voir avec l'accord massif conclu entre la France et le Royaume-Uni.
Le ministre va même plus loin en estimant que l'argent n'est pas l'élément central du problème.
« Si le financement britannique constituait la solution miracle, la France aurait déjà résolu la question depuis longtemps », a-t-il fait valoir.
Une analyse qui n'a pas convaincu tous les parlementaires.
Le Royaume-Uni également mis face à ses responsabilités
Pour le ministre de l'Intérieur, la lutte contre les réseaux de passeurs ne peut se limiter à une question de financement. Il estime que le Royaume-Uni doit aussi agir sur les facteurs qui continuent d'attirer les migrants vers son territoire.
« Tant que les passeurs pourront convaincre des candidats à l'exil que le Royaume-Uni représente une opportunité, l'effet d'attraction subsistera », a-t-il averti.
Selon lui, la réponse doit donc être globale et associer coopération policière, politique migratoire et lutte contre les filières criminelles.
Des renforts fédéraux pour l'été
À l'approche de la haute saison touristique, les autorités de la côte redoutent une intensification des activités des passeurs alors même que les services de police devront déjà gérer l'afflux de vacanciers.
Bernard Quintin a promis un soutien accru de la police fédérale durant l'été. Un appel a été lancé afin de détacher temporairement 38 policiers vers les zones côtières.
Pour l'instant, seuls onze volontaires se sont manifestés.
Le ministre a également évoqué la possibilité d'une fusion des zones de police du littoral afin d'améliorer leur efficacité opérationnelle face à un phénomène qui prend une ampleur nouvelle sur les plages belges.
À mesure que la pression migratoire se déplace du nord de la France vers la Belgique, le débat sur le partage des responsabilités entre Bruxelles et Londres risque donc de prendre de plus en plus d'importance dans les prochains mois.