Damien Ernst : « L’AFCN est noyautée par des militants anti-nucléaires. Pour eux, un bon réacteur nucléaire est un réacteur qui ne tourne pas. »
Dans un entretien accordé à Trends, Damien Ernst attaque frontalement l’Agence fédérale de contrôle nucléaire, qu’il accuse d’avoir imposé des normes de sûreté excessives sous l’influence de militants antinucléaires.
Publié par J.PE
La Belgique sous la pression des écolos a adopté des normes de sûretés nucléaires parmi les plus sévères du monde. Résultat, une approche un peu déconnecté des risques réels et surtout une grande difficulté maintenant pour relancer le nucléaire.
Interrogé par nos confrères du Trends, le professeur à l’université de Liège, Damien Ernst déclare que « l’AFCN est très décevant. Ils ont mis en place des normes totalement déconnectées des réalités du terrain. Pour eux, un bon réacteur nucléaire est un réacteur qui ne tourne pas. »
« Certains membres de l’AFCN ont voulu tuer le nucléaire dans l’œuf. On est passé d’une protection des réacteurs face à la chute d’un petit coucou à l’obligation de se prémunir d’une collision avec un gros cargo. Les probabilités sont vraiment infimes. Si on veut aller sur ce terrain-là, autant envisager de placer un dôme au-dessus des centrales plutôt que de toujours renforcer les obligations de sûreté portant sur les réacteurs eux-mêmes. Cela coûtera moins cher, me semble-t-il. On s’imagine des scénarios invraisemblables qui rendent les prolongations et les redémarrages quasiment impossibles. On devrait plutôt regarder ce qui se fait ailleurs dans le monde occidental. Je ne pense pas que les gendarmes du nucléaire en Suisse, en Suède ou en Finlande travaillent la fleur au fusil », abonde Patrick Claessens toujours dans le Trends.
A voir maintenant, comment le gouvernement va s’y prendre pour tenter d’encadrer le secteur de manière plus pragmatique. Les défis de la relance du nucléaire n’en manquent pas. A la fois, l’Etat va devoir trouver le personnel compétent pour relancer les centrales, alors qu’Engie a arrêté tous les programmes de formation depuis plusieurs années et a laissé partir déjà des dizaines d’éléments. De plus, l’Etat va devoir trouver le financement, et relancer l’industrie nucléaire va coûter des milliards d’euros, le contexte budgétaire n’est pas facile tout le monde le sait, mais l’Etat pourrait se tourner vers des fonds privés. Enfin, il y a l’épine réglementaire à faire évoluer. Du pain sur la planche, pour le ministre Bihet en charge du dossier et qui sera jugé en 2029 sur sa capacité à avoir fait bougé les choses. Et 2029 c’est déjà presque demain…