L'école francophone souffre-t-elle surtout d'un manque de moyens ou de trop de rigidités ?
En concentrant ses économies sur les enseignants, le gouvernement MR-Les Engagés a peut-être ouvert le mauvais front. Car derrière la colère actuelle se cache une question plus profonde : les véritables blocages de l’enseignement francophone se situent-ils vraiment dans les statuts des professeurs ?
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
En ciblant les enseignants plutôt que les blocages structurels de l’école francophone, le gouvernement MR-Les Engagés a peut-être ouvert le mauvais front.
Depuis plusieurs semaines, le débat sur l’enseignement tourne presque exclusivement autour des deux heures de cours supplémentaires imposées à une partie des enseignants, des congés maladie, des fins de carrière ou encore des économies budgétaires décidées par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le conflit est réel. La colère aussi. Mais à observer la violence de la réaction du monde scolaire, une question finit par émerger : le gouvernement ne s’est-il pas trompé de cible ?
Car si les enseignants descendent aujourd’hui dans la rue, ce n’est pas seulement parce qu’ils refusent deux heures supplémentaires ou parce qu’ils défendent leurs conditions de travail. Derrière la contestation se cache un malaise plus ancien, plus profond et plus structurel. Beaucoup d’acteurs de terrain ont le sentiment que l’on demande toujours davantage aux écoles sans jamais s’attaquer réellement aux mécanismes qui rendent leur mission de plus en plus difficile.
Le paradoxe de l’enseignement francophone
Le paradoxe est frappant. Depuis une décennie, l’enseignement francophone n’a cessé pas d’être réformé. Les décrets se sont multipliés. Les circulaires se sont accumulées. Les procédures ont proliféré. Le Pacte pour un Enseignement d’excellence a mobilisé des milliers d’heures de concertation, des centaines d’experts, des groupes de travail, des consultations et des investissements supplémentaires se chiffrant en centaines de millions d’euros.
Dans le même temps, les résultats scolaires continuent d’inquiéter. Les enquêtes internationales pointent régulièrement des difficultés persistantes en mathématiques, en compréhension à la lecture ou dans la maîtrise des savoirs fondamentaux. Les écarts entre établissements demeurent importants. La pénurie d’enseignants s’aggrave. Les directions dénoncent une surcharge administrative chronique. Les parents expriment de plus en plus souvent leur inquiétude quant au niveau général.
Autrement dit, l’école francophone est probablement l’un des secteurs les plus réformés de Belgique. Pourtant, elle continue de produire un sentiment diffus d’insatisfaction. Cette contradiction mérite d’être examinée.
L’obsession de la gouvernance
À parcourir les documents du Pacte d’excellence, un mot revient sans cesse : gouvernance. Concertation, pilotage, indicateurs, dispositifs, évaluations, référentiels, trajectoires, accompagnement, cellules de soutien, outils de suivi.
L’intention est souvent louable. Mais une partie croissante des enseignants a le sentiment que l’école est progressivement devenue un objet administratif avant de demeurer un lieu de transmission.
De nombreux professeurs ne contestent pas forcément les objectifs affichés. Ils contestent davantage l’empilement des dispositifs censés permettre de les atteindre.
La question n’est plus seulement celle des moyens financiers. Elle est celle de la complexité. Dans beaucoup d’établissements, les enseignants ont le sentiment d’être confrontés à une inflation permanente de procédures, de réunions, d’obligations administratives et de mécanismes d’évaluation qui les éloignent progressivement de leur cœur de métier. Former, transmettre, instruire.
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