Michel-Édouard Leclerc aux politiques : les Français veulent des réponses, pas des discours
Pouvoir d’achat, logement, emploi, voiture : Michel-Édouard Leclerc estime que les responsables politiques parlent trop peu des difficultés quotidiennes des Français. À l’approche de la présidentielle, le patron leur adresse un rappel assez simple : les électeurs attendent moins de grands discours que des réponses concrètes.
Publié par Harrison du Bus
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Résumé de l'article
Michel-Édouard Leclerc juge les discours politiques de plus en plus éloignés des préoccupations quotidiennes des Français et appelle les candidats à parler pouvoir d’achat, emploi et logement.
À écouter Michel-Édouard Leclerc, le problème de la politique française ne serait pas tant que ses responsables ne voient plus les Français que qu’ils ne savent plus leur parler.
Dans un entretien accordé au Figaro, le président des centres E.Leclerc dresse le portrait d’une population inquiète, confrontée à des transformations économiques, technologiques et environnementales considérables, mais qui peine à retrouver ses propres préoccupations dans les discours qui lui sont adressés.
« Beaucoup se sentent dépassés par des discours politiques qui ne parlent pas de leurs besoins concrets : l’emploi, le logement, la voiture, le pouvoir d’achat, l’avenir de leurs enfants », constate-t-il.
Beaucoup se sentent dépassés par des discours politiques qui ne parlent pas de leurs besoins concrets : l’emploi, le logement, la voiture, le pouvoir d’achat, l’avenir de leurs enfants.
Michel-Édouard Leclerc
La liste a quelque chose de remarquablement prosaïque. Et c’est précisément son intérêt.
Pas de grande théorie sur la société française, pas de concept supplémentaire à ajouter au vocabulaire politique : un emploi qui paie suffisamment, un logement que l’on puisse encore acheter, une voiture que l’on puisse faire rouler, des enfants dont on puisse raisonnablement espérer qu’ils vivront mieux que leurs parents.
« Les Français veulent qu’on reconnaisse leurs difficultés »
Leclerc ne prétend pas que les grands sujets macroéconomiques seraient inutiles. La dette existe. Le déficit existe. Le financement des retraites existe. Un responsable politique sérieux ne peut évidemment pas décider de les ignorer sous prétexte qu’ils ne passionnent pas les foules.
Mais quelque chose se dérègle lorsque ces instruments finissent par devenir le cœur même du discours politique.
« Les discours politiques et macroéconomiques sur la dette ou les retraites sont légitimes, mais ils deviennent inaudibles et irritent de plus en plus, observe Michel-Édouard Leclerc. Les Français veulent qu’on reconnaisse leurs difficultés et qu’on parle de leurs problèmes concrets. »
Les Français veulent qu’on reconnaisse leurs difficultés et qu’on parle de leurs problèmes concrets.
Michel-Édouard Leclerc
Le constat mérite qu’on s’y arrête. Car depuis des années, la politique française produit abondamment des diagnostics, des « visions », des valeurs, des lignes rouges et des projets de société. À gauche comme à droite, chacun possède son grand récit.
Mais celui qui gagne 1.800 ou 2.000 euros par mois peut raisonnablement demander autre chose : combien lui restera-t-il à la fin du mois ? Pourquoi ne peut-il plus acheter un appartement avec deux salaires ? Son travail lui permettra-t-il demain de vivre mieux qu’aujourd’hui ? Et que propose exactement celui qui sollicite son suffrage pour changer cela ?
Leclerc refuse pourtant le procès en « déconnexion »
C’est ici que le propos du patron de Leclerc devient plus intéressant qu’une énième dénonciation des « élites déconnectées ». Lui-même refuse cette facilité.
« Les responsables politiques ne sont pas déconnectés, mais ils ne savent pas toujours exprimer ce qu’ils voient sur le terrain », estime-t-il.
Il cite même Édouard Philippe et Bruno Retailleau, qui connaissent selon lui parfaitement les réalités sociales de leurs territoires respectifs. Son reproche est ailleurs : lorsqu’ils prennent la parole nationalement, leurs discours se concentrent trop largement sur la gestion macroéconomique.
Le problème serait donc moins l’ignorance que la traduction politique. Un maire peut savoir qu’un couple de trentagénaires ne parvient plus à emprunter. Un député peut constater que les habitants de sa circonscription comptent leurs kilomètres en voiture. Un ministre peut connaître parfaitement le niveau des salaires.
Mais une fois revenu devant les caméras, tout cela disparaît souvent derrière le déficit structurel, les trajectoires budgétaires, les grands équilibres, la compétitivité ou les sempiternels appels à « changer de modèle ».
Le citoyen retrouve alors un discours dont chacun des mots peut être raisonnable et dont l’ensemble ne répond pourtant plus à sa question.
Deux salaires et toujours pas de logement
Le logement fournit à Leclerc son exemple le plus parlant. Il manquerait, selon lui, deux millions de logements en France et l’accès à la propriété serait devenu de plus en plus difficile pour les jeunes ménages, « même avec deux salaires ».
Voilà précisément le genre de réalité sur laquelle devrait se jouer une campagne électorale. Non pas simplement proclamer que « le logement est une priorité », formule que presque tous les partis peuvent signer, mais expliquer combien on veut construire, où, dans quels délais, ce que l’on simplifie, ce que l’on supprime, comment on facilite l’emprunt et ce que cela changera concrètement pour un couple qui cherche aujourd’hui à devenir propriétaire.
Même raisonnement pour le pouvoir d’achat. Leclerc décrit des ménages enfermés dans une « trappe à bas salaires », dont les aides stagnent ou diminuent tandis que loyers, transports, carburants et énergie pèsent davantage.
Sa propre réponse peut être discutée : il propose notamment d’alléger les cotisations salariales et de transférer une partie du financement du modèle social vers d’autres assiettes, allant jusqu’à envisager une taxation des services numériques et des robots.
Mais au moins répond-il à la question par un mécanisme identifiable : diminuer ce qui pèse sur le travail pour augmenter ce qui reste au salarié.
C’est ensuite à la politique de dire si cette solution est bonne ou mauvaise, qui la financerait et par quoi elle devrait être remplacée.
Le temps des réponses
À moins d’un an de la présidentielle, l’avertissement dépasse donc largement Michel-Édouard Leclerc.
Les Français ne manquent probablement plus de discours leur expliquant que la France traverse une « période charnière », que le prochain scrutin sera « décisif », que le pays doit retrouver sa « souveraineté », protéger son « modèle social », accomplir sa « transition » ou restaurer son « pacte républicain ».
Toutes ces formules peuvent recouvrir de véritables enjeux. Mais une campagne présidentielle ne peut pas être un concours de madrigaux aux bonnes valeurs.
Celui qui parle de pouvoir d’achat doit dire ce qu’il fera du salaire net. Celui qui promet de résoudre la crise du logement doit dire comment il fera construire. Celui qui parle d’emploi doit expliquer comment le travail permettra de nouveau de progresser. Celui qui demande des efforts aux Français doit être capable de leur dire combien, pourquoi et pour quel résultat.
Michel-Édouard Leclerc résume finalement une exigence politique assez élémentaire : les électeurs n’ont pas besoin qu’on leur récite une nouvelle fois ce qu’il serait souhaitable que la France devienne. Ils veulent savoir ce que ceux qui prétendent la gouverner comptent faire lundi matin.