Pourquoi Léon XIV contourne-t-il les géants catholiques d’Afrique ? (analyse)
En choisissant l’Algérie et la Guinée équatoriale pour son premier voyage africain, tout en laissant de côté le Nigeria, la RDC, le Kenya ou l’Ouganda, Léon XIV a suscité enthousiasme, perplexité et débats. Derrière cet itinéraire surprenant se dessinent plusieurs logiques : missionnaire, diplomatique, sécuritaire, mais aussi politique.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
— Le choix du pape de visiter l’Algérie et la Guinée équatoriale, plutôt que le Nigeria ou la RDC, surprend une partie des catholiques africains
— Derrière cet itinéraire se lisent des logiques missionnaires, diplomatiques et symboliques plus complexes qu’une simple tournée des grands bastions catholiques
— En se rendant dans des pays politiquement sensibles, Léon XIV semble vouloir faire de son voyage africain un message autant ecclésial que géopolitique
Sommaire
- Une logique pastorale… mais pas purement arithmétique
- L’Afrique n’est pas « un bloc »
- L’absence du Nigeria et de la RDC : prudence ou rendez-vous manqué ?
- La Guinée équatoriale : le choix le plus délicat
- Une diplomatie de la parole plutôt que de la rupture
- Un voyage pensé aussi contre la fatigue occidentale
- Un choix discutable, mais cohérent
À première vue, la carte du voyage africain de Léon XIV a de quoi surprendre. Le pape a bien fait escale dans des pays à forte densité catholique, comme le Cameroun ou l’Angola. Mais il a aussi choisi de se rendre en Algérie, pays presque entièrement musulman où les catholiques se comptent en milliers, puis en Guinée équatoriale, petit État pétrolier d’Afrique centrale, certes majoritairement catholique, mais minuscule à l’échelle du continent.
Dans le même temps, il a laissé de côté la République démocratique du Congo et le Nigeria, qui totalisent à eux deux quelque 90 millions de catholiques. L’Ouganda, l’un des grands réservoirs de vocations du catholicisme mondial, n’est pas au programme. Le Kenya non plus, alors même que la pratique religieuse y reste très élevée. La question s’impose donc d’elle-même : que dit ce voyage de la vision africaine de Léon XIV ?
Une logique pastorale… mais pas purement arithmétique
Si le Vatican raisonnait uniquement en termes de volume de fidèles, l’itinéraire aurait été tout autre. Le Nigeria et la RDC auraient semblé incontournables, ne serait-ce qu’en raison de leur poids démographique et du rôle central qu’ils jouent dans l’avenir du catholicisme mondial. La croissance des catholiques, des séminaristes et du clergé y est décisive pour une Église en recul dans une grande partie de l’Europe.
Mais justement, Léon XIV paraît avoir refusé cette logique purement quantitative. Son voyage donne le sentiment de répondre à une autre idée : le pape ne se contente pas d’aller là où l’Église est forte ; il va aussi là où sa présence dit quelque chose.
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