« Masculinisme » : le rapport sénatorial qui fait de toute critique du féminisme une haine des femmes (analyse)
Le rapport sénatorial « Mascus » sur les « masculinismes » assimile toute critique du féminisme radical, toute défense des pères ou tout constat de mal-être masculin à une « haine des femmes ». Un exercice idéologique qui transforme des questions légitimes en pathologie politique.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Le rapport sénatorial « Mascus » sur les « masculinismes » est un réquisitoire idéologique qui assimile toute critique du féminisme radical à une « haine des femmes ». Un exercice de disqualification intellectuelle qui transforme des questions légitimes en pathologie politique.
Le rapport propose une longue reconstruction historique des « masculinismes » depuis la fin du XIXe siècle. Il s’appuie principalement sur des travaux d’historiennes et de chercheuses en sciences de l’information et de la communication pour établir une continuité entre l’antiféminisme ancien et les mouvements actuels.
Cette généalogie présente deux limites principales. D’abord, elle sélectionne les éléments qui confortent la thèse d’une réaction patriarcale permanente, tout en minimisant ou en passant sous silence les contextes où les critiques masculines répondaient à des évolutions concrètes (réformes du divorce, évolution du droit de la famille, modification des rapports de garde). Ensuite, elle applique un raisonnement circulaire : toute opposition à l’avancée des droits des femmes est présentée comme la preuve d’une volonté de domination, sans examiner la possibilité que certaines revendications féministes aient elles-mêmes produit des effets contestables ou déséquilibrés.
Le texte reconnaît l’existence des associations de pères séparés depuis les années 1970, mais les réduit rapidement à une stratégie de victimisation et à une forme d’antiféminisme. Il n’engage pas d’analyse approfondie des statistiques judiciaires en matière de garde d’enfants, de pensions alimentaires ou de décisions en cas de séparation, qui constituent pourtant le cœur des revendications de ces mouvements depuis des décennies.
Des amalgames structurants
Le rapport établit une continuité entre des phénomènes très hétérogènes : associations de pères défendant la garde alternée, communautés en ligne valorisant des normes viriles, et individus ayant commis des actes terroristes (Polytechnique, Isla Vista, Toronto, Plymouth). Cette continuité repose sur l’idée que tous ces phénomènes partageraient une même idéologie de « haine des femmes » et une même volonté de restauration d’une domination masculine.
Cette construction pose un vrai problème méthodologique : elle fait de la violence extrême le point d’aboutissement logique de toute remise en cause du féminisme contemporain. Elle ne distingue pas entre une critique argumentée de certains biais institutionnels (justice familiale, éducation) et l’apologie de la violence. Elle ne prend pas non plus en compte la diversité interne des groupes concernés : tous les hommes exprimant un malaise face aux évolutions des rôles de genre ne se reconnaissent pas dans les discours des communautés les plus radicales.
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