Décret-programme en FWB : le MR et Les Engagés font bloc derrière Benoît Dispa
La polémique autour du vote du décret-programme 2 prend une nouvelle dimension politique. Face aux critiques du PS et d'Ecolo et aux appels à la démission du président du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Benoît Dispa, le MR et Les Engagés affichent leur unité et dénoncent une stratégie d'obstruction de l'opposition.
Publié par Demetrio Scagliola
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Résumé de l'article
- Le PS et Ecolo réclament la démission de Benoît Dispa.
- MR et Les Engagés dénoncent une stratégie d'obstruction parlementaire.
- La polémique resserre les liens entre les deux partenaires de la majorité.
Les attaques de l'opposition contre le président du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Benoît Dispa (Les Engagés), auront eu un effet inattendu : resserrer les liens entre les deux partenaires de la majorité, après quelques semaines de "friction" sur plusieurs dossiers sensible. Dans un communiqué commun particulièrement offensif, Georges-Louis Bouchez et Yvan Verougstraete défendent la décision de convoquer une séance plénière exceptionnelle afin de permettre le vote du décret-programme 2 et dénoncent une stratégie d'obstruction menée par le PS et Ecolo.
Depuis plusieurs jours, la tension est montée d'un cran au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles autour du vote du décret-programme 2, qui contient plusieurs dispositions relatives à la réforme de l'enseignement. Au cœur de la polémique : la décision de convoquer une séance plénière ce jeudi afin de permettre l'adoption du texte malgré le délai réglementaire de 84 heures normalement prévu entre l'adoption d'un rapport de commission et son examen en séance plénière.
Cette décision a provoqué la colère du PS et d'Ecolo, qui dénoncent une entorse aux règles parlementaires. Les deux partis sont même allés jusqu'à réclamer la démission du président de l'assemblée, Benoît Dispa, accusé d'avoir favorisé la majorité.
La stratégie de l'opposition: faire durer pour diviser la majorité
Pour l'opposition, faire barrage à ce décret en allongeant le plus possible les délais sur le vote représente une stratégie politique claire: faire écho au parlement à la colère du monde enseignant, en grève depuis des semaines contre ce décret, et maintenir une pression maximale sur les deux partis de la majorité en espérant que la longueur de la crise fasse finalement reculer le gouvernement. On sait par ailleurs qu'au sein des Engagés, certains sont mal à l'aise par rapport à la colère des profs, mais aussi sensibles aux appels répétés des organisations de parents et des responsables de l'enseignement libre.
La majorité dénonce une stratégie de blocage
Dans leur communiqué commun diffusé mercredi, Georges-Louis Bouchez et Yvan Verougstraete prennent clairement la défense du président du Parlement et renvoient les critiques à leurs auteurs.
Selon les deux partis, le décret-programme fait l'objet d'un examen parlementaire approfondi depuis son dépôt le 30 avril dernier. Les travaux en commission auraient déjà donné lieu à plusieurs séances marathon et à de longs débats. Ils estiment dès lors que l'opposition utilise désormais les procédures parlementaires non plus pour enrichir le débat, mais pour empêcher le vote.
Le texte évoque notamment plusieurs demandes successives d'avis au Conseil d'État ainsi que des manœuvres procédurales visant à retarder l'adoption définitive du rapport de commission. Pour le MR et Les Engagés, la frontière entre l'exercice normal du rôle d'opposition et l'obstruction parlementaire aurait été franchie.
« Après le débat doit venir la décision », écrivent les deux présidents, estimant qu'une minorité ne peut empêcher indéfiniment l'expression d'une majorité parlementaire. "Le Parlement n'est pas seulement un lieu de discussion ; il est aussi un lieu où l'on vote. Si une minorité pouvait empêcher indéfiniment le vote d'un texte en cumulant procédures et délais successifs, le principe majoritaire qui fonde le fonctionnement parlementaire serait vidé de sa substance", précise le communiqué MR-Engagés..
Benoît Dispa au centre des attaques
L'un des éléments les plus marquants du communiqué concerne la défense explicite de Benoît Dispa.
Alors que le PS et Ecolo mettent directement en cause le président du Parlement, le MR et Les Engagés jugent les appels à sa démission « particulièrement déplacés ». Ils rappellent que les décisions contestées ont été prises dans le cadre de la Conférence des présidents et ne relèvent donc pas d'une décision personnelle du seul président de l'assemblée.
Les deux partis saluent également la manière dont Benoît Dispa exerce ses fonctions depuis le début de la législature, évoquant son « sens de l'équilibre » et son respect des prérogatives de chaque groupe politique. "La Conférence des Présidents, qui organise les travaux du Parlement, a décidé de déroger à ce délai de 84h et de convoquer une séance plénière ce jeudi 4 juin à 14h00, en vue
d’adopter le projet de décret-programme 2, poursuit le communiqué. Nous recourons à cette dérogation à titre exceptionnel. Si des dérogations au règlement sont rares, elles ne sont toutefois pas
inédites".
Un front commun politique inédit ces derniers mois
Au-delà de la controverse institutionnelle, cet épisode révèle surtout un "réchauffement" des relations politique entre les deux partenaires de la majorité. Ces derniers mois, les relations entre le MR et Les Engagés avaient pourtant connu plusieurs épisodes de tension. Les deux formations se sont régulièrement opposées sur différents dossiers sensibles, qu'il s'agisse tout récemment de la gouvernance de la RTBF, de certains arbitrages budgétaires en Wallonie ou encore de dossiers relevant du niveau fédéral.
Face à une opposition qui a choisi de personnaliser l'affrontement en visant Benoît Dispa, les deux présidents de parti ont cette fois décidé d'afficher publiquement leur unité.
Le communiqué est d'ailleurs signé conjointement par Georges-Louis Bouchez et Yvan Verougstraete, mais également par les chefs de groupe MR et Les Engagés au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Diana Nikolic et Loïc Jacob.
Une bataille qui dépasse le seul décret-programme
Pour la majorité, l'enjeu dépasse largement le contenu du décret-programme lui-même. Le débat porte désormais sur la capacité du Parlement à prendre des décisions lorsque l'opposition multiplie les recours procéduraux.
À l'inverse, le PS et Ecolo considèrent que la majorité fragilise les garanties démocratiques en accélérant le vote d'un texte important.