Le patron de Radio France obligé de recadrer ses propres journalistes dans la polémique Charles Sapin. Il publie un long message.
Vincent Meslet défend la présence de Charles Sapin sur France Inter et refuse de céder face aux journalistes qui contestent son arrivée.
Publié par J.PE
Résumé de l'article
Vincent Meslet défend la présence de Charles Sapin sur France Inter et refuse de céder face aux journalistes qui contestent son arrivée. Il invoque l’indépendance du service public, le pluralisme et la nécessité de rompre avec les réflexes de l’entre-soi.
Le patron de Radio France, Vincent Meslet, a été obligé de lancer un message très clair face à des journalistes du service public qui ne souhaitaient pas qu’un ancien journaliste du Figaro et du Point, arrivé depuis quelques jours au magazine Valeurs actuelles pour recentrer ce dernier, puisse avoir une chronique de temps en temps sur France Inter, chaîne qui donne la parole à beaucoup de chroniqueurs engagés à gauche et dont les humoristes sont presque tous de gauche.
Le message de Vincent Meslet
Dans son message, le directeur indique : « Non pas halte au débat. Non pas halte à la critique. La critique est nécessaire. La sommation permanente ne l’est pas. Hier s’est réunie une assemblée générale qui a dit l’incompréhension et le malaise qui peuvent exister devant l’arrivée de Charles Sapin comme éditorialiste, une fois par semaine, dans la matinale de France Inter. (…) Prenons donc le débat à la hauteur où vous le placez. Le numéro deux de la rédaction d’un journal condamné par le passé pour injures racistes, sur l’antenne du service public, à l’entrée d’une année électorale : ce symbole, nous ne le minimisons pas. Mais à ce stade, le procès fait à Charles Sapin repose sur des intentions supposées, non sur des faits, des actes ou des chroniques précises. Ses nombreuses interventions dans des débats comme invité sur nos antennes ces dernières années n’ont jamais posé de problèmes. Il a fait l’essentiel de sa carrière au Parisien, au Figaro et au Point, sans qu’aucun écrit moralement critiquable n’ait été porté à notre connaissance. Et il a lui-même pris ses distances avec les anciennes couvertures ignominieuses publiées par Valeurs actuelles. Cela ne règle pas tout. Mais cela interdit de faire comme si rien n’avait été dit. Regardons aussi l’autre symbole, celui que nous enverrions en reculant. Celui d’un service public qui décide qui a le droit de parler, et qui retire une voix avant même qu’elle ait parlé, au nom d’une intention qu’on lui prête. Ce n’est plus juger des faits. C’est condamner par avance. Ce symbole-là ferait plus de mal à notre indépendance que cinquante chroniques du dimanche. Avec Patrick Cohen, Anne Rosencher, Camille Vigogne Le Coat et Charles Sapin, nous avons quatre signatures respectées pour leur rigueur journalistique, avec des sensibilités différentes et surtout une faculté à penser par elles-mêmes. Et voici pourquoi nous ne pouvons pas céder, même à vous. »
L’indépendance du service public
Le directeur déclare qu’il soutiendra toujours l’ensemble des équipes, mais que le média étant financé par le contribuable, il est normal de casser les réflexes de l’entre-soi : « Depuis deux ans, on nous réclame des têtes. Celle d’un humoriste, exigée par une ministre à l’Assemblée nationale : nous l’avons maintenu à l’antenne, et il a même obtenu une émission supplémentaire. Celles de Patrick Cohen et de Thomas Legrand, après une manipulation grossière : nous les avons défendus dans chacune de nos auditions, même lorsque nous pouvions avoir avec eux des approches différentes. Les excuses d’un producteur, réclamées par un responsable politique : nous avons rappelé que les excuses sont dues à notre public quand une faute est commise, jamais à une injonction politique. Et plusieurs autres depuis la rentrée, humoriste ou journaliste. Ces têtes-là, c’étaient les vôtres. Nous n’en avons livré aucune. Si nous livrons celle-ci parce que la demande vient de l’intérieur, nous n’aurons plus rien à opposer la prochaine fois qu’elle viendra de l’extérieur. Et elle viendra. La règle qui protège Charles Sapin aujourd’hui est exactement celle qui vous a protégés hier et qui vous protégera demain. Une indépendance qui ne s’exerce que vers l’extérieur n’est pas une indépendance : c’est un confort. Certains voulaient un service public neutre, aseptisé, ligoté. Nous défendons autre chose : un service public indépendant des pouvoirs et impartial dans le traitement des faits, des désaccords et des sensibilités du pays. Cela suppose d’être indépendants aussi à l’égard de nos propres réflexes, de nos entre-soi et de nos certitudes. Radio France doit rester une maison ouverte. Dans la période qui s’ouvre, nous devrons être irréprochables. La crise financière rendra chaque euro public plus discuté, chaque mission plus questionnée. Nous devrons démontrer notre utilité, notre rigueur et notre impartialité. »