La Hongrie n’a pas tourné à gauche, elle a voulu sortir du système Orbán
La victoire de Péter Magyar a aussitôt suscité, ici ou là, le récit commode d’une Hongrie revenue de ses égarements nationalistes pour rentrer au bercail progressiste. C’est une lecture fausse. Ce que les électeurs hongrois ont sanctionné, après seize ans de pouvoir orbánien, ce n’est pas d’abord une ligne conservatrice, mais un régime épuisé par la corruption, la propagande, l’abus de veto et la confusion croissante entre l’État, le parti et les intérêts d’un clan.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
— Présenter Péter Magyar comme un gauchiste ou un “Macron hongrois” relève du contresens : son positionnement reste celui d’un conservateur de centre droit, dur sur l’immigration et prudent sur l’Ukraine
— Ce que les Hongrois ont sanctionné après seize ans de règne d’Orbán, ce n’est pas d’abord une ligne idéologique, mais un régime devenu kleptocratique, propagandiste et épuisé par la confusion entre l’État, le parti et un cercle d’intérêts
— La vraie rupture porte donc moins sur les valeurs profondes du pays que sur la promesse d’un assainissement politique, institutionnel et européen, autrement dit une Hongrie toujours hongroise, mais débarrassée du système Orbán
Sommaire
- Certainement pas un "Macron hongrois"
- La vraie rupture, c’est la corruption
- Une continuité idéologique plus forte qu’on ne le dit
- Sur l’Ukraine, le changement est réel mais limité
- Bruxelles peut espérer, pas fantasmer
- Le système Orbán ne disparaîtra pas en une nuit
- Ce que les Hongrois ont réellement voté
Une partie des commentaires européens fonctionne par réflexe. Un dirigeant dit "illibéral" tombe, et l’on conclut aussitôt que le pays a basculé à gauche. Orbán est battu, donc la Hongrie serait soudain revenue au progressisme ; Péter Magyar gagne, donc Budapest aurait choisi une sorte de macronisme local, plus jeune, plus poli, plus compatible avec Bruxelles. Or rien ne permet de soutenir sérieusement une telle lecture.
Magyar n’est ni un progressiste occidental, ni un centriste post-idéologique, ni un homme venu liquider le conservatisme hongrois. Il vient du système Fidesz. Il en connaît les réflexes, les réseaux et les brutalités. Sa promesse n’a jamais consisté à demander à la Hongrie de renier ses instincts nationaux, son attachement à ses frontières ou sa prudence sur certains grands dossiers européens. Elle a consisté à promettre autre chose : garder la défense des intérêts nationaux, mais sans la corruption, sans la propagande, sans la guerre théâtrale permanente avec l’Union européenne.
Certainement pas un "Macron hongrois"
La comparaison avec Emmanuel Macron peut séduire par sa symétrie apparente : ascension rapide, posture de renouvellement, capacité à incarner le changement. Mais, comme le rappelle très bien Le Figaro, la ressemblance s’arrête presque là.
Macron s’est construit contre l’ancien clivage droite-gauche au profit d’une opposition entre progressistes et nationalistes. Magyar, lui, n’a pas triomphé en disqualifiant la sensibilité nationale-conservatrice ; il l’a en partie reprise à son compte en la détachant du système Orbán. C’est même la clé de sa victoire. Il n’a pas proposé aux Hongrois une conversion idéologique, mais un assainissement politique. Il a ciblé le régime bien davantage que le socle anthropologique et politique sur lequel ce régime s’était installé.
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