Monique Barbut, ministre de Macron mais admiratrice du programme écologique de Mélenchon
Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, estime que Jean-Luc Mélenchon est le responsable politique qui « intègre le plus la question du climat » à son programme économique et social. Une déclaration pour le moins singulière venant d’un membre du gouvernement.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
La ministre de la Transition écologique Monique Barbut estime que Jean-Luc Mélenchon est celui qui « intègre le plus la question du climat » dans ses propositions économiques et sociales.
Il n’est « pas sa tasse de thé », prend-elle soin de préciser. Mais lorsqu’il s’agit d’écologie, Monique Barbut n’hésite pas à décerner le premier prix à Jean-Luc Mélenchon.
Dans un entretien accordé à Libération, la ministre de la Transition écologique a été interrogée sur les propositions de Gabriel Attal en matière de gestion de l’eau. L’ancien Premier ministre et candidat déclaré à l’élection présidentielle promet notamment un vaste plan destiné à récupérer 1.000 milliards de litres d’eau.
Monique Barbut reconnaît à Gabriel Attal « quelques propositions intéressantes », avant de bifurquer vers un autre responsable politique, beaucoup plus éloigné théoriquement de la majorité présidentielle.
« Mais je dois reconnaître que Jean-Luc Mélenchon, qui n’est pourtant pas ma tasse de thé, est celui qui intègre le plus la question du climat dans ses propositions économiques et sociales », affirme la ministre.
Mais je dois reconnaître que Jean-Luc Mélenchon, qui n’est pourtant pas ma tasse de thé, est celui qui intègre le plus la question du climat dans ses propositions économiques et sociales.
Monique Barbut
Le meilleur programme écologique ? Celui de Mélenchon
La formule est remarquable. Il ne s’agit pas d'une ancienne responsable associative commentant librement les programmes des différents partis, mais bien de l’actuelle ministre française de la Transition écologique.
Et son jugement ne porte pas davantage sur une proposition ponctuelle de La France insoumise qu’elle jugerait pertinente. Monique Barbut estime que c’est Jean-Luc Mélenchon qui intègre le mieux l’enjeu climatique dans l’ensemble de ses propositions économiques et sociales.
Autrement dit, la ministre chargée de l’écologie dans le gouvernement issu du macronisme considère que le programme le plus abouti en la matière se trouve à l'extrême gauche.
Une appréciation qui pose nécessairement une question politique : que fait alors une ministre partageant un diagnostic aussi favorable sur le programme écologique de Mélenchon dans un gouvernement censé appartenir à un tout autre espace politique ?
Une ministre déjà en rupture avec son propre gouvernement
La déclaration est d’autant moins anodine que Monique Barbut vient de traverser un sérieux conflit avec l’exécutif.
Fin juillet, elle avait annoncé sa démission pour protester contre la loi d’urgence agricole, qu’elle considérait comme un « recul environnemental de trop ». Elle avait finalement accepté de rester au gouvernement après avoir obtenu, selon elle, plusieurs garanties sur des dossiers environnementaux.
Son maintien n’a manifestement pas mis fin aux tensions. « Je peux me sentir plus fragile mais pas fragilisée », explique-t-elle désormais à Libération, avant d'adresser un avertissement à ses adversaires au sein même de la majorité : « Certains aimeraient que je ne sois plus là. Il faudra encore me supporter. »
Le tableau devient pour le moins inhabituel : une ministre qui a annoncé sa démission avant de la retirer, reconnaît l'existence d'adversaires au sein de son propre camp et explique publiquement que Jean-Luc Mélenchon possède à ses yeux l'approche la plus complète pour articuler climat, économie et politique sociale.
Où commence encore la majorité ?
La trajectoire de Monique Barbut permet aussi de comprendre cette liberté de ton. Avant son entrée au gouvernement, cette spécialiste des questions environnementales avait notamment dirigé le Fonds pour l’environnement mondial puis WWF France. Elle appartient davantage à l'univers des grandes organisations environnementales qu'au sérail traditionnel du macronisme.
Mais précisément : son entrée au gouvernement était un choix politique. Et sa déclaration illustre une nouvelle fois l’extrême élasticité idéologique de l’espace gouvernemental français. Alors que le macronisme a passé des années à dénoncer les propositions économiques de La France insoumise, l’une de ses ministres les érige désormais en référence lorsqu'elles sont envisagées sous l'angle climatique.
Monique Barbut prend évidemment soin de préciser que Mélenchon n’est « pas sa tasse de thé ». Mais l’essentiel de sa phrase vient après cette précaution : sur l’un des domaines dont elle a précisément la charge au gouvernement, c’est bien le chef de file insoumis qu’elle place devant les autres.
À quelques mois d’une campagne présidentielle qui oblige déjà chacun à préciser son positionnement, la déclaration en dit peut-être autant sur l’état de la majorité que sur Jean-Luc Mélenchon.