« Il faudra aller beaucoup plus loin que nous ne le craignions » : l’avertissement budgétaire de De Wever
Croissance en panne, dette élevée, taux en hausse et incertitudes géopolitiques : Bart De Wever décrit une Belgique prise dans une « tempête parfaite ». Le Premier ministre prévient que l’effort budgétaire devra être « beaucoup plus » important que redouté, sans sacrifier les entreprises.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Bart De Wever décrit une Belgique confrontée à une « tempête parfaite » et prévient que l’assainissement budgétaire devra être beaucoup plus important que prévu.
Bart De Wever ne cherche plus à rassurer. Interrogé par la VRT sur les difficiles négociations budgétaires qui attendent le gouvernement fédéral, le Premier ministre décrit une Belgique confrontée à une « tempête parfaite » : croissance en panne, dette considérable, remontée des taux d'intérêt et incertitudes géopolitiques.
'Ondernemers zorgen voor welvaart. Die kip met de gouden eieren mag je niet slachten.
— N-VA (@de_NVA) September 15, 2026
Mede door opgebouwde schulden uit het verleden zitten we nu in een perfecte storm. Nu moeten we doortastend ingrijpen: besparen én economische groei verzekeren', zegt @Bart_DeWever. #terzaketv pic.twitter.com/LJC0zPzudo
Son avertissement est clair : l'assainissement des finances publiques devra aller « beaucoup plus loin que ce que nous avions craint ». Mais Bart De Wever fixe également une ligne rouge : les mesures adoptées ne peuvent pas étouffer davantage la croissance économique ni affaiblir les entreprises qui la génèrent.
« Les entrepreneurs sont ceux qui créent la valeur ajoutée. La valeur ajoutée, c'est la prospérité. La prospérité est ensuite redistribuée : il ne faut donc jamais tuer la poule aux œufs d'or », a-t-il déclaré à la VRT.
Les entrepreneurs sont ceux qui créent la valeur ajoutée. La valeur ajoutée, c'est la prospérité. La prospérité est ensuite redistribuée : il ne faut donc jamais tuer la poule aux œufs d'or.
Bart De Wever
« Un chemin sans issue »
Pour le Premier ministre, redresser les comptes en adoptant des mesures qui réduiraient simultanément le potentiel de croissance du pays serait contre-productif.
« Élaborer un budget qui compromet encore davantage les possibilités de croissance économique, c'est évidemment un chemin sans issue, parce qu'on crée aujourd'hui le déficit d'après-demain », prévient-il.
Élaborer un budget qui compromet encore davantage les possibilités de croissance économique, c'est évidemment un chemin sans issue, parce qu'on crée aujourd'hui le déficit d'après-demain.
Bart De Wever
Sa philosophie consiste donc à combiner économies budgétaires et préservation de l'activité : « Il faut économiser et essayer de préserver notre potentiel de croissance économique. »
Cette équation est d'autant plus difficile que la conjoncture belge s'est fortement dégradée. En juin, la Banque nationale estimait que l'activité économique avait probablement stagné au deuxième trimestre, avec une croissance située autour de zéro. Le Bureau fédéral du Plan prévoit pour sa part une progression du PIB limitée à 0,7 % sur l'ensemble de 2026, contre 1,1 % encore anticipé en février.
Une « tempête parfaite »
Mais le ralentissement de l'économie n'est qu'une partie du problème. « Nous sommes également poursuivis par une dette énorme accumulée dans le passé, des taux d'intérêt qui augmentent et l'incertitude géopolitique. Nous sommes dans une tempête parfaite. Il ne faut pas se voiler la face », estime Bart De Wever.
Les dernières projections officielles donnent du poids au sombre diagnostic du Premier ministre. Dans ses perspectives actualisées en juin, le Bureau fédéral du Plan ne table plus que sur 0,7 % de croissance en 2026. Le déficit public atteindrait 5,1 % du PIB cette année et, à politique inchangée, se creuserait progressivement jusqu'à 6,4 % en 2031.
La dette suivrait la même trajectoire : de 107,9 % du PIB en 2025, elle passerait à 109,9 % cette année, 116,5 % en 2029 et 122,3 % en 2031. Les charges d'intérêts atteindraient alors 3,5 % du PIB. Le Bureau du Plan va jusqu'à prévenir qu'à cet horizon, « un risque d'auto-alimentation de la dette n'est pas à exclure ».
Autrement dit, le gouvernement doit réduire son déficit au moment même où la croissance ralentit fortement et où le poids des intérêts risque d'alimenter lui-même la détérioration des finances publiques.
« Beaucoup plus que nous ne l'avions craint »
Bart De Wever prépare dès lors ouvertement le terrain à de nouvelles mesures d'assainissement.
« Il faudra intervenir de manière énergique, beaucoup plus encore que nous ne l'avions craint », avertit le Premier ministre, sans préciser à ce stade quelles dépenses ou recettes seront concernées.
Le gouvernement cherche actuellement à dégager environ 10 milliards d'euros dans le cadre de son exercice budgétaire. De Wever insiste cependant pour que l'effort demandé n'endommage pas ce qu'il considère comme le moteur permettant précisément de restaurer les finances publiques : la création de richesse par l'économie privée.
Cette position promet de rendre les arbitrages particulièrement difficiles au sein de la coalition. Toute économie réduit potentiellement certaines dépenses ou prestations, tandis que toute augmentation des prélèvements peut peser sur les ménages, le travail ou les entreprises.
Pour De Wever, l'objectif consiste donc à trouver l'assainissement qui pénalise le moins possible le potentiel économique du pays.
« Je ne peux rassurer personne »
Le Premier ministre assume en tout cas un discours particulièrement sombre. « À l'heure actuelle, je ne peux donner de message rassurant à personne, reconnaît-il. Mais ma philosophie est d'établir un budget qui préserve au maximum le potentiel de croissance économique. »
Et face à la dégradation des perspectives, De Wever exclut de repousser une nouvelle fois l'effort : « Échouer n'est en réalité pas une option, parce qu'on sait qu'ensuite, cela ne fera qu'empirer. »
La formule résume le dilemme auquel fait face son gouvernement : trouver plusieurs milliards d'euros pour redresser les finances publiques sans affaiblir davantage une économie qui ne devrait croître que de 0,7 % cette année.
Réduire le déficit sans réduire la croissance : c'est désormais sur cette ligne de crête que devra se construire le prochain budget fédéral.