Dissolution : Emmanuel Macron agite-t-il la menace pour éviter une censure ?
Alors que l’hypothèse d’une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale refait surface, le constitutionnaliste Benjamin Morel estime qu’Emmanuel Macron chercherait surtout à utiliser cette menace pour dissuader les députés de censurer le gouvernement lors des prochains débats budgétaires.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Alors que l’hypothèse d’une nouvelle dissolution refait surface, Benjamin Morel estime qu’Emmanuel Macron chercherait surtout à utiliser cette menace pour dissuader les députés de censurer le gouvernement.
Une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale avant l’élection présidentielle de 2027 ? L’hypothèse circule de nouveau dans les rangs de l’exécutif et alimente les spéculations politiques.
Mais pour Benjamin Morel, le scénario est moins simple qu’il n’y paraît. Interrogé par Europe 1, le constitutionnaliste juge peu probable qu’Emmanuel Macron décide réellement de renvoyer les députés devant les électeurs dans les prochains mois. À ses yeux, le simple fait que cette possibilité soit évoquée peut déjà remplir une fonction politique.
« Il cherche à faire pression sur les députés pour que ces derniers aillent à la non-censure », estime-t-il.
Faire planer la menace des urnes
L’objectif serait donc moins de préparer une nouvelle élection législative que de rappeler aux parlementaires ce qu’une chute du gouvernement pourrait entraîner.
À l’approche des discussions budgétaires, l’exécutif doit composer avec une Assemblée fragmentée et avec la possibilité permanente d’une motion de censure.
Dans ce contexte, la perspective d’une dissolution offre à Emmanuel Macron un levier évident : certains députés pourraient hésiter davantage à provoquer une crise gouvernementale s’ils savent qu’elle risque de les conduire eux-mêmes devant les électeurs quelques semaines plus tard.
Autrement dit, la dissolution n’aurait même pas besoin d’être prononcée pour produire des effets. Il suffirait qu’elle apparaisse crédible.
Une stratégie pourtant risquée
Benjamin Morel reste néanmoins sceptique sur l’intérêt réel d’une telle décision. Une nouvelle dissolution pourrait être perçue comme une « manip » politique et aggraver les difficultés du chef de l’État plutôt que les résoudre.
Le président ne disposerait en effet d’aucune garantie de voir émerger une majorité plus favorable à l’issue du scrutin.
Une campagne législative anticipée pourrait au contraire renforcer les oppositions, accélérer les recompositions politiques à droite comme à gauche et placer les différentes composantes du camp présidentiel devant leurs propres intérêts à quelques mois de 2027. La menace peut donc être plus utile que son exécution.
Le budget comme véritable enjeu
C’est surtout le calendrier qui donne du poids à l’analyse du constitutionnaliste.
Les débats budgétaires constituent l’un des moments les plus dangereux pour un gouvernement dépourvu de majorité solide. Les oppositions peuvent s’y retrouver ponctuellement autour d’une motion de censure, même lorsqu’elles n’ont presque rien d’autre en commun.
Dans cette configuration, Emmanuel Macron aurait intérêt à déplacer le coût politique d’une censure.
Faire tomber le gouvernement ne signifierait plus seulement provoquer un changement de Premier ministre. Cela pourrait aussi signifier la dissolution de l’Assemblée et le retour immédiat devant les électeurs. C’est précisément sur ce calcul que reposerait la pression décrite par Benjamin Morel.
Dissoudre sans dissoudre
La situation illustre finalement l’un des pouvoirs les plus particuliers dont dispose le président sous la Ve République.
La dissolution est une arme constitutionnelle spectaculaire lorsqu’elle est utilisée. Mais elle peut également devenir une arme politique tant qu’elle ne l’est pas.
Emmanuel Macron n’a donc pas nécessairement besoin de décider aujourd’hui s’il dissoudra ou non l’Assemblée. À quelques semaines des batailles budgétaires, il lui suffit peut-être que les députés se demandent s’il pourrait le faire.