Nos principes ne doivent jamais reculer (Carte blanche)
Dans cette carte blanche, Kamel Bencheikh défend la laïcité, l'universalisme et la primauté de la loi face au fanatisme religieux. Il estime que l'attaque au couteau commise à Paris impose de réaffirmer sans concession les principes fondamentaux de la République.
Publié par Kamel Bencheikh
Résumé de l'article
L'auteur appelle à défendre sans compromis la liberté des femmes, la laïcité et l'universalisme. Il plaide pour distinguer clairement l'islamisme de la foi musulmane tout en refusant les amalgames et toute remise en cause de la primauté de la loi civile.
Cette semaine, trois femmes ont été poignardées en pleine rue, porte de Clichy à Paris.
Selon les autorités, l'agresseur, interpellé par un policier hors service avec l'aide de passants,
aurait déclaré avoir agi parce qu'« Allah » le lui aurait ordonné. À ce stade, le mobile n'est pas
établi et les enquêteurs appellent à la plus grande prudence, tandis que le Parquet national
antiterroriste évalue les éléments du dossier.
Une société de droit ne juge pas avant l'enquête. Elle établit les faits avant de conclure. Cette
exigence de rigueur est l'une des forces de la République. Mais une autre exigence s'impose.
Lorsqu'un homme invoque Dieu pour justifier qu'il s'en prenne à des femmes, il faut rappeler avec une absolue fermeté qu'aucune croyance, aucune interprétation religieuse, aucun discours théologique ne peut servir de circonstance atténuante ou d'alibi moral.
Les victimes ne sont ni des symboles ni des statistiques. Ce sont trois femmes qui exerçaient
simplement leur liberté de circuler dans l'espace public. Cette liberté n'a pas à être conditionnée, négociée ou soumise au regard d'un prédicateur, d'un fanatique ou d'un prétendu envoyé de Dieu. C'est précisément pour cela que je défends l'universalisme.
L'universalisme affirme qu'avant d'être croyants, incroyants, hommes ou femmes, nous
sommes des citoyens égaux en dignité et en droits. Il refuse que l'identité religieuse devienne
la mesure de la citoyenneté. Il refuse que les femmes soient renvoyées à une prétendue
responsabilité dans le désir ou le comportement des hommes.
Il refuse qu'un texte sacré, quel qu'il soit, se substitue à la loi commune. La laïcité ne combat pas les religions. Elle les protège en les maintenant dans leur juste place : celle de la conscience individuelle et de la sphère privée.
Ce qui gouverne la République française, ce ne sont ni des fatwas, ni des hadiths, ni des prescriptions religieuses. Ce sont les lois librement débattues et votées par la représentation nationale.
C'est ce cadre commun qui permet à chacun de croire, de changer de religion ou de n'en avoir aucune. Depuis des années, certains expliquent qu'il faudrait éviter de nommer l'islamisme, de peur de stigmatiser les musulmans. C'est une erreur.
On ne protège pas les musulmans en refusant de combattre l'islamisme. On les protège au contraire en distinguant clairement une foi vécue librement d'une idéologie qui instrumentalise cette foi pour imposer un projet politique et social.
Nous devons également résister à une autre tentation : celle des amalgames. Un homme qui
invoque Dieu ne représente pas des millions de croyants. De la même manière, un islamiste ne parle pas au nom de tous les musulmans.
La République ne connaît que des individus responsables de leurs actes. En revanche, elle ne
doit jamais céder lorsqu'il s'agit de défendre ses principes. La liberté des femmes n'est pas
négociable. L'égalité entre les femmes et les hommes n'est pas négociable. La primauté de la
loi civile sur toute prescription religieuse n'est pas négociable.
Et chaque fois que des fanatiques tenteront de faire reculer ces principes, notre réponse devra être la même : plus de République, plus de laïcité, plus d'universalisme.
Parce qu'au bout du compte, ce ne sont pas seulement trois femmes qui ont été visées. C'est
l'idée même d'une société où chacun, quelle que soit sa croyance, peut marcher librement, la
tête haute, sous la seule protection de la loi commune.