Le SPF Finance perd un loyer de centaines de milliers d'euros depuis des années à Woluwe-Saint-Pierre. Les riverains se plaignent des nuisances.
À Woluwe-Saint-Pierre, un bâtiment public occupé par l’ASBL Rockin'Squat soulève des questions sur son potentiel locatif et sur les nuisances dénoncées par des riverains.
Publié par J.PE
Résumé de l'article
Un bâtiment situé avenue de Tervueren, propriété du Service fédéral des Pensions et occupé par l’ASBL Rockin'Squat, pourrait représenter près de 600.000 euros de loyer annuel. Des riverains dénoncent également des nuisances répétées.
Un bâtiment public situé avenue de Tervueren est occupé depuis plusieurs années par l’ASBL Rockin'Squat. Alors que des riverains dénoncent des nuisances répétées, une question budgétaire s’invite dans le débat : pourquoi l’État ne loue-t-il pas cet immeuble à sa valeur de marché ?
À Woluwe-Saint-Pierre, le 158 avenue de Tervueren concentre depuis plusieurs mois les critiques du voisinage et les interrogations sur la gestion du patrimoine immobilier de l’État.
Le vaste bâtiment, propriété du Service fédéral des Pensions, est délaissé par l’administration depuis 2021. Depuis 2024, il est occupé dans le cadre d’une convention d’occupation précaire par l’ASBL Rockin'Squat. Une centaine de personnes y seraient hébergées, parmi lesquelles des migrants et des personnes en situation de précarité.
Une situation qui pose aujourd’hui deux questions distinctes : celle de l’utilisation d’un patrimoine public, et celle des nuisances dénoncées par certains habitants du quartier.
Un manque à gagner estimé à près de 600.000 euros par an
Le dossier a récemment été évoqué à la Chambre et a été répercuté il y a quelques jours chez nos confrères de La Libre. La députée Alexia Bertrand, cheffe de groupe d’Anders et ancienne secrétaire d’État au Budget, estime que le bâtiment pourrait représenter un potentiel locatif de près de 600.000 euros par an.
Un montant considérable alors que l’État fédéral cherche actuellement plusieurs milliards d’euros d’économies. Pour l’élue, le dossier illustre les difficultés de l’administration fédérale à valoriser correctement certains de ses biens immobiliers.
« Apparemment, l’État a trop d’argent », a-t-elle lancé, dénonçant une situation qu’elle considère comme symptomatique d’une gestion inefficace du patrimoine public.
Pourquoi l’État ne loue-t-il pas le bâtiment ?
Le ministre de tutelle, Jan Jambon, a défendu la décision actuelle, à savoir que l’occupation temporaire permet également d’éviter que le bâtiment soit considéré comme totalement vacant et soumis aux taxes régionales et communales applicables aux immeubles inoccupés.
Autrement dit, l’État ne perçoit pas un loyer commercial, mais évite parallèlement certaines dépenses liées à la vacance du bâtiment.
La convention conclue avec Rockin'Squat permet à l’ASBL d’occuper les lieux gratuitement. Les charges liées, notamment, à l’eau, au gaz et à l’électricité sont, elles, couvertes par un subside de la Cocom d’environ 140.000 euros. L’ASBL a dans ses statuts, rappelle La Libre : « la déconstruction des structures de pouvoir, d’oppression, d’exploitation et d’assimilation imposées par les systèmes dominants ». En pleine crise budgétaire à tous les niveaux de pouvoirs, un cadastre des subsides aux ASBL serait sans doute nécessaire.
La convention a été renouvelée cet été et court désormais jusqu’au 15 juillet 2027. Le SPF étudie parallèlement plusieurs scénarios pour l’avenir du bâtiment, notamment une vente ou une éventuelle réaffectation.
Des riverains excédés par les nuisances
Mais au-delà de la question financière, c’est surtout la vie quotidienne du quartier qui alimente les tensions.
Des riverains dénoncent depuis plus d’un an des nuisances liées à l’occupation du bâtiment. Un riverain que nous avons pu interroger nous signale le manque suffisant de gestion sur le site : « Notre demande n’a jamais porté sur les personnes hébergées, mais sur l’absence de gestion et sur le respect d’un droit élémentaire, celui de vivre chez soi au calme. Depuis 2024, il n’existe ni contrôle des accès, ni gestionnaire identifié, ni interlocuteur joignable le soir ou le week-end. Les concerts dans les garages n’ont cessé qu’en 2026, après l’intervention de la police et des pompiers, pas à la suite d’un dialogue. Aujourd’hui, ce sont les animaux installés dans le jardin qui réveillent le quartier avant l’aube et, samedi 12 septembre, une réception privée rassemblant plusieurs dizaines d’invités s’est tenue sous chapiteaux, quelques semaines après le renouvellement de la convention. La tranquillité d’un quartier résidentiel n’est pas un privilège, c’est une obligation que la loi impose à toute occupation, publique comme privée, et elle vaut d’ailleurs autant pour les familles qui vivent dans le bâtiment que pour celles qui l’entourent. Nous demandons trois choses précises : un filtrage des entrées, le transfert de la gestion du site à une structure agréée, et des conditions d’occupation respectant le quartier. »
Une des personnes du très actif Comité Tervueren déclare dans La Libre : « Ce ne sont pas les sans-papiers qui nous dérangent, mais des personnes extérieures au bâtiment, qui tournent autour des milieux d’extrême gauche. » C’est le collectif Rockin'Squat subsidié qui est visé par cette déclaration.
Le conseiller communal libéral Etienne Dujardin abonde dans le sens d’Alexia Bertrand et du collectif de riverains Tervueren : « Cela fait des mois que je suis ce dossier, la gestion du SPF Finance des bâtiments est ahurissante. Ce bâtiment aurait dû être loué ou vendu depuis des années. Le manque à gagner se chiffre en millions d’euros et le fait que le bâtiment ait été laissé à l’abandon cause le genre de situation déplorable que connaissent les riverains aujourd’hui. Cela ne peut évidemment plus se reproduire, il faut que le ministre Jan Jambon se penche vraiment sur ce dossier. Enfin, l’ASBL doit respecter les engagements pris, savoir qui réellement se trouve dans le bâtiment, ne peut pas laisser des squattages se produire ou laisser des fêtes se dérouler. La tranquillité des riverains doit être respectée. Les gens à Woluwe-Saint-Pierre y résident pour sa qualité de vie, cela doit être respecté par toutes les autorités et je ne pense pas que la situation de Bruxelles permette encore de verser des montants énormes de subsides pour des activités qui perturbent en plus un quartier. Il faut d’autres solutions que ce qui est fait aujourd’hui. »