Œuvres d’art volées sous l’Occupation nazie, La KBR restitue "La Buveuse d’absinthe" de Félicien Rops
Avec la restitution symbolique d’un tableau de Félicien Rops aux héritiers d’une famille juive victime des persécutions antisémites, la Belgique franchit une étape majeure dans la reconnaissance des spoliations de la Seconde Guerre mondiale et instaure un nouveau cadre pour traiter ces dossiers sensibles.
Publié par A JS
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Résumé de l'article
La Belgique restitue symboliquement La Buveuse d’absinthe de Félicien Rops aux héritiers d’Armand Dorville, dont la famille fut victime des persécutions antisémites et de la spoliation de ses biens. Cette décision s’accompagne d’une nouvelle procédure fédérale destinée à encadrer et accélérer les futures demandes de restitution.
Conservée depuis plusieurs décennies à la KBR, La Buveuse d’absinthe de Félicien Rops devient le symbole d’un changement de doctrine. À l’initiative de la ministre de la Politique scientifique, Vanessa Matz, l’œuvre fait l’objet d’une restitution symbolique aux descendants d’Armand Dorville, avocat et collectionneur français dont les biens furent dispersés sous l’Occupation.
Décédé en 1941 à Cubjac, en Dordogne, Armand Dorville possédait une collection d’environ 450 œuvres comprenant notamment des tableaux de Bonnard, Degas, Delacroix, Renoir, Toulouse-Lautrec, Pissarro et Félicien Rops. Après sa disparition, le régime de Vichy empêche ses sœurs et ses nièces de faire valoir leurs droits successoraux.
Le Commissariat général aux questions juives ordonne ensuite la liquidation de ses biens. Plusieurs membres de sa famille furent déportés puis assassinés à Auschwitz-Birkenau, faisant de cette collection l’un des nombreux patrimoines juifs frappés par les spoliations de la Seconde Guerre mondiale.
Une réparation symbolique après des décennies
Acquise de bonne foi en 1968 auprès du marchand d’art parisien Marcel Lecomte par la Bibliothèque royale de Belgique, aujourd’hui KBR, La Buveuse d’absinthe est restée dans les collections fédérales. Un accord conclu avec les héritiers permet toutefois de reconnaître officiellement la spoliation subie par la famille Dorville tout en maintenant l’œuvre au sein de l’institution.
Depuis plusieurs années, les ayants droit tentent de reconstituer et de récupérer les pièces dispersées de cette importante collection. En 2019, avec l’appui de la mission française sur les spoliations, ils ont engagé des démarches auprès de plusieurs institutions, notamment le musée d’Orsay, le Louvre et le château de Compiègne.
Deux ans plus tard, l’Alte Nationalgalerie de Berlin avait déjà procédé à la restitution symbolique d’un tableau de Pissarro avant de le racheter avec l’accord des descendants.
Pour Vanessa Matz, cette décision répond à une exigence de mémoire autant qu’à un devoir de justice. La ministre considère que si aucune restitution ne peut effacer les souffrances causées par les persécutions et les spoliations, la reconnaissance officielle des faits demeure indispensable pour les familles concernées.
Une procédure désormais encadrée
Au-delà du cas Dorville, le gouvernement fédéral entend mettre fin aux incertitudes qui entouraient jusqu’à présent les demandes de restitution. Un nouvel arrêté doit établir une procédure claire applicable aux œuvres conservées dans les institutions fédérales.
Les familles disposent d’un point de contact identifié et de délais précis. L’administration devra accuser réception d’une demande dans les huit jours. Un premier examen du dossier interviendra dans le mois suivant, tandis que les recherches de provenance et la transmission aux institutions concernées devront être réalisées dans un délai de six mois.
Une commission d’experts indépendants sera ensuite chargée d’évaluer les demandes avant qu’une décision finale ne soit prise. Dans les dossiers standards, la procédure complète doit aboutir dans un délai de treize mois, avec des prolongations prévues pour les cas nécessitant des recherches plus complexes.
Transparence et reconnaissance historique
La cérémonie organisée à la KBR vise également à adresser un message aux familles susceptibles d’introduire une demande similaire. Les autorités fédérales souhaitent montrer que ces démarches disposent désormais d’un cadre clairement défini.
Afin de garantir la transparence du processus, Belspo publiera l’ensemble des avis et décisions liés aux dossiers de restitution. Selon le cabinet de la ministre, cette réforme doit éviter les longues périodes d’attente auxquelles certaines familles ont été confrontées par le passé et favoriser une meilleure reconnaissance des spoliations commises durant la Seconde Guerre mondiale.
À travers cette restitution symbolique, la Belgique entend conjuguer travail historique, transparence administrative et devoir de mémoire envers les victimes des persécutions antisémites.