À Bruxelles, 43 % des ménages ne paient aucun impôt sur le revenu
À Bruxelles, 43 % des ménages fiscaux ne paient aucun impôt sur le revenu, contre 35 % en 2014. Une analyse de l’IBSA révèle également que 95 % de l’IPP bruxellois est acquitté par le quart des contribuables qui contribuent le plus.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
À Bruxelles, 43 % des ménages fiscaux ne paient aucun impôt sur le revenu, contre 35 % en 2014. Une analyse de l’IBSA révèle également que 95 % de l’IPP bruxellois est acquitté par le quart des contribuables qui contribuent le plus.
La base fiscale de la Région bruxelloise apparaît particulièrement étroite. Selon une analyse de l’Institut bruxellois de statistique et d’analyse (IBSA) réalisée à la demande de BRUZZ, 43 % des déclarations fiscales introduites à Bruxelles n’aboutissent finalement au paiement d’aucun impôt des personnes physiques (IPP).
Les derniers chiffres disponibles portent sur les revenus de 2023, déclarés lors de l’exercice d’imposition 2024. Au total, l’administration fiscale a reçu 791.621 déclarations provenant de la Région bruxelloise. Une déclaration correspond à un ménage fiscal, c’est-à-dire une personne seule ou un couple effectuant une déclaration commune.
Sur l’ensemble, seules 451.740 déclarations ont finalement donné lieu au paiement d’un impôt sur le revenu, soit 57 %. À l’inverse, 339.881 ménages fiscaux, représentant 43 % des déclarations, n’ont eu aucun IPP à payer.
Une proportion en augmentation
Cette proportion a sensiblement progressé en une décennie. En 2014, 35 % des ménages fiscaux bruxellois ne payaient aucun impôt sur le revenu, contre 43 % dans les dernières statistiques disponibles.
Une partie des déclarations ne contient tout simplement aucun revenu imposable. C'est le cas de 128.667 dossiers sur les 791.621 recensés, soit environ un sur six. Mais l'existence d'un revenu imposable ne signifie pas nécessairement qu'un impôt sera finalement dû, en raison notamment des mécanismes de déduction et de réduction.
Les statistiques nationales de Statbel invitent également à manier ces chiffres avec prudence. Un revenu imposable nul ne signifie pas nécessairement qu'un ménage ne dispose d'aucun revenu : certaines personnes perçoivent des revenus non imposables, tandis que d'autres, comme certains fonctionnaires des institutions européennes, ne sont pas soumises à l'impôt belge sur ces revenus.
95 % de l'impôt payé par un quart des contribuables
La concentration des recettes fiscales est tout aussi frappante. Selon un calcul de l'IBSA cité par BRUZZ, 95 % de l'impôt des personnes physiques perçu auprès des contribuables bruxellois est payé par les 25 % qui contribuent le plus.
Ces données interviennent après une polémique provoquée par le journaliste et chroniqueur Rik Van Cauwelaert. Celui-ci avait affirmé sur la VRT que 70 % des Bruxellois ne payaient pas d'impôt des personnes physiques et en tirait la conclusion que la Région ne disposait pas d'une base fiscale suffisamment solide.
Le chiffre de 70 % ne correspond cependant pas à la proportion de ménages fiscaux ne payant pas d'IPP. Van Cauwelaert explique inclure dans son calcul l'ensemble de la population bruxelloise, donc également les enfants, les fonctionnaires internationaux imposés ailleurs ou encore les personnes sans titre de séjour. Les statistiques fiscales permettent, elles, d'établir que la proportion des déclarations n'aboutissant à aucun IPP est de 43 %.
Bruxelles contribue moins que son poids démographique
Autre indicateur de cette capacité fiscale relativement faible : Bruxelles représentait 10,6 % de la population belge, mais seulement 8,4 % de l'impôt des personnes physiques perçu dans le pays sur les revenus de 2023.
Les contribuables bruxellois ont versé environ 5,3 milliards d'euros sur les 62,8 milliards d'euros d'impôt correspondant aux revenus de 2023 dans l'ensemble de la Belgique. Statbel confirme ce total national de 62,8 milliards.
La situation ne se détériore toutefois pas sur tous les indicateurs. Dix ans auparavant, Bruxelles ne représentait que 8,2 % de l'IPP belge : sa contribution relative a donc légèrement augmenté sur la décennie.
Plusieurs particularités de la capitale contribuent également à expliquer son assiette fiscale. Bruxelles possède une population relativement jeune et accueille de nombreux étudiants. Surtout, des centaines de milliers de travailleurs flamands et wallons viennent quotidiennement travailler dans la capitale tout en acquittant leur impôt des personnes physiques dans la région où ils résident.
Les chiffres n'en illustrent pas moins une particularité majeure des finances bruxelloises : une part importante de l'impôt sur le revenu repose sur une fraction relativement restreinte des ménages fiscaux, alors que 43 % des déclarations n'aboutissent aujourd'hui à aucun IPP à payer.