Cambriolage au musée Renoir : quatre tableaux volés dont deux abandonnés par les cambrioleurs
Deux hommes casqués, gantés et équipés d’outils ont pénétré mardi à l’aube dans le musée Renoir de Cagnes-sur-Mer. Quatre tableaux ont été emportés avant l’arrivée de la police, mais deux ont été abandonnés dans les jardins. Les deux autres restent introuvables.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Quatre œuvres ont été dérobées au musée Renoir de Cagnes-sur-Mer. Deux ont été abandonnées par les cambrioleurs, tandis que deux autres restent recherchées.
Quelques minutes auront suffi. Le musée Renoir de Cagnes-sur-Mer, installé dans la dernière demeure du maître impressionniste, a été cambriolé mardi matin par deux hommes qui semblaient avoir minutieusement préparé leur opération. Quatre tableaux ont été emportés. Deux ont finalement été abandonnés dans la fuite, tandis que deux autres restent introuvables.
Le préjudice avait initialement été évalué à environ neuf millions d’euros par le maire de Cagnes-sur-Mer, Bryan Masson. Cette estimation pourrait toutefois être revue puisque la moitié des œuvres dérobées a déjà été récupérée.
Les deux tableaux toujours recherchés ont été identifiés : Madame Colonna Romano et Jeune femme au puits.
Casqués, gantés et « bien renseignés »
L’opération commence à 5h48, selon le récit livré par Bryan Masson. Deux hommes pénètrent dans les jardins du domaine des Collettes après avoir découpé le grillage. Ils sont casqués, gantés et vêtus de treillis.
« Ce sont des gens qui savaient exactement ce qu’ils faisaient », estime le maire, qui décrit un commando « bien équipé et visiblement bien renseigné ».
Les cambrioleurs auraient ensuite brisé une baie vitrée pour pénétrer à l’intérieur du musée. Ils disposent notamment d’un couteau électrique et d’une scie métallique. Les images de vidéosurveillance les montrent s’attaquant aux dispositifs maintenant les cadres afin d'emporter les œuvres.
Mais le système d’alarme se déclenche immédiatement et prévient les polices nationale et municipale. Celles-ci arrivent en moins de cinq minutes.
Deux tableaux abandonnés dans le jardin
Les voleurs parviennent néanmoins à quitter les lieux avec quatre œuvres avant de prendre la fuite. La rapidité de l’intervention les oblige apparemment à revoir leurs ambitions : deux des tableaux sont abandonnés dans les jardins du musée. Ils ont été retrouvés dans leurs grands sacs zippés et récupérés par les enquêteurs.
Deux autres œuvres disparaissent avec les cambrioleurs. Le Telegraph rapporte que les quatre tableaux initialement emportés seraient Madame Colonna Romano, Jeune femme au puits, Coco lisant et le Portrait de Madame Étienne Pichon. Les informations communiquées par les autorités françaises permettent pour l'heure d'établir avec certitude que Madame Colonna Romano et Jeune femme au puits sont les deux œuvres qui manquent toujours à l'appel.
Des sacs susceptibles d’avoir appartenu aux auteurs ont également été retrouvés et les empreintes relevées sont en cours d’analyse.
La sous-direction de la lutte contre la criminalité organisée et la délinquance spécialisée a été saisie. Le parquet de Grasse a ouvert une enquête.
La dernière demeure de Renoir
La cible n’a rien d’anodin. Le domaine des Collettes fut la dernière demeure de Pierre-Auguste Renoir, qui s’y installa en 1907 et y vécut jusqu’à sa mort en 1919.
Transformée en musée en 1960, la propriété conserve une collection relativement petite, ce qui rend le vol d’autant plus spectaculaire : une dizaine de tableaux originaux du peintre, une quarantaine de sculptures, mais aussi son mobilier, des photographies, des archives et différents objets personnels. Son chevalet et son fauteuil roulant y sont notamment conservés.
« S’en prendre au musée Renoir, c’est s’attaquer à une partie de l’histoire et du patrimoine de Cagnes-sur-Mer », a réagi Bryan Masson, qui estime que le cambriolage démontre la nécessité de renforcer la sécurité du site.
Une inquiétante série de vols dans les musées
L’affaire s’ajoute surtout à une succession de cambriolages visant des collections artistiques en France et en Europe.
Début juillet, des bijoux avaient été dérobés au musée Lalique de Wingen-sur-Moder, pour un préjudice estimé à plus de 4,5 millions d’euros. À la fin du même mois, un collier en or du trésor de Vix avait disparu d’un musée de Châtillon-sur-Seine, pourtant déjà visé par deux tentatives de cambriolage.
En août, trois œuvres de Matisse, Renoir et Cézanne ont encore été volées à la Fondazione Magnani Rocca, près de Parme, en Italie.
Et surtout, le cambriolage de Cagnes-sur-Mer survient moins d’un an après le spectaculaire vol de huit joyaux de la Couronne de France dans la galerie d’Apollon du Louvre. Ceux-ci restent toujours introuvables.
Le ministère français de la Culture avait pourtant dévoilé en juillet un plan en 33 mesures destiné à renforcer la protection des collections, prévoyant notamment de retirer temporairement les objets les plus vulnérables lorsque les conditions de leur exposition ne permettent pas d’assurer convenablement leur sécurité.
À Cagnes-sur-Mer, l’alarme a bien fonctionné et les policiers sont arrivés en quelques minutes. Cela n’aura pas suffi à empêcher deux hommes équipés d’une scie de repartir avec deux Renoir. C’est probablement le détail le plus préoccupant de ce nouveau cambriolage.