« Ra'amgate, tremblement de terre, attentat contre la démocratie » : Netanyahou crie au scandale et mande le Shin Bet de mener l'enquête
L'affaire des fraudes électorales présumées prend une nouvelle dimension en Israël. Le juge chargé de superviser le scrutin a demandé au Shin Bet d'enquêter sur des soupçons de financement étranger. Netanyahou dénonce un « attentat contre la démocratie » et accuse des puissances étrangères d'avoir voulu renverser la droite.
Publié par Harrison du Bus
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Résumé de l'article
Israël : le Shin Bet doit enquêter sur une possible ingérence étrangère dans les élections. Netanyahou dénonce un « attentat contre la démocratie ».
Sommaire
- Le Shin Bet officiellement chargé d'enquêter
- Le Qatar et la Turquie dans le viseur des soupçons
- Netanyahou dénonce une tentative d'« islamisation d'Israël »
- Derrière les accusations, la bataille pour la Knesset
- L'opposition met en garde contre une instrumentalisation politique
- Une semaine décisive pour la démocratie israélienne
La crise politique israélienne prend une tournure particulièrement préoccupante. Deux jours après les élections législatives du 27 octobre, les accusations de fraude formulées par le Likoud de Benyamin Netanyahou s'accompagnent désormais de soupçons d'ingérence étrangère suffisamment sérieux pour avoir conduit le président de la Commission électorale centrale à solliciter officiellement les services de renseignement intérieur.
Dans un communiqué relayé personnellement par le Premier ministre, le Likoud dénonce un véritable « tremblement de terre » politique. Le parti affirme que des puissances étrangères auraient cherché à influencer le scrutin en favorisant illégalement la mobilisation des électeurs arabes.
« Ils ont volé les élections en Israël ! », martèle la formation de Netanyahou, qui a déjà baptisé l'affaire « Ra'amgate », en référence au parti arabe Ra'am, dirigé par Mansour Abbas.
הודעת הליכוד:
— Benjamin Netanyahu - בנימין נתניהו (@netanyahu) October 29, 2026
פרשת רע״מגייט היא רעידת אדמה. גנבו את הבחירות בישראל!
הדברים של השופט סולברג על מעורבות של גורמים זרים שהתערבו ושיחדו מצביעים לטובת המפלגות הערביות הם טלטלה חסרת תקדים.
מדובר בפיגוע בדמוקרטיה שמטרתו להוביל להשתלטות זרה על הכנסת, לאיסלאמיזציה של ישראל, ולהפלת…
Le Shin Bet officiellement chargé d'enquêter
Le principal développement de ce jeudi est venu du juge Noam Solberg, président de la Commission électorale centrale et vice-président de la Cour suprême israélienne.
Dans une lettre adressée au directeur du Shin Bet, David Zini, le magistrat fait état de soupçons graves concernant une possible influence étrangère sur les élections législatives, notamment par des financements extérieurs et des pratiques susceptibles de constituer de la corruption électorale. Ces soupçons lui auraient été présentés par les services de sécurité israéliens.
Le juge demande au Shin Bet de mobiliser ses moyens d'investigation afin de rechercher les éléments permettant de confirmer ou d'infirmer ces accusations. Compte tenu des délais légaux entourant la validation des résultats électoraux, il souhaite obtenir d'éventuelles conclusions dans un délai d'une semaine.
Il prend toutefois soin de préciser qu'il n'est pas en mesure, à ce stade, d'attester le bien-fondé des soupçons portés à sa connaissance. Cette distinction est fondamentale : l'ouverture d'une enquête officielle ne signifie pas qu'une ingérence étrangère a été démontrée, encore moins qu'elle aurait modifié le résultat des élections.
Le Qatar et la Turquie dans le viseur des soupçons
Selon plusieurs médias israéliens, notamment Channel 12 et Israel Hayom, les investigations porteraient sur de possibles transferts de fonds provenant de l'étranger, destinés à accroître la participation électorale au sein de la population arabe israélienne par des moyens illégaux.
Le Qatar est particulièrement évoqué dans les informations diffusées jeudi matin. La Turquie figure également parmi les pays soupçonnés par des responsables du Likoud.
D'après ces informations, d'importantes sommes auraient pu transiter par des organisations chargées de mobiliser les électeurs arabes. Certains circuits financiers présumés présenteraient des similitudes avec des mécanismes précédemment utilisés pour transférer des fonds à des organisations terroristes.
Ces éléments restent cependant au stade des soupçons. Aucune implication du Qatar ou de la Turquie dans une opération de fraude électorale n'a été judiciairement établie. Doha a d'ailleurs rejeté les accusations d'ingérence. L'affaire intervient alors que le Likoud avait déjà dénoncé mercredi de multiples irrégularités, allant de l'achat de votes à des intimidations et à l'utilisation présumée de logiciels interdits.
Netanyahou dénonce une tentative d'« islamisation d'Israël »
Le communiqué publié jeudi par le Likoud témoigne d'une spectaculaire escalade verbale. « L'affaire Ra'amgate est un tremblement de terre. Ils ont volé les élections en Israël ! », affirme le parti du Premier ministre.
La formation va beaucoup plus loin en dénonçant ce qu'elle présente comme une opération étrangère visant à bouleverser les équilibres politiques du pays. « Il s'agit d'un attentat contre la démocratie dont l'objectif est de conduire à une prise de contrôle étrangère de la Knesset, à l'islamisation d'Israël et au renversement du pouvoir de droite », affirme le Likoud.
Le communiqué soutient également qu'une telle opération aurait pour objectif de provoquer un recul stratégique de l'armée israélienne sur plusieurs fronts, notamment face à l'Iran.
Ces affirmations constituent l'interprétation politique du Likoud et ne correspondent pas à des conclusions établies par les autorités judiciaires ou les services de renseignement. Le parti exige néanmoins que la police et le Shin Bet mobilisent immédiatement tous les moyens dont ils disposent pour enquêter sur les faits présumés.
Derrière les accusations, la bataille pour la Knesset
Cette nouvelle offensive intervient à un moment particulièrement sensible pour l'avenir politique du pays. Selon les projections rapportées jeudi, le bloc de Netanyahou disposerait de 53 sièges à la Knesset, contre 48 pour les formations opposées au Premier ministre. Les partis arabes pourraient, quant à eux, obtenir 19 sièges.
Or, la majorité absolue exige 61 députés sur les 120 que compte le Parlement. Les formations arabes se retrouvent ainsi en position de jouer un rôle déterminant dans la constitution d'une nouvelle majorité, éventuellement favorable à l'opposant Gadi Eisenkot. C'est précisément cette perspective que le Likoud entend désormais combattre.
Dans son communiqué, le parti estime qu'aucune formation sioniste ne devrait accepter de coopérer avec le Ra'am ou la Liste commune pour constituer un gouvernement. Il dénonce également l'éventualité d'un remplacement du président de la Knesset grâce à ce qu'il présente comme des voix « achetées en espèces ».
Le raisonnement politique du Likoud est donc explicite : si une ingérence étrangère a favorisé la représentation parlementaire des partis arabes, ces derniers ne devraient pas pouvoir déterminer l'identité du prochain gouvernement. Mais ce raisonnement repose sur des accusations qui restent à démontrer.
L'opposition met en garde contre une instrumentalisation politique
Face à l'escalade, Gadi Eisenkot appelle à distinguer la nécessité d'enquêter sur d'éventuelles irrégularités et le respect du processus démocratique. Le chef de l'opposition estime que toutes les accusations doivent être examinées sérieusement, mais avertit qu'aucune formation politique ne devrait pouvoir exploiter cette affaire pour retarder l'installation de la nouvelle Knesset, attendue le 10 novembre.
La police israélienne a par ailleurs indiqué ne disposer d'aucun élément permettant d'étayer les accusations selon lesquelles les élections auraient été volées par les partis arabes.
Le président Isaac Herzog a également appelé à une enquête approfondie, tout en mettant en garde contre une stigmatisation des électeurs arabes.
La situation présente ainsi deux dimensions distinctes : d'une part, des soupçons d'ingérence étrangère désormais soumis à une investigation officielle ; d'autre part, des accusations de fraude électorale généralisée dont la réalité n'a pas été démontrée.
Une semaine décisive pour la démocratie israélienne
L'enjeu dépasse désormais la seule question des irrégularités qui auraient pu être commises dans certains bureaux de vote. Si les investigations du Shin Bet confirmaient l'existence d'une opération étrangère de financement illégal destinée à influencer les élections, Israël se trouverait confronté à une affaire majeure de sécurité nationale. Encore faudrait-il déterminer l'origine des fonds, les bénéficiaires éventuels, la nature des infractions commises et leur incidence réelle sur le scrutin.
À l'inverse, si les accusations les plus spectaculaires du Likoud ne trouvaient aucune confirmation, la contestation de la légitimité des résultats pourrait elle-même devenir un facteur supplémentaire de déstabilisation politique.
En attendant, la bataille pour la prochaine majorité parlementaire se poursuit dans un climat de défiance croissante. Et pour la première fois depuis le scrutin de mardi, la question d'une éventuelle ingérence étrangère ne relève plus seulement des accusations partisanes : elle fait officiellement l'objet d'une demande d'enquête adressée aux services de sécurité israéliens.