Édouard Philippe placé sous le statut de témoin assisté dans une enquête sur des soupçons de détournement de fonds publics au Havre
L’ancien premier ministre, candidat à l’Élysée, a été entendu toute la journée par deux juges financiers. Placé sous le statut de témoin assisté dans une enquête visant notamment des détournements de fonds publics au Havre, il reste hors de toute mise en examen mais l’affaire s’invite désormais dans sa campagne.
Publié par Loïc Cotteret
Résumé de l'article
Édouard Philippe a été placé sous le statut de témoin assisté dans une enquête sur des soupçons de détournement de fonds publics au Havre, sans mise en examen à ce stade. L’affaire tombe à moins de six mois de la présidentielle, tandis que son camp rejette l’idée d’une primaire des démocrates jugée « cafouilleuse ».
L’information est tombée en pleine course présidentielle. Édouard Philippe, maire du Havre et candidat Horizons, a été convoqué ce jeudi 29 octobre par deux juges d’instruction financiers dans le cadre d’une information judiciaire ouverte notamment pour détournement de fonds publics, favoritisme et harcèlement moral au sein de la communauté urbaine Le Havre Seine Métropole.
À l’issue d’une journée d’audition, l’ancien chef du gouvernement a été placé sous le statut de témoin assisté, une qualification moins lourde qu’une mise en examen.
Un statut protecteur, pas une absolution
Le témoin assisté occupe une position intermédiaire dans la procédure pénale française : la personne est mise en cause par des indices, mais les juges n’estiment pas, à ce stade, disposer de charges suffisantes pour la mettre en examen. Pour Édouard Philippe, cette décision éloigne donc, pour l’instant, l’hypothèse de poursuites.
Son avocat, Emmanuel Marsigny, a salué une « décision favorable » et affirmé qu’il n’y avait « rien à lui reprocher » dans ce dossier. Une lecture que conteste immédiatement la partie civile : l’avocat de la lanceuse d’alerte Cornelia Findeisen, Jérôme Karsenti, a indiqué vouloir prendre connaissance de l’audition pour comprendre la motivation des magistrats face à des faits jugés « graves ».
Un dossier qui remonte à 2020
L’enquête s’intéresse à une convention d’objectifs pluriannuelle signée le 30 juillet 2020 entre la métropole havraise et LH French Tech, association chargée d’animer la Cité numérique du Havre. Édouard Philippe l’avait cosignée comme président de la collectivité ; Stéphanie de Bazelaire l’avait fait au titre de sa fonction de présidente bénévole de l’association.
Ce contrat, fondé sur un dispositif dérogatoire aux règles habituelles de mise en concurrence, prévoyait le versement d’une compensation de service public de 2,154 millions d’euros par an pendant quatre ans. En mars 2022, la communauté urbaine a cependant rompu la convention de manière anticipée, après avoir déjà décaissé 1,15 million d’euros, invoquant la situation budgétaire intenable de LH French Tech.
De l’alerte à l’instruction
Le dossier a pris une autre dimension après la plainte de Cornelia Findeisen, ancienne directrice générale adjointe de la collectivité, devenue lanceuse d’alerte en janvier 2025. Le Parquet national financier avait ouvert une enquête préliminaire dès décembre 2023, avant des perquisitions et auditions au Havre au printemps 2024.
L’association Anticor s’est constituée partie civile le 20 octobre auprès des juges chargés de l’instruction, ouverte en mai sur réquisitions du PNF. L’information judiciaire vise d’éventuels contournements des règles des marchés publics par la communauté urbaine, que préside l’intéressé.
Un coup politique à sept mois du scrutin
Juridiquement, Édouard Philippe sort de cette journée avec un statut qui ne le désigne pas formellement comme mis en cause pénalement. Politiquement, l’épisode tombe mal : à moins de sept mois de la présidentielle, il offre un angle d’attaque à ses concurrents et impose au candidat de devoir expliquer, campagne après meeting, les contours d’un dossier judiciaire né dans sa ville.
À cette incertitude judiciaire s’ajoute désormais une pression politique. Gabriel Attal a proposé une « grande primaire des démocrates » pour éviter un duel Le Pen–Mélenchon, mais l’entourage d’Édouard Philippe juge le projet « cafouilleux » et « hasardeux », tandis que celui de Bruno Retailleau le déclare « mort-né » tant qu’il n’exclut pas Raphaël Glucksmann.
Pour le candidat Horizons, largement devant Attal dans les sondages, l’enjeu est clair : ne pas se laisser enfermer dans une compétition interne dont il n’a pas besoin.
En tout état de cause, entre la défense qui parle de décision favorable et les parties civiles qui veulent poursuivre l’instruction, l’affaire du Havre a désormais franchi une étape que le candidat Horizons aurait préféré éviter.