Adèle Haenel face à la droite en 2027 : des « fascistes, d’horribles personnes aux projets politiques affreux »
Adèle Haenel espère voir Jean-Luc Mélenchon élu en 2027. Pour le reste : des « fascistes ou affiliés », d’« horribles personnes » aux « projets politiques affreux ». Invitée à expliquer son choix sur Radio Nova, l’actrice offre surtout le spectacle d’une gauche qui semble parfois avoir remplacé la contradiction par l’anathème.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Sur Radio Nova, Adèle Haenel souhaite la victoire de Jean-Luc Mélenchon et fustige les « fascistes ou affiliés » et les « horribles personnes ». Mais où sont passés les arguments ?
Adèle Haenel espère que Jean-Luc Mélenchon sera élu président de la République en 2027. C’est son choix, et elle le dit sans détour sur Radio Nova : « Franchement, j’espère que Mélenchon, il sera élu, quoi. Ça, c’est clair. » Ce qui l’est beaucoup moins, c’est ce qu’elle trouve à dire lorsqu’on lui demande pourquoi.
« Ça veut dire ne pas laisser le pouvoir aux mains des fascistes, en fait, ou affiliés », répond l’actrice. Interrogée ensuite sur sa peur d’une victoire de l’extrême droite, elle préfère ne pas être « magnétisée » par « ces horribles personnes qui ont des projets politiques affreux ». Et lorsqu’on revient à son soutien à Jean-Luc Mélenchon : « Là, je vois pas tout à fait d’autres options, en fait. »
Trois minutes de politique peuvent évidemment difficilement contenir un traité de philosophie. On pouvait néanmoins espérer y rencontrer un argument.
L’adversaire est affreux, donc la discussion est terminée
Il existe une multitude de raisons sérieuses de combattre le Rassemblement national. Ses adversaires peuvent attaquer son programme économique, sa conception de l’immigration, ses rapports historiques avec la Russie, ses propositions institutionnelles ou sa conception de la préférence nationale. Ils peuvent même soutenir que son accession au pouvoir constituerait une menace pour la démocratie française. Mais une accusation aussi grave devrait normalement être le commencement de la démonstration.
Chez Adèle Haenel, elle en tient lieu.
Le mécanisme est devenu familier : « fascistes », « affiliés », « horribles personnes », « projets politiques affreux ». Le vocabulaire ne réfute rien puisqu’il classe moralement. Il n’est même plus nécessaire d’expliquer pourquoi l’adversaire aurait tort dès lors qu’on a préalablement établi qu’il appartenait au camp des méchants.
L’actrice veut ensuite parler de ce qui « peut arriver », plutôt que de ces adversaires qui la « magnétisent ». Mais lorsqu’elle tente de préciser cet avenir désirable, la parole se disperse : « les enfants de cette génération », les jeunes « qu’on empêche de vivre à coups de matraque parce qu’ils font des rave parties ou parce qu’ils sautent dans le canal ». Puis : « Ça m’énerve tellement. »
Une gauche qui devrait commencer à s’inquiéter d’elle-même
Le problème dépasse évidemment Adèle Haenel. Il serait même rassurant qu’il ne s’agisse que des divagations politiques d’une comédienne. Mais cette manière de parler de l’adversaire est devenue suffisamment commune dans une partie de la gauche française pour qu’on ne l’entende presque plus : l’extrême droite serait « fasciste » par définition, ceux qui s’en rapprochent deviennent ses « affiliés » et le jugement moral dispense progressivement d’examiner ce qu’ils disent.
C’est une faillite de l’argumentation d’autant plus consternante qu’elle sert admirablement ceux qu’elle prétend combattre. Si le RN représente réellement le danger historique que lui prêtent ses adversaires, la première responsabilité intellectuelle de ceux-ci devrait être de démonter ses propositions avec une précision impitoyable. À la place, ils lui offrent régulièrement le spectacle de personnalités publiques persuadées que prononcer « fasciste » constitue encore une réfutation.
Et pendant ce temps, des millions de Français votent RN. On peut continuer à considérer qu’ils sont égarés, dupés, réactionnaires ou séduits par des politiques dangereuses. Mais lorsqu’un parti approche du pouvoir, répéter plus fort qu’il est « affreux » ne suffit plus. Il faut comprendre pourquoi il progresse, répondre aux problèmes auxquels il prétend répondre et démontrer en quoi ses solutions seraient mauvaises.
Adèle Haenel nous dit qu’elle souhaite Mélenchon, qu’elle ne voit guère « d’autres options » et que ceux d’en face sont des « fascistes ou affiliés » et d’« horribles personnes ». Mais si c’est désormais cela, combattre intellectuellement le Rassemblement national, ses dirigeants peuvent dormir tranquilles.