« Si tu réussis un jour, tu seras le problème » : Rafik Smati dénonce le procès français des entrepreneurs
Invité de LCI, Rafik Smati s’est insurgé contre la mise en accusation des milliardaires et, « par extension », des entrepreneurs. Pour le chef d’entreprise, la France adresse aux jeunes un message délétère : entreprenez, prenez des risques, mais « si vous réussissez un jour, vous serez le problème ».
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Sur LCI, Rafik Smati dénonce le discours contre les milliardaires, qu’il considère comme une attaque plus générale contre l’entrepreneuriat, l’emploi et la prospérité.
Entreprendre, prendre des risques, créer puis réussir, jusqu’à devenir un jour le problème que la société vous reprochera. C’est le paradoxe que Rafik Smati croit déceler dans le débat français sur les grandes fortunes. Invité de LCI, l’entrepreneur s’est livré à un long plaidoyer en faveur de ceux qui créent des entreprises, accusant l’extrême gauche d’entretenir une hostilité envers la réussite économique dont les milliardaires ne seraient que les premières cibles.
« C’est quoi l’objectif d’un entrepreneur ? L’objectif d’un entrepreneur, ce n’est pas de devenir riche », commence Rafik Smati. Selon lui, l’entrepreneur cherche d’abord à « créer », au prix d’un risque qui ne se limite pas à son capital : renoncer à un emploi salarié, engager son patrimoine, ne pas se verser de salaire ou sacrifier une partie de sa vie personnelle dans l’espoir de faire aboutir son projet.
« Deviens entrepreneur, prends des risques, crée des emplois, réussis... Et un jour, nous te détesterons pour avoir réussi, et tu deviendras le problème. Et peut-être même... un nuisible ! »
— Rafik Smati (@RafikSmati) September 3, 2026
Voilà, en caricaturant à peine, le message que la France envoie aujourd'hui à la… pic.twitter.com/MyQpqdzYVR
« Faire les poches du voisin »
C’est moins la fiscalité des milliardaires elle-même que le ressort politique du débat qui agace Rafik Smati. « Nous avons en France la fâcheuse tendance à vouloir chercher des boucs émissaires et à vouloir faire croire qu’en allant faire les poches du voisin, on allait résoudre tous les problèmes », déplore-t-il.
Nous avons en France la fâcheuse tendance à vouloir chercher des boucs émissaires et à vouloir faire croire qu’en allant faire les poches du voisin, on allait résoudre tous les problèmes.
Rafik Smati
Cette recherche du responsable conduirait, selon lui, à désigner successivement le milliardaire puis, « par extension », l’entrepreneur comme responsables des difficultés du pays. Une assimilation qu’il juge particulièrement dangereuse parce qu’elle transforme la création de richesse en objet de suspicion plutôt qu’en objectif collectif.
Pour illustrer son propos, Rafik Smati prend l’exemple de Bernard Arnault. Il rappelle que la fortune du patron de LVMH dépend essentiellement de la valorisation de ses participations et ne correspond pas à une montagne d’argent disponible sur un compte bancaire. « Quand monsieur Bernard Arnault a perdu 12 milliards dans une journée, ça n’a pas financé une seule école, ça n’a pas financé un seul hôpital, ça n’a enrichi personne », fait-il valoir.
Quand monsieur Bernard Arnault a perdu 12 milliards dans une journée, ça n’a pas financé une seule école, ça n’a pas financé un seul hôpital, ça n’a enrichi personne.
Rafik Smati
L’entrepreneur veut ainsi combattre une représentation qu’il juge trompeuse de la richesse des grandes fortunes : celle d’un patrimoine immédiatement disponible qu’il suffirait de prélever pour le redistribuer. Les très grandes fortunes entrepreneuriales sont en effet largement constituées de participations dans des sociétés, dont la valeur fluctue avec celle des entreprises concernées.
« Un combat contre l’emploi et la prospérité »
Smati renverse alors l’accusation. Lorsqu’une grande entreprise française se développe et se valorise, explique-t-il, cette réussite permet d’investir, d’employer et d’innover, tout en augmentant mécaniquement la valeur du patrimoine de ceux qui la possèdent. L’enrichissement de l’actionnaire apparaît alors moins comme la cause que comme la conséquence de la réussite de son entreprise.
« Le combat contre les milliardaires et par extension contre les entrepreneurs est un combat contre l’emploi, est un combat contre la prospérité », tranche-t-il. Une position qu’il ne présente pas comme une défense personnelle des grandes fortunes : « Moi, je ne suis pas du tout défenseur des milliardaires. En soi, c’est pas mon sujet et je vais vous dire, je m’en fous. »
Le combat contre les milliardaires et par extension contre les entrepreneurs est un combat contre l’emploi, est un combat contre la prospérité
Rafik Smati
C’est précisément derrière cette bataille très visible autour de quelques fortunes considérables qu’il dit apercevoir un phénomène plus profond. À force de présenter l’accumulation de richesse comme un problème en elle-même, la France risquerait selon lui de délégitimer la réussite économique bien au-delà du cercle minuscule des milliardaires.
« Attention, si tu réussis un jour… »
Rafik Smati s’inquiète particulièrement des conséquences de ce discours sur les jeunes générations. Contrairement à l’image d’une France réfractaire à l’entreprise, il affirme rencontrer dans les villes, les campagnes comme les quartiers populaires une « myriade » de jeunes de moins de 20 ans qui aspirent à créer leur propre activité.
« Quel est le message qu’on leur envoie ? », demande-t-il. Avant de le résumer en une phrase : « Attention, si tu réussis un jour, tu seras le problème. »
Dans un message publié sur X après son intervention, l’entrepreneur a encore durci la formule : « Deviens entrepreneur, prends des risques, crée des emplois, réussis… Et un jour, nous te détesterons pour avoir réussi, et tu deviendras le problème. Et peut-être même… un nuisible ! »
Il y voit le résumé, « en caricaturant à peine », du message adressé aujourd’hui par la France à sa jeunesse entrepreneuriale. Pour Smati, le véritable mal français ne résiderait donc ni dans l’existence de milliardaires ni dans celle d’entrepreneurs prospères, mais dans « cette passion française pour la recherche du coupable plutôt que pour la création de richesse ».
Son raisonnement peut naturellement être contesté : critiquer la concentration du patrimoine, réclamer davantage d’impôts sur les grandes fortunes ou discuter de leur influence politique ne revient pas nécessairement à condamner l’entrepreneuriat dans son ensemble.
Mais c’est précisément l’engrenage que Rafik Smati affirme observer : lorsqu’une société commence à regarder la réussite économique moins comme quelque chose à reproduire que comme quelque chose à corriger, le milliardaire constitue peut-être la cible la plus spectaculaire. Le jeune qui rêve aujourd’hui de créer son entreprise, lui, entend surtout ce que l’on dit de ceux qui ont réussi avant lui.