« Votre hémiplégie politique et démocratique est déshonorante » : Sonia Mabrouk répond aux syndicats de RMC BFM
Le SNJ et la CGT de RMC BFM accusent Sonia Mabrouk de « connivence » avec l’extrême droite et de ne pas suffisamment contredire certains de ses invités. La journaliste leur répond en invoquant le pluralisme : « Il faudra s’y habituer. » Une nouvelle querelle qui interroge la conception même du métier de journaliste.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Accusée par le SNJ et la CGT de RMC BFM de complaisance avec « l’extrême droite », Sonia Mabrouk riposte : « Le journalisme, c’est le pluralisme. Il faudra s’y habituer. »
Le pluralisme est une valeur assez consensuelle tant qu’il demeure théorique. Son application semble susciter davantage de difficultés. Après la fronde provoquée à France Inter par l’arrivée de Charles Sapin, c’est au tour de Sonia Mabrouk d’être violemment prise à partie par des syndicats de journalistes de RMC BFM pour la place qu’elle accorde à des personnalités classées à l’extrême droite.
Dans un communiqué publié mercredi 10 septembre, le SNJ et la CGT RMC BFM accusent la journaliste, revenue cette saison à l’antenne et désormais présente sur BFMTV, d’une « inertie qui déshonore la profession ». Sa faute ? Avoir notamment laissé Sarah Knafo développer, lors d’un entretien de 45 minutes le 7 septembre, son propos sur les Français « de souche » et « de branche » sans, selon les syndicats, lui opposer suffisamment de contradiction.
Le journalisme, c’est le pluralisme. Il faudra s’y habituer. Votre hémiplégie politique et démocratique est déshonorante a fortiori en pleine campagne présidentielle . Je ne me laisserai pas salir. https://t.co/Iu4fuYRKoJ
— Mabrouk Sonia (@SoMabrouk) September 11, 2026
« Connivence », « honte » et « apathie antirépublicaine »
Le communiqué ne s’embarrasse guère de précautions. L’expression employée par Sarah Knafo est qualifiée de « notoirement d’extrême droite raciste » et les syndicats reprochent à Sonia Mabrouk de l’avoir laissée occuper « une place conséquente » dans l’entretien « sans aucune opposition, aucun recadrage historique ».
Ils rapprochent cet épisode d’un précédent entretien au cours duquel Bruno Retailleau avait établi un lien entre certains députés de La France insoumise et l’islamisme. Le communiqué s’interroge alors sur la « clémence vis-à-vis de l’extrême droite et de ces idées nauséabondes » dont ferait preuve la présentatrice, avant d'aller plus loin encore : « Peut-on être vraiment surpris de cette connivence lorsque le plateau de Mme Mabrouk donne la part belle aux intervenants d’extrême droite ? »
Le SNJ et la CGT avancent leur propre comptabilisation : les personnalités qu’ils classent à l’extrême droite représenteraient 25,5 % des intervenants de la tranche de Sonia Mabrouk entre le 24 août et le 8 septembre, contre 11,8 % chez Alain Marschall et Olivier Truchot et 4,6 % chez Apolline de Malherbe. Le communiqué reproche également à la direction de ne toujours pas avoir installé de chroniqueur de gauche destiné à « contrebalancer » la présence hebdomadaire de Robert Ménard.
Quand le journaliste doit-il devenir contradicteur ?
Au-delà du cas Mabrouk, le texte devient particulièrement révélateur lorsqu’il définit ce que devrait être, selon ses auteurs, le rôle d’une rédaction : « Quelle honte qu’un positionnement éditorial clair et sans équivoque contre les idées de l’extrême droite soit devenu tabou. »
La formulation dépasse la seule exigence de vérification des faits ou de contradiction d’un invité. Les syndicats revendiquent explicitement un « positionnement éditorial » contre certaines idées politiques et considèrent son absence comme un « renoncement collectif ». Ils dénoncent ainsi le fait de « laisser dérouler des théories racistes et xénophobes sur nos antennes sans contradiction ou presque » et promettent de continuer à combattre ce qu’ils qualifient de « manque de courage » et d’« apathie antirépublicaine ».
La question posée est alors plus profonde que celle de savoir si Sonia Mabrouk conduit bien ou mal ses entretiens. Un journaliste doit naturellement contredire une contre-vérité, interroger une affirmation contestable et mettre son invité face à ses contradictions. Mais doit-il également adopter lui-même un « positionnement éditorial clair et sans équivoque » contre les idées défendues par certaines personnalités politiques ? Ce n’est plus tout à fait la même conception du métier.
« Le journalisme, c’est le pluralisme »
Sonia Mabrouk a choisi de répondre frontalement. « Le journalisme, c’est le pluralisme. Il faudra s’y habituer, écrit-elle. Et d’ajouter : Votre hémiplégie politique et démocratique est déshonorante a fortiori en pleine campagne présidentielle. Je ne me laisserai pas salir. »
La formule retourne ainsi contre les syndicats le terme même qu’ils avaient employé à son endroit. Surtout, elle place le différend sur son véritable terrain : celui du pluralisme. Le SNJ et la CGT ne demandent pas formellement que Sarah Knafo, Robert Ménard ou d’autres personnalités soient exclus d'antenne. Ils considèrent en revanche que leur présence doit s’accompagner d’une contradiction suffisamment affirmée et dénoncent la proportion qu’elles occupent dans la tranche de Sonia Mabrouk.
Reste une difficulté : le pluralisme cesse précisément d’être abstrait lorsqu’il permet à des opinions très éloignées de celles d’une partie de la rédaction de disposer effectivement d’un micro, d’une chronique ou d’un long entretien. Si le journaliste chargé de les recevoir doit simultanément manifester son opposition à leur égard pour satisfaire aux exigences de sa propre profession, la frontière devient ténue entre pluralisme des opinions et pluralisme sous surveillance.