« Je ne peux pas tester mes moteurs verts à cause des grenouilles » : une entrepreneuse du spatial fustige la bureaucratie française
La journaliste Géraldine Woessner dénonce les contraintes environnementales rencontrées par The Exploration Company pour construire un banc d'essai de moteurs-fusées. Sa fondatrice, Hélène Huby, raconte des années de démarches liées notamment à des espèces protégées. Le projet a toutefois obtenu son autorisation environnementale en juillet 2026.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Géraldine Woessner relaie le témoignage d'Hélène Huby sur les contraintes environnementales freinant un projet spatial français. Retour sur le dossier.
« Témoignage désespérant… » Sur X, la journaliste Géraldine Woessner s'indigne des difficultés administratives rencontrées par Hélène Huby, fondatrice et PDG de The Exploration Company, une entreprise spatiale européenne qui développe notamment des capsules réutilisables et des systèmes de propulsion.
« Les Français n'ont pas, n'ont jamais voté pour ce jusqu'au-boutisme écolo, que leur impose une administration délirante… Et le pays en crève. Littéralement », écrit-elle, en relayant un extrait dans lequel l'entrepreneuse raconte les obstacles rencontrés pour construire un banc d'essai de moteurs-fusées en France.
Témoignage désespérant…
— Géraldine Woessner (@GeWoessner) November 1, 2026
Les Français n’ont pas, n’ont jamais voté pour ce jusqu’au boutisme écolo, que leur impose une administration délirante… Et le pays en crève.
Littéralement. https://t.co/XTcFUE92F0
Des grenouilles, des vipères et deux ans et demi de démarches
« Ça fait deux ans que je me bats dans la région où nous sommes pour développer mon banc de test », explique Hélène Huby. Selon elle, l'installation représente un investissement considérable et pourrait contribuer à fixer durablement des emplois industriels sur le territoire. « On va créer des centaines d'emplois autour de ce banc de test. Et puis on ne va pas bouger pendant dix ans, vingt ans », souligne-t-elle.
Mais le projet s'est heurté à des contraintes de protection de la biodiversité. « On n'a pas pu démarrer la construction depuis deux ans et demi parce qu'il y a des problèmes de grenouilles, il y a des problèmes de vipères », raconte la dirigeante.
Elle évoque notamment la nécessité de déplacer une espèce protégée vers un autre habitat, assortie, selon son témoignage, de contraintes importantes sur la superficie du nouveau milieu naturel.
L'entrepreneuse souligne le paradoxe qu'elle perçoit : « Ce banc de test, c'était pour tester pour la première fois au monde des moteurs verts, plus respectueux de l'environnement. Eh bien, je ne peux pas le faire parce que j'ai des grenouilles. »
Un ancien site industriel, mais de nouvelles autorisations environnementales
Le dossier officiel de consultation publique publié par la préfecture de Gironde confirme que le projet était soumis à une procédure environnementale concernant des espèces protégées.
L'installation, prévue à Mérignac, comprend quatre bancs d'essai indépendants, dont un destiné au moteur Huracan, d'une poussée de 15 kilonewtons.
Fait notable, le terrain n'est pas un espace naturel vierge : il a notamment été utilisé par la Snecma pour des essais de moteurs entre 1982 et 2010.
Malgré cet historique industriel, le projet nécessitait une autorisation au titre des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE), ainsi qu'une demande de dérogation concernant la destruction ou la perturbation d'espèces animales protégées et l'enlèvement de végétaux protégés.
Une consultation publique a ainsi été organisée du 5 janvier au 7 avril 2026, avec deux réunions publiques et la désignation d'un commissaire enquêteur.
Le document administratif confirme donc la réalité des obligations environnementales, sans établir à lui seul que celles-ci expliquent la totalité du retard dénoncé par l'entrepreneuse.
« Au Texas, deux mois et j'ai les autorisations »
Hélène Huby compare cette expérience aux conditions rencontrées outre-Atlantique, où son entreprise possède également une implantation. « Si j'étais au Texas, deux mois, boum, j'ai les autorisations, je fais mon banc de test », affirme-t-elle.
Selon ses estimations, les procédures seraient deux fois plus rapides en Allemagne et jusqu'à dix fois plus rapides aux États-Unis qu'en France. Des comparaisons avancées dans son témoignage, qui ne constituent pas une étude exhaustive des délais réglementaires entre ces pays. « Évidemment, il faut respecter l'environnement. Mais il faut avoir un équilibre », insiste la dirigeante.
Elle propose notamment de créer des procédures accélérées pour les projets industriels considérés comme stratégiques, afin de traiter leurs dossiers en priorité.
Une autorisation finalement délivrée en juillet
Le projet évoqué correspond à une installation de The Exploration Company à Mérignac, en Gironde, sur un ancien site d'essais de moteurs de la Snecma.
Selon les documents publiés par la préfecture, l'installation comprend quatre bancs d'essai, dont un destiné au moteur Huracan. Son autorisation environnementale nécessitait notamment l'examen de dérogations concernant des espèces animales et végétales protégées.
Après une consultation publique organisée du 5 janvier au 7 avril 2026, l'autorisation environnementale a finalement été délivrée le 15 juillet 2026. Cette décision ne permet pas, à elle seule, de connaître l'état d'avancement des travaux, mais elle montre que le blocage administratif décrit dans l'extrait a connu une évolution.
Le témoignage d'Hélène Huby illustre ainsi une question plus large : comment concilier la protection de la biodiversité, les impératifs de sécurité industrielle et la rapidité nécessaire aux investissements technologiques ?
Pour Géraldine Woessner, la réponse ne fait guère de doute : les délais imposés aux entreprises constituent un frein au développement industriel français. Une appréciation politique qui trouve dans le récit de l'entrepreneuse un exemple concret, même si le projet concerné a désormais franchi une étape réglementaire décisive.