Disney taille dans son empire télévisuel : plusieurs centaines de licenciements attendus
Disney prépare une profonde réorganisation de ses activités télévisuelles qui devrait entraîner plusieurs centaines de licenciements. Le groupe veut supprimer les « silos » hérités de la télévision traditionnelle et organiser désormais ses activités autour du streaming.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Disney prépare une vaste restructuration de ses activités télévisuelles avec plusieurs centaines de licenciements attendus. ABC News devrait également subir de nouvelles réductions, alors que le groupe réorganise ses activités autour du streaming.
Nouveau coup de rabot chez Disney. Le géant américain du divertissement prépare une vaste restructuration de ses activités télévisuelles qui devrait se traduire par plusieurs centaines de suppressions de postes et le regroupement de plusieurs divisions, rapporte le Wall Street Journal, citant des personnes proches du dossier.
Les détails du plan sont encore en cours d'élaboration par la direction et pourraient ne pas être définitivement arrêtés avant la fin de l'année.
L'opération constitue une nouvelle étape dans la réorganisation engagée depuis l'arrivée de Josh D'Amaro à la tête du groupe en mars. L'ancien patron des parcs Disney cherche notamment à simplifier une entreprise devenue particulièrement complexe au fil des acquisitions et de la multiplication de ses activités.
L'enjeu est considérable : l'empire télévisuel de Disney comprend notamment ABC et ABC News, ESPN, Disney Channel, FX, Freeform et National Geographic, ainsi que plusieurs grandes stations locales affiliées à ABC. Le groupe détient également 50 % d'A+E Networks, maison mère notamment d'A&E, History et Lifetime.
Organiser Disney pour le streaming plutôt que pour la télévision
La restructuration actuellement préparée concerne notamment les nombreuses structures regroupées au sein de Disney Entertainment Television.
ABC Entertainment, 20th Television, Hulu Originals, Disney Kids & Family, National Geographic Content ou encore Freeform disposent aujourd'hui de leurs propres dirigeants et équipes chargés de développer et produire des programmes.
Une partie de cette organisation est héritée de plusieurs décennies de télévision linéaire, ainsi que du rachat en 2019 de l'essentiel des actifs de divertissement de 21st Century Fox.
Disney veut désormais revoir cette architecture pour qu'elle corresponde davantage à la manière dont les téléspectateurs consomment ses programmes sur Disney+ et Hulu.
L'objectif principal, explique au Wall Street Journal une personne connaissant le projet, consiste à structurer l'entreprise d'une manière cohérente pour les clients du streaming plutôt qu'autour de marques créées parfois plusieurs décennies auparavant pour la télévision traditionnelle.
Dana Walden, présidente et directrice de la création de Disney, a d'ailleurs résumé jeudi la philosophie de la réforme lors d'une conférence de Bloomberg : le groupe rassemble plusieurs divisions jusqu'ici gérées séparément pour les « centraliser en tant qu'activité de télévision, et non comme un ensemble de silos ».
Elle estime qu'une entreprise doit constamment réexaminer la manière dont elle est organisée, mais également la taille de ses structures.
La présidente de Disney Entertainment Television, Debra OConnell, est chargée de piloter la réorganisation. Certains dirigeants des différentes unités devraient eux-mêmes être concernés.
De nouvelles réductions attendues chez ABC News
ABC News devrait également subir de nouvelles réductions d'effectifs, selon des personnes proches de cette activité citées par le Journal.
Elles s'ajouteraient à une série de licenciements déjà engagée au sein de Disney. Le marketing, Pixar, ABC News et ESPN ont notamment été touchés. Mardi encore, plus de 300 salariés ont été licenciés, principalement dans les ressources humaines et les technologies de l'information.
Des réductions sont également prévues dans la division juridique et affaires internationales, qui emploie environ 1.000 personnes.
Dans un message adressé à ses salariés, son directeur Horacio Gutierrez a prévenu que son équipe deviendrait « une organisation beaucoup plus petite qu'elle ne l'est aujourd'hui », invoquant notamment les progrès de l'automatisation.
Disney avait par ailleurs lancé en août un programme de départ anticipé volontaire destiné aux cadres âgés de plus de 50 ans et comptant au moins dix années d'ancienneté. Selon le WSJ, la direction a attendu de connaître le nombre de candidats au départ avant d'avancer sur son projet concernant la télévision.
La télévision américaine confrontée au déclin du câble
La restructuration dépasse le seul cas Disney. Les grands studios hollywoodiens réduisent leurs coûts depuis plusieurs années afin de s'adapter au basculement des téléspectateurs de la télévision traditionnelle vers les plateformes numériques.
Le problème économique est majeur : les profits générés par le streaming restent bien inférieurs à ceux qu'offrait historiquement la télévision câblée américaine.
Josh D'Amaro veut ainsi pousser Disney à se penser davantage comme une seule entreprise de divertissement numérique.
Un signe de cette évolution est apparu le mois dernier avec la promotion d'Adam Smith, ancien dirigeant de YouTube, au poste de président du streaming. Disney a parallèlement nommé le vétéran de la Silicon Valley Karandeep Anand au poste de directeur de la technologie, une fonction dont le niveau hiérarchique est inédit dans l'histoire récente du groupe.
La réorganisation de la télévision s'inscrit donc dans une transformation plus profonde d'un modèle qui a longtemps constitué l'une des principales machines à profits d'Hollywood.
Les licenciements chez Disney ne datent d'ailleurs pas de l'arrivée de Josh D'Amaro. Ils avaient commencé sous son prédécesseur Bob Iger, revenu aux commandes du groupe pour un second mandat.
À la fin de son exercice fiscal 2025, Disney employait encore 231.000 personnes dans le monde, dont une grande partie dans ses parcs d'attractions.
Avec le nouveau plan préparé pour ses activités télévisuelles, le groupe s'attaque désormais directement à l'organisation héritée de l'âge d'or de la télévision américaine : moins de divisions indépendantes, davantage de centralisation et une structure conçue d'abord pour Disney+ et Hulu.