"Ecrivez à la ministre" : une école de Bastogne mobilise les parents contre le gouvernement
À Bastogne, une lettre adressée aux parents d’élèves par la direction d’une école libre fait grand bruit. Derrière l’annonce de la suppression d’une série d’activités scolaires et extrascolaires, c’est surtout un appel explicite à la mobilisation politique qui suscite aujourd’hui de vives interrogations.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Une école de Bastogne annonce la suppression de nombreuses activités scolaires et extrascolaires.
- Elle attribue ces décisions aux réformes du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
- La direction invite les parents à envoyer des mails de protestation aux députés et à la ministre Valérie Glatigny.
- Cette démarche soulève des critiques sur une possible politisation de l’école et une communication jugée alarmiste.
Le voyage des rhétos? Annulé. Les excursions d’un jour, les sorties culturelles, le bal des rhétos? Annulés également. La remédiation. le tutorat, la lutte contre le harcèlement, les activités durant le temps de midi, les spectacles, l'aménagement des locaux... A la trappe.
C'est une lettre aux parents très singulière et qui crée la polémique, que la direction des deuxième et troisème degrés secondaires de l'Ecole d'enseignement libre de Bastogne (ELcaB) vient d'envoyer aux parents des élèves. On y trouve une très longue liste de toutes les activités scolaires et extrascolaires qui seront vraisemblablement annulées à partir de la rentrée prochaine (août 2026).
Les responsables de ces annulations? La direction pointe clairement le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles et les réformes portées par la ministre de l'Education, Valérie Glatigny: "Vu les réformes proposées pour la rentrée d’août 2026, c’est ce scénario qui nous semble se profiler" précise d'emblée le courrier de l'école. "Ces mesures vont avoir un effet sur les moyens alloués à l’école. Ces moyens sont financiers , mais aussi temporels vu l’ajout de tâches (bureaucratie étouffante, alourdissement de la charge de travail, nombre d’élèves par classe plus important). Ce qui impactera l’organisation globale de l’école et l’investissement des professeurs."
"Nous refusons de subir en silence"
Nous avons contacté l'école pour obtenir davantage d'explications sur la démarche. Si on nous a bien confirmé l'envoi de cette lettre aux parents, nous n'avons pas pu entrer en contact avec la direction, les autres membres du personnel se refusant à tout commentaire. C'est que le courrier pose question, car il mélange non seulement mission éducative et communication envers les parents mais aussi une forme de protestation qui relève davantage du militantisme politique que des méthodes pédagogiques. "Nous refusons de subir en silence une réforme déconnectée de la réalité. Le gouvernement sacrifie la qualité au profit de la quantité. Ce temps "volé" aux enseignants est, en réalité, volé à vos enfants. Toutes ces mesures ont été mises en place sans véritable rencontre avec les acteurs du terrain."
Pour les parents, le message est clair : ce qui est présenté par la direction n’est pas un ajustement à la marge, mais bien un changement de modèle, où l’école risquerait de se recentrer sur un fonctionnement plus administratif, au détriment de sa dimension humaine et éducative. Même des initiatives liées au bien-être des élèves, à la lutte contre le harcèlement ou à la dynamique collective de l’école sont évoquées parmi les activités menacées. Au fil des lignes, c’est donc l’ensemble de l’écosystème scolaire qui semble fragilisé, bien au-delà du simple cadre des cours. Des conclusions qui semblent aller bien au-delà du périmètre des réformes engagées par le gouvernement.
Ce positionnement, assumé, marque déjà une prise de parole forte pour une direction d’établissement scolaire, traditionnellement plus prudente dans ses communications.
Une mobilisation des parents organisée
Mais c’est dans la seconde partie du courrier que la démarche franchit un cap supplémentaire.
La direction ne se contente pas d’informer les parents ou de partager ses inquiétudes : elle les appelle explicitement à intervenir dans le débat politique. Les parents sont ainsi invités à envoyer un courrier aux députés ainsi qu’à la ministre de l’Éducation, Valérie Glatigny, afin de faire entendre leur opposition aux réformes en cours.
Tout est pensé pour faciliter cette mobilisation. L’école fournit un modèle de lettre prêt à l’emploi, dans lequel les parents expriment leurs craintes quant à la dégradation de la qualité de l’enseignement. Elle met également à disposition des liens permettant d’envoyer directement ces messages, ainsi qu’une liste complète des adresses des parlementaires. Le message adressé aux parents est sans équivoque : « votre voix est essentielle » et peut « peser lourd dans la balance ».
On ne parle donc plus ici d’une simple communication interne, mais bien d’une stratégie de mobilisation collective, structurée et assumée.
Politisation et militantisme de l'école
C’est précisément cette dimension qui risque de cristalliserles critiques. En appelant les parents à intervenir directement auprès des décideurs politiques, la direction franchit une ligne que beaucoup considèrent comme sensible voire carrément rouge. Car si les écoles sont en première ligne pour mesurer les effets des réformes, leur rôle consiste traditionnellement à informer, accompagner et enseigner – pas à organiser des actions de pression politique.
La question se pose donc frontalement : une école peut-elle, au nom de la défense de ses conditions de fonctionnement, s’engager aussi explicitement dans le débat politique ? Indépendant des inquiétudes légitimes et des discussions qui doivent être menées dans les assemblées parlementaires et lors des négociations avec les représentants syndicaux, cette démarche pose problème. Car elle est le signe d’une politisation de l’institution scolaire, avec le risque d’influencer les parents – et indirectement les élèves – sur base d’une lecture univoque des réformes.
Une communication alarmiste
Autre élément au cœur de la polémique : la nature même des annonces. La liste des activités supprimées repose sur un scénario envisagé par l’établissement à partir des réformes annoncées. Mais à ce stade, il ne s’agit pas d’une liste officielle de mesures imposées telles quelles à toutes les écoles.
Ce décalage nourrit les critiques de ceux qui estiment que la direction présente une vision volontairement maximaliste des conséquences, afin de susciter une réaction forte des parents.
Dans cette optique, la lettre ne serait pas seulement un outil d’information, mais aussi un levier de mobilisation, construit autour d’un message volontairement inquiétant.