Nous parlons 28 % de moins qu’il y a vingt ans : le grand silence qui inquiète les scientifiques
Entre 2005 et 2019, la quantité de paroles prononcées quotidiennement aurait chuté de 28 %, particulièrement chez les moins de 25 ans. Smartphones, messages et bornes rendent peu à peu la conversation facultative. Des chercheurs commencent à se demander ce que cette disparition pourrait faire à nos facultés cognitives.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Une étude constate une chute de 28 % de la quantité de paroles quotidiennes entre 2005 et 2019. Une évolution particulièrement marquée chez les jeunes qui interroge les chercheurs sur les conséquences cognitives et sociales du recul de la conversation.
Sommaire
- Le « Gen Z stare » n’était peut-être pas qu’une plaisanterie
- Une société conçue pour ne plus avoir besoin des autres
- Et si parler était aussi un exercice ?
- Non, parler moins ne signifie pas devenir dément
- 300 mots qui disparaissent, puis 300 autres
- La disparition des petites conversations
- Nous avons supprimé la friction — et peut-être quelque chose avec elle
Il y a encore vingt ans, acheter un hamburger obligeait généralement à parler à quelqu’un. Trouver son chemin aussi. Pour prendre rendez-vous, il fallait souvent téléphoner. Une question triviale pouvait conduire à demander son avis à un collègue. Un silence dans un ascenseur, un magasin ou une salle d’attente avait même une chance raisonnable de se terminer par quelques mots échangés avec un inconnu.
Puis sont arrivés les smartphones, les applications, les bornes automatiques, les messageries instantanées, le télétravail et désormais les assistants d’intelligence artificielle. Chacune de ces inventions nous a simplifié la vie. Ensemble, elles pourraient être en train d’accomplir quelque chose de beaucoup plus considérable : rendre la parole facultative.
Une analyse publiée en juillet dans Perspectives on Psychological Science, et rapportée par le Washington Post, a étudié des enregistrements provenant de 22 recherches différentes et concernant plus de 2.000 personnes. Le résultat est saisissant : entre 2005 et 2019, la quantité de paroles prononcées quotidiennement aurait diminué de 28 %. D’une année à l’autre, les participants prononçaient en moyenne environ 300 mots de moins par jour, soit deux à trois minutes de parole disparues chaque année. La baisse était particulièrement prononcée chez les moins de 25 ans.
Le « Gen Z stare » n’était peut-être pas qu’une plaisanterie
Sur TikTok, le phénomène a déjà son expression : le « Gen Z stare ». Des vidéos mettent en scène des jeunes employés qui, confrontés à une demande banale d’un client, répondent par un regard fixe, silencieux et quelque peu déconcerté. Une question appelle parfois un geste vers un panneau plutôt qu’une réponse ; une autre, un nouveau silence.
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