Rik Torfs : « L’intelligence manque profondément à la politique »
Invité de bel RTL, le théologien et ancien recteur de la KULeuven Rik Torfs a livré un diagnostic sévère sur le niveau intellectuel du débat public. S’il cite Bart De Wever parmi les rares responsables politiques véritablement intelligents, il distingue cette qualité de la simple habileté politique qu’il attribue notamment à Raoul Hedebouw.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Rik Torfs estime que l'intelligence « manque profondément » à la politique et distingue Bart De Wever, qu'il juge intelligent, de Raoul Hedebouw, qu'il décrit comme « malin » et « rusé ».
Le théologien, juriste et ancien recteur de la KULeuven Rik Torfs n'a pas mâché ses mots ce mardi matin sur les ondes de bel RTL. Invité de Martin Buxant à l'occasion de la sortie de son essai Vérité, il a livré une réflexion plus large sur l'état du débat public et la place de l'intelligence dans la vie politique.
Interrogé sur les personnalités politiques belges qu'il juge « dangereusement intelligentes », Rik Torfs a d'abord contesté la prémisse même de la question.
« Tout d'abord, je crois que l'intelligence n'est pas dangereuse. On en a besoin dans la vie politique et elle nous manque profondément », a-t-il déclaré.
Pour l'ancien sénateur, l'intelligence constitue aujourd'hui une denrée rare dans l'arène politique. Parmi les responsables qu'il considère comme véritablement intelligents, il cite explicitement le Premier ministre Bart De Wever.
« Il y a des gens intelligents, comme d'ailleurs Bart De Wever qui est intelligent, il y a aussi quelques autres », explique-t-il.
Intelligence et habileté politique
Rik Torfs établit toutefois une distinction nette entre intelligence profonde et talent politique. À ses yeux, certaines figures excellent davantage dans l'art de la manœuvre que dans celui de la réflexion.
Il évoque ainsi le président du PTB, Raoul Hedebouw, qu'il qualifie de « malin » plutôt que d'intellectuellement brillant.
« Il y en a qui sont très malins, comme Raoul Hedebouw, par exemple, ce n'est pas la même chose », affirme-t-il.
Relancé par Martin Buxant sur cette nuance, Torfs précise sa pensée : « Malin, rusé, ça fait partie la plupart du temps d'une carrière politique. »
Une formule qui ne remet pas nécessairement en cause l'efficacité politique de Raoul Hedebouw, mais qui souligne selon Torfs la différence entre la capacité à convaincre, manœuvrer ou séduire l'opinion, et une forme d'intelligence plus profonde tournée vers l'analyse et la compréhension du réel.
Le doute, vertu intellectuelle et faiblesse politique
L'analyse de Rik Torfs prend une dimension plus philosophique lorsqu'il aborde le rapport entre intelligence et prise de décision.
Selon lui, les personnalités les plus intelligentes sont souvent aussi celles qui doutent le plus. Or, ce doute, indispensable à la réflexion, peut devenir un handicap dans l'exercice du pouvoir.
« Une intelligence profonde est peut-être parfois une sorte d'entrave, car justement être trop intelligent aspire peut-être aussi aux doutes », estime-t-il.
Pour l'auteur de Vérité, cette tension constitue l'un des paradoxes fondamentaux de la démocratie moderne. Le doute est nécessaire à la qualité du débat public, mais l'action politique exige souvent de trancher malgré les incertitudes.
« Le doute est extrêmement nécessaire dans le débat en société en général, mais en politique parfois il faut prendre les décisions, peut-être même des décisions qui ne sont pas très fondées, mais prendre les décisions », conclut-il.
À travers cette réflexion, Rik Torfs esquisse finalement une critique plus large de la vie publique contemporaine : une politique où l'habileté tactique et la communication occupent souvent davantage de place que la réflexion intellectuelle, alors même que les défis auxquels sont confrontées les démocraties exigeraient probablement davantage de profondeur et de discernement.