Pourquoi l’enseignement suisse obtient de meilleurs résultats que le belge (carte blanche)
Dans cette carte blanche, l’ingénieur et entrepreneur technologique Eric Verhulst compare les performances de la Suisse et de la Belgique afin d’illustrer comment l’efficacité d’un système politico-social peut varier fortement entre deux pays pourtant relativement comparables.
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
Dans cette carte blanche, Eric Verhulst estime que les meilleurs résultats de l’enseignement suisse s’expliquent moins par le budget que par une organisation plus décentralisée et plus efficace.
Une comparaison entre la Suisse et la Belgique montre à quel point l’efficacité d’un système politico-social peut différer fortement, même entre deux pays relativement comparables.
Sur la base du PIB par habitant, la Suisse affiche des performances de 20 à 30 % supérieures à celles de la Belgique. Cette différence se traduit par une plus grande puissance économique, davantage de marge pour investir dans les infrastructures, l’innovation et la qualité de vie, ainsi qu’une pression beaucoup plus faible sur les finances publiques. En Belgique, à l’inverse, des performances plus faibles s’accompagnent d’un endettement plus élevé et de dépenses moins productives.
L’enseignement
Cet écart apparaît également dans l’enseignement, un domaine crucial pour la qualité d’un pays à long terme. La Belgique consacre 6,6 % de son PIB à l’enseignement, tandis que la Suisse y consacre 5,6 %, mais en termes nominaux, les montants par habitant atteignent respectivement 3.386 € et 5.280 €, ce qui signifie que la Suisse dépense 56 % de plus. Les étudiants suisses obtiennent systématiquement de meilleurs résultats que leurs homologues belges en mathématiques. Alors que les scores belges en sciences ont chuté de 11 points depuis 2015, les performances suisses en sciences sont restées remarquablement stables. Cela montre que ce n’est pas seulement le budget qui compte, mais surtout l’efficacité avec laquelle les moyens sont utilisés.
Même au sein de la Belgique, les chiffres indiquent un problème structurel. Entre 2014 et 2024, le personnel total de l’enseignement en Flandre — enseignants et personnel administratif réunis — a augmenté de près de 13 à 14 % en une décennie. Dans le même temps, le nombre d’élèves n’a progressé que de 7 %. Malgré le fait qu’il y ait aujourd’hui plus de personnel par élève qu’il y a cinquante ans, les résultats scolaires ont atteint des niveaux historiquement bas dans les scores PISA, tant en Flandre qu’en Wallonie. Cela suggère que le problème ne réside pas principalement dans un manque de moyens ou de personnel, mais plutôt dans un manque d’efficacité dans l’organisation du système.
L’égalité sociale plus importante que la transmission des connaissances
Selon cette analyse, une cause importante se trouve dans les réformes de l’enseignement secondaire menées dans les années 1970. Ces réformes voulaient créer davantage d’égalité sociale en remplaçant l’enseignement traditionnel par un système plus centralisé et plus uniforme. Dans la pratique, cela a conduit à une diminution de l’autonomie des écoles et des enseignants, à des programmes rigides et à une forte augmentation des charges administratives. Le temps et l’énergie se sont ainsi éloignés de la mission fondamentale de l’enseignement : enseigner et transmettre des connaissances. Beaucoup d’enseignants se sont également démotivés, ce qui a contribué à l’abandon du métier et aux pénuries de personnel. Il s’agissait surtout d’un nivellement par le bas.
Décentralisé = mieux adapté à la réalité
C’est là que réside aussi la différence fondamentale avec la Suisse. Le modèle suisse est davantage construit de bas en haut et décentralisé : les responsabilités sont plus proches des citoyens, des écoles et des acteurs locaux. Les décisions sont ainsi mieux adaptées à la réalité du terrain et les erreurs peuvent être corrigées plus rapidement. Un enseignant connaît sa classe, une école connaît ses enseignants. Un ministère central, en revanche, doit s’appuyer sur des rapports et des règles générales. Lorsque ce type de pilotage central produit de mauvais résultats, ceux-ci ne deviennent souvent visibles que plusieurs années plus tard, à travers la baisse des performances. Cela vaut également pour d’autres domaines.
La leçon à retenir est que le bon fonctionnement d’un pays ne dépend pas uniquement de la quantité d’argent qu’il dépense, mais surtout de la manière dont il organise ses institutions. Une centralisation et une administration excessives affaiblissent l’efficacité, sapent la motivation et finissent également par affaiblir les performances économiques. Un pays fort repose sur des personnes bien formées et compétentes, tant dans le secteur public que privé. L’enseignement reste l’un des fondements les plus importants à cet égard. Et cela commence dès l’école maternelle. Le travail demande une génération.