« Militarisation de la jeunesse » : des syndicats enseignants veulent boycotter l'hommage aux morts pour la France
Une cérémonie du 11-Novembre dans les écoles ? Pour le SNES-FSU et SUD Éducation, le projet relève de l'« embrigadement » et d'un patriotisme inquiétant. Des syndicats appellent au boycott, voire à la grève. Des réactions indignées se multiplient.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
11-Novembre : le SNES-FSU et SUD Éducation dénoncent une « militarisation » des élèves. Paul Melun et Valérie Pécresse répliquent vivement.
Il ne s'agit ni d'apprendre aux élèves à manier des armes, ni de les préparer au combat, ni même de leur demander de glorifier la guerre. Simplement de rendre hommage, une fois par an, aux hommes et aux femmes morts pour la France. Et pourtant, cette initiative du ministère de l'Éducation nationale suffit à provoquer une levée de boucliers dans une partie du monde syndical enseignant.
À l'approche du 11 novembre, le SNES-FSU et SUD Éducation dénoncent une prétendue « militarisation de la jeunesse » et appellent à s'opposer aux nouvelles cérémonies commémoratives prévues dans les établissements scolaires. Le premier a même déposé un préavis de grève pour la semaine du 11 novembre.
Une controverse qui pose une question singulière : comment un hommage aux morts de la guerre, destiné notamment à rappeler le prix de la paix, peut-il être assimilé à une entreprise d'embrigadement militaire ?
Une minute de recueillement, un drapeau et la Marseillaise
La circulaire du 2 juillet 2026 instaure une cérémonie annuelle dans les écoles élémentaires, collèges et lycées, publics et privés sous contrat. Organisée dans les quatre jours précédant ou suivant le 11 novembre, elle doit associer les élèves à partir du CM1.
Le dispositif prévoit notamment un temps de recueillement, un hommage aux morts pour la France et des éléments symboliques de la République, comme le drapeau tricolore ou la Marseillaise. Des associations mémorielles, des élus locaux, des anciens combattants ou des représentants des forces armées peuvent être invités.
L'objectif affiché par le ministère est de transmettre aux jeunes générations la mémoire des épreuves traversées par la nation et de rappeler les sacrifices consentis pour préserver sa liberté.
Mais pour plusieurs syndicats, cette démarche constitue une intrusion idéologique dans l'école. Le SNES-FSU dénonce ainsi une confusion entre histoire et mémoire et considère que les cérémonies imposées risquent de transformer les élèves en instruments d'une politique patriotique.
SUD Éducation va plus loin, estimant que l'hommage aux morts pour la France n'a pas sa place dans les établissements scolaires et qu'il participerait à une acceptation de la guerre.
Quand la mémoire collective devient suspecte
L'un des aspects les plus frappants de cette polémique tient au vocabulaire employé par les opposants à la cérémonie. Le SNES-FSU conteste notamment la volonté ministérielle de faire vivre une mémoire collective, rappelant que les mémoires sont nécessairement plurielles et subjectives.
Une distinction intellectuelle légitime lorsqu'il s'agit d'enseigner l'histoire dans toute sa complexité. Mais doit-elle conduire à rendre suspect le principe même d'un hommage national partagé ?
Car la commémoration du 11 novembre ne suppose pas d'effacer les horreurs de la Première Guerre mondiale, les souffrances des soldats coloniaux, les mutineries ou les responsabilités politiques du conflit. Elle peut précisément être l'occasion d'en parler.
Les syndicats invoquent également la liberté pédagogique des enseignants, qui disposent déjà de nombreuses possibilités pour aborder les guerres dans leurs cours. Ils contestent surtout le caractère obligatoire de cette nouvelle cérémonie et la place éventuelle de représentants militaires ou politiques.
Une critique organisationnelle qui peut s'entendre. Mais l'assimilation d'un hommage aux morts à une militarisation des élèves suscite des réactions particulièrement vives.
Paul Melun dénonce un « verbiage néo-wokiste »
Sur LCI, l'essayiste Paul Melun a vivement réagi aux communiqués du SNES-FSU et de SUD Éducation. « Je suis profondément indigné », a-t-il déclaré, qualifiant leurs prises de position de « lunaires ». Il voit dans leur remise en cause de la mémoire collective un « verbiage néo-wokiste habituel qui vise à déconstruire la mémoire collective ».
De pire en pire , la gauche est à vomir !! Les profs aux cerveaux pourris refusent de rendre hommage aux morts pour la France !!! Même le 11 novembre est gênant dans cette France wokiste , islamique !!!! Mon dieu que devient mon pays !!! Même nos morts font tache dans le décor .… pic.twitter.com/DGoF040Vcj
— Magelya 🇫🇷🏴 (@Magelya777) October 31, 2026
Pour lui, les monuments aux morts témoignent pourtant d'une réalité historique qui dépasse les sensibilités individuelles : celle d'une génération sacrifiée dans les tranchées. « Ce n'est pas une mémoire subjective. Ce n'est pas un délire militariste », insiste-t-il.
Il rappelle que les élèves, quelles que soient leurs origines ou leurs convictions, peuvent se retrouver autour d'un hommage commun aux soldats morts pendant la Première Guerre mondiale. « Ce ne sont pas des gamins qui mettent des kalachnikovs », lance-t-il, rejetant l'idée que le recueillement puisse être assimilé à une préparation militaire.
Paul Melun estime surtout que les élèves ont droit à autre chose qu'une controverse idéologique sur le principe de la commémoration. « Vos élèves méritent mieux que cela, mieux que vos options idéologiques », affirme-t-il à l'adresse des syndicats opposés à la cérémonie.
Pécresse : « Ils trahissent l'esprit des hussards de la Troisième République »
La présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, a également exprimé son indignation sur LCI. « L'école est là pour apprendre l'amour de la France », affirme-t-elle, avant de s'en prendre aux enseignants qui refuseraient cette mission. « Ils trahissent l'esprit des hussards de la Troisième République », déclare-t-elle, estimant que ceux qui ne souhaitent pas transmettre cet attachement à l'histoire nationale devraient envisager un autre métier.
La responsable politique rappelle que sa région organise notamment des visites scolaires au musée de la Grande Guerre de Meaux. Elle annonce également la création d'une école régionale des porte-drapeaux, destinée à encourager les jeunes générations à participer aux cérémonies patriotiques. « Il faut que les jeunes s'emparent de ces cérémonies », insiste-t-elle.
L'initiative vise notamment à assurer la relève des anciens combattants, dont les rangs diminuent avec le temps.
Le ministre défend « le prix de la liberté »
Face aux critiques, le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, défend une démarche qu'il présente comme une simple exigence de transmission historique et civique. « Rendre hommage aux morts pour la France et s'en souvenir, savoir le prix de la liberté, ce n'est pas une militarisation, c'est du bon sens », avait-il expliqué sur RMC.
Il insiste sur l'existence d'une histoire commune, au-delà des parcours individuels, et sur la nécessité de transmettre cet héritage aux nouvelles générations.
Le SNALC, autre syndicat enseignant, adopte une position plus nuancée. Son président, Jean-Rémi Girard, juge problématique l'appel à la grève contre une commémoration nationale, tout en regrettant une nouvelle obligation imposée aux établissements sans préparation suffisante.
Cette distinction résume une bonne partie du débat. On peut contester la méthode du ministère, le calendrier retenu ou la charge supplémentaire imposée aux enseignants sans pour autant considérer qu'un drapeau, une Marseillaise et une minute de silence constituent une menace pour les élèves.
À quelques jours du 11 novembre, la polémique dépasse ainsi largement la question de l'organisation scolaire. Elle révèle les profondes divergences qui traversent le monde éducatif français sur la place de la nation, de ses symboles et de sa mémoire dans la formation des citoyens.