Brexit : le Premier ministre britannique envisage de rétablir la libre circulation avec l'Union européenne
Dix ans après le référendum sur le Brexit, le Premier ministre britannique Andy Burnham ouvre la porte à un retour de la libre circulation des personnes avec l'Union européenne. Dans un entretien exclusif au Sunday Times, il estime que l'immigration européenne d'avant le Brexit était, à certains égards, moins problématique que celle d'aujourd'hui.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Le Premier ministre britannique Andy Burnham envisage un retour à la libre circulation avec l'UE, dix ans après le référendum sur le Brexit.
Le Royaume-Uni pourrait-il revenir sur l'une des décisions les plus symboliques du Brexit ? Dans un entretien exclusif accordé au Sunday Times, le Premier ministre britannique Andy Burnham se dit prêt à envisager le rétablissement de la libre circulation des personnes entre son pays et l'Union européenne. Une perspective particulièrement sensible outre-Manche, puisque la volonté de reprendre le contrôle de l'immigration avait constitué l'un des principaux arguments des partisans du Brexit lors du référendum de 2016.
Le chef du gouvernement travailliste appelle désormais à un débat dépassionné sur les conséquences de la sortie de l'Union européenne, estimant que le système migratoire britannique n'a pas nécessairement évolué dans le sens espéré.
Une remise en question de l'un des piliers du Brexit
Interrogé sur la possibilité de rétablir la libre circulation des citoyens européens, Andy Burnham refuse d'exclure cette hypothèse. « Je pense qu'il faut avoir un débat très factuel, fondé sur les preuves », explique-t-il au Sunday Times.
Le Premier ministre reconnaît que la libre circulation présentait des difficultés importantes, mais estime que l'immigration européenne d'avant le Brexit était différente de celle observée aujourd'hui.
Selon lui, les travailleurs européens avaient davantage tendance à venir temporairement au Royaume-Uni avant de retourner dans leur pays d'origine. « C'était un type d'immigration qui n'était peut-être pas aussi difficile que celle d'aujourd'hui », avance-t-il.
Le chef du gouvernement appelle ainsi à une discussion honnête sur les avantages et les inconvénients de l'ancien système, sans considérer le refus de la libre circulation comme une condition non négociable.
Après le Brexit, une immigration qui a explosé
Les chiffres cités par le quotidien britannique illustrent le paradoxe auquel le Royaume-Uni est confronté. Avant le référendum de 2016, le solde migratoire annuel avait atteint environ 330.000 personnes. Après la sortie de l'Union européenne et l'introduction d'un nouveau système d'immigration à points, il a dépassé les 900.000 personnes à son niveau record.
Le Brexit avait pourtant été présenté comme le moyen de reprendre le contrôle des frontières et de réduire l'immigration.
Le nouveau dispositif, instauré sous Boris Johnson, a notamment facilité l'arrivée de travailleurs originaires de pays extérieurs à l'Union européenne, avant que les conditions d'admission ne soient progressivement durcies.
Andy Burnham souligne que cette évolution a également modifié la nature de l'immigration. À ses yeux, le système antérieur permettait davantage de séjours professionnels temporaires, tandis que les flux migratoires récents se caractériseraient par une installation plus durable.
Vers un rapprochement historique avec Bruxelles ?
Ces déclarations s'inscrivent dans une réflexion plus large du gouvernement britannique sur l'avenir de ses relations avec l'Union européenne. Andy Burnham examine plusieurs possibilités : un retour dans l'Union, une réintégration du marché unique, une adhésion à l'union douanière ou le maintien des accords actuels. Aucune option n'a encore été privilégiée.
Le retour au marché unique supposerait toutefois, en principe, l'acceptation de la libre circulation des personnes, l'une des quatre libertés fondamentales de l'Union européenne. Le Premier ministre semble désormais disposé à discuter de cette perspective. Il fixe néanmoins deux limites : il n'envisage ni l'adoption de l'euro ni l'entrée du Royaume-Uni dans l'espace Schengen.
Ces deux exclusions ne sont pas incompatibles avec un rapprochement européen : avant le Brexit, le Royaume-Uni appartenait déjà à l'Union sans participer à la monnaie unique ni à Schengen.
Un nouveau référendum en cas de retour dans l'Union
Andy Burnham reconnaît également qu'une éventuelle réadhésion à l'Union européenne nécessiterait un nouveau référendum. En revanche, il estime qu'une participation au marché unique ou à l'union douanière ne devrait pas nécessairement être soumise au vote populaire.
Le Premier ministre met aussi en avant les conséquences du Brexit sur la coopération migratoire et sécuritaire. Il regrette notamment la perte d'accès à Eurodac, la base européenne de données biométriques utilisée dans la gestion des demandes d'asile. Pour lui, un rapprochement avec Bruxelles pourrait à la fois stimuler l'économie britannique et améliorer le contrôle des mouvements migratoires.
Cette ouverture devrait toutefois susciter de vives réactions chez les conservateurs de Kemi Badenoch et au sein de Reform UK, le parti de Nigel Farage, qui dénoncent régulièrement les initiatives visant à rapprocher Londres de Bruxelles.
Dix ans après le référendum de 2016, le débat britannique pourrait ainsi connaître un retournement spectaculaire : la libre circulation, longtemps présentée comme l'un des problèmes que le Brexit devait résoudre, redevient une solution que le Premier ministre se dit prêt à examiner.