Peter De Keyzer : « Regardez le Danemark : là-bas, 80 % de la population travaille »
Dans un entretien accordé à La Libre, l'économiste Peter De Keyzer estime que le principal problème budgétaire de la Belgique n'est pas la fiscalité, mais un taux d'emploi insuffisant. Il prend le Danemark comme modèle, où huit habitants sur dix occupent un emploi.
Publié par Peter Backx
Résumé de l'article
Dans un entretien à La Libre, Peter De Keyzer estime que la Belgique doit avant tout augmenter son taux d'emploi et prend le Danemark, où 80 % de la population travaille, comme modèle.
La Belgique ne parviendra pas à assainir ses finances publiques tant que trop peu de personnes travailleront. C'est le message central de l'économiste Peter De Keyzer dans un long entretien accordé à La Libre. L'ancien économiste en chef de BNP Paribas Fortis ne voit pas dans une hausse des impôts ou dans des subventions supplémentaires la solution aux difficultés du pays, mais dans une augmentation beaucoup plus importante du taux d'emploi. À cet égard, il cite à plusieurs reprises le Danemark en exemple.
« Le véritable problème est que trop peu de personnes travaillent »
Peter De Keyzer balaie l'idée selon laquelle la Belgique pourrait redresser facilement ses finances publiques en augmentant les impôts. Selon lui, le problème est bien plus fondamental : « Il n'y a tout simplement pas assez de personnes qui travaillent. »
Cette situation oblige les personnes actives à supporter une charge toujours plus lourde. Le coût du travail augmente, ce qui affaiblit la compétitivité des entreprises. L'État tente ensuite de compenser ce handicap par des subventions. Pour Peter De Keyzer, il s'agit d'un cercle vicieux qui s'autoalimente. « Le véritable problème est qu'il n'y a pas assez de personnes qui travaillent. »
Le Danemark prouve qu'une autre voie est possible
Pour illustrer son propos, Peter De Keyzer se tourne vers le Danemark. Ce pays connaît une pression fiscale comparable à celle de la Belgique, mais affiche une situation économique nettement plus favorable. « Résultat : 80 % de la population travaille. »
Le Danemark dégage ainsi un excédent budgétaire, alors que la Belgique continue d'accumuler d'importants déficits. Les autorités danoises ont en outre mené des réformes plus strictes en matière de chômage, de pensions et de migration, sans être confrontées à de longues grèves ni à des mouvements de contestation de grande ampleur.
L'économiste avance également un calcul frappant. Si la Belgique atteignait le même taux d'emploi que le Danemark, quelque 475.000 personnes supplémentaires auraient un travail. Cela représenterait environ soixante-quinze fois les effectifs de Volvo Gand.
« Les subventions ne résoudront pas le problème »
Peter De Keyzer replace également le débat sur les aides publiques aux entreprises dans cette réflexion plus large.
Interrogé sur le fait de savoir si la Belgique accorde trop de subventions aux entreprises, il répond sans hésiter : « Oui. » Il comprend pourquoi les entreprises réclament des aides. Avec un coût du travail aussi élevé, entreprendre en Belgique est devenu particulièrement onéreux.
Il ne considère toutefois pas les subventions comme une solution durable. « Le véritable problème est qu'il n'y a pas assez de personnes qui travaillent. » Au lieu de multiplier les dispositifs de soutien, il plaide pour des procédures d'autorisation plus simples, une fiscalité moins lourde sur le travail, davantage de sécurité juridique et un climat d'investissement stable. Selon lui, ces mesures seraient bien plus bénéfiques aux entreprises que des aides temporaires.
« Nous avons enfin besoin d'une stratégie à long terme »
Peter De Keyzer applique le même raisonnement à l'avenir de l'industrie belge.
« Nous ne sauverons pas l'avenir de notre industrie avec des subventions ou des mesures ponctuelles prises ici et là. »
Selon lui, la Belgique doit d'abord définir le modèle économique qu'elle souhaite bâtir dans vingt ou trente ans. Le pays veut-il miser sur l'intelligence artificielle, la défense, les industries de haute technologie ou sur d'autres secteurs ?
Sans une telle vision à long terme, les mesures isolées ne feront, selon lui, que traiter les symptômes sans résoudre le problème de fond. Pour Peter De Keyzer, la clé d'une Belgique plus forte ne réside donc ni dans de nouveaux impôts ni dans davantage de subventions. C'est seulement lorsqu'un plus grand nombre de Belges auront un emploi que le pays retrouvera les conditions d'une croissance économique durable, de finances publiques saines et d'un climat d'investissement plus favorable.