TotalEnergies : Patrick Pouyanné, le patron qui a rendu le pétrole presque sympathique
Profit record, prix plafonnés, part de marché en hausse et image enfin redorée : le PDG de TotalEnergies a transformé une cible préférée des critiques en entreprise que le gouvernement défend publiquement. Une prouesse politique autant qu’industrielle.
Publié par Loïc Cotteret
Résumé de l'article
Patrick Pouyanné a redoré l’image de TotalEnergies en plafonnant les prix des carburants, au prix d’environ 500 millions d’euros, tandis que le groupe affiche 8,3 milliards de dollars de bénéfice net au troisième trimestre. Cette stratégie lui a fait gagner plus de 30% de part de marché et une popularité inattendue, selon Le Figaro.
Longtemps, TotalEnergies incarnait tout ce que les Français pouvaient reprocher aux grandes entreprises : profits massifs, dépendance aux hydrocarbures, assemblées générales sous tension et prix à la pompe jugés trop élevés. Pourtant, le groupe traverse aujourd’hui une séquence étonnante. Il affiche un bénéfice net de 8,3 milliards de dollars au troisième trimestre, après 9,8 milliards au premier semestre, tout en bénéficiant d’un regain de sympathie auprès du public, selon Le Figaro.
Un pari coûteux, mais payant
Le tournant tient à une décision simple en apparence : plafonner le prix des carburants dans les stations TotalEnergies. Depuis le 22 juillet, l’essence est vendue à 1,99 euro le litre et le gazole à 2,25 euros, alors que le prix moyen du gazole a dépassé 2,40 euros en septembre.
L’opération n’est pas gratuite. Patrick Pouyanné l’estime à environ 500 millions d’euros et reconnaît que chaque point de part de marché gagné lui coûte un centime par litre. Mais le résultat est spectaculaire : la part de marché du groupe est passée de 23% en 2025 à plus de 30%.
« L’entreprise devient populaire, je trouve ça super ! On est en train de réconcilier les Français avec le capitalisme ! »
Patrick Pouyanné
L’image, nouveau champ de bataille
Le patron ne vend pas seulement du carburant : il vend une narration. Celle d’un grand groupe français capable d’amortir le choc des crises géopolitiques et de protéger, au moins en partie, le pouvoir d’achat des automobilistes. Le Figaro souligne ce retournement paradoxal : malgré la flambée des cours liée à la guerre au Moyen-Orient, TotalEnergies profite d’une popularité inattendue.
Le calcul est aussi commercial. En abaissant les prix, l’entreprise attire les clients, fidélise une clientèle sensible au litre et affaiblit l’image d’une marque longtemps perçue comme chère. Pouyanné assume ce choix comme un investissement, non comme une perte sèche.
« Vous allez faire des erreurs. Une seule instruction : jamais les répéter deux fois. » Neuf mois après sa nomination à la tête de Total, Patrick Pouyanné a dressé un bilan lucide de ses décisions : certaines, il les regrettait, pour avoir été « trop gentil, trop faible »,… pic.twitter.com/7MCpDhr1g5
— Public Sénat (@publicsenat) October 30, 2026
Un patron devenu intouchable ?
Cette stratégie renforce aussi la position de Patrick Pouyanné à la tête du groupe. Arrivé à la direction générale en octobre 2014, puis président depuis décembre 2015, il est proposé pour un nouveau mandat jusqu’en 2030, soumis au vote de l’assemblée générale de mai 2027.
Douze ans de pouvoir, des résultats solides et une capacité à parler directement aux Français : voilà qui explique sa longévité. Les Echos le décrivent comme l’un des dirigeants les plus pérennes du CAC 40, à la tête d’une entreprise devenue à la fois stable et très prospère.
Popularité ne veut pas dire consensus
Le succès médiatique ne fait pas disparaître les tensions. Plusieurs ONG, dont 350.org, Action Justice Climat Paris et Attac France, demandent toujours la taxation des superprofits. La critique climatique, elle, reste entière : plafonner les prix ne réduit ni les émissions ni la dépendance aux énergies fossiles.
Pouyanné l’a compris : dans une crise, la légitimité d’une entreprise se joue aussi à la pompe. En offrant aux automobilistes un geste visible, il a acheté bien plus que des parts de marché. Il a acheté du temps, de la reconnaissance et une forme de protection politique.
Reste à savoir si cette popularité survivra à la baisse des prix du baril. Car une marque peut gagner la rue en quelques semaines ; elle ne la conserve que si la promesse tient lorsque la tempête s’éloigne.