Et si 2027 était la dernière présidentielle de la Ve République ? (analyse)
Jean-Luc Mélenchon estime les « planètes en train de s’aligner » et célèbre le retour « en force » des communistes et « collectivistes ». Derrière les mots se trouve un projet institutionnel explicite : « révolution citoyenne », Constituante et disparition de la Ve République. Et s’il fallait prendre cette rupture au sérieux ?
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Jean-Luc Mélenchon revendique une « révolution citoyenne » et veut convoquer une Constituante pour abolir la Ve République. Sa progression électorale pose une question : 2027 pourrait-elle être la dernière présidentielle du régime actuel ?
Sommaire
- Une victoire électorale comme moment historique
- « La Ve République a fait son temps »
- Changer dans le système ou changer le système
- Une Assemblée pour écrire une nouvelle Constitution
- Un président de la Ve élu pour organiser sa disparition
- Robespierre, Louise Michel et « ceux qui marchent devant »
- Prendre au sérieux le mot « révolution »
- Ce que 2027 pourrait réellement décider
« Les planètes ont commencé à s’aligner. » Jean-Luc Mélenchon ne cache plus l’espoir que lui inspire la présidentielle de 2027. Dans son discours de Saint-Denis, le candidat de La France insoumise estime que sa présence au second tour est désormais une possibilité réelle. Mais c’est la manière dont il décrit ce moment politique qui mérite attention.
« Cette fois-ci, nous savons que l’adversaire est désorganisé, que l’adversaire est divisé dans chacune de ses composantes, que le peuple français en a par-dessus la tête, qu’il y a besoin dans ce pays d’urgence de passer à autre chose. » Puis Mélenchon inscrit cette possibilité électorale dans une histoire beaucoup plus longue : communistes, anciens socialistes, anarchistes et « collectivistes de la jeune génération » auraient été « expulsés de l’histoire » avant d’y revenir « en force, en nombre, en discipline, organisés méthodiquement ».
Ce pays a besoin d'urgence de passer à autre chose. Les planètes ont commencé à s'aligner.
— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) September 2, 2026
La tentative de nous expulser de l'Histoire, nous les communistes, les passés par le socialisme, les collectivistes de la nouvelle génération et de toutes sortes, a échoué. Nous y sommes… pic.twitter.com/iqDCkmGmSs
Pris isolément, ces mots pourraient n’être que ceux d’un candidat galvanisant ses troupes. Mais Jean-Luc Mélenchon ne propose pas simplement aux Français de remplacer une majorité par une autre. Son programme propose explicitement de remplacer la République dans laquelle l’élection de 2027 doit avoir lieu. C’est cette particularité qui oblige à prendre au sérieux son vocabulaire de rupture.
Une victoire électorale comme moment historique
« Adversaire divisé », « planètes qui s’alignent », communistes et « collectivistes revenus en force », organisation « méthodique », « honneur de marcher devant » : l’enchaînement dépasse le vocabulaire habituel d’un programme fiscal ou social. Mélenchon décrit un cycle historique qui pourrait se rouvrir et une famille politique qui, après avoir été selon lui « expulsée de l’histoire », retrouverait la possibilité d’en prendre la tête.
Il faut immédiatement fixer les limites de cette interprétation. Mélenchon n’appelle pas ici à l’insurrection et rien dans ces propos ne permet de lui prêter un projet de violence révolutionnaire. Il entend conquérir le pouvoir par l’élection. Mais l’élection qu’il espère gagner est explicitement conçue comme le déclencheur d’une rupture institutionnelle. Sa candidature pour 2027 l’affirme sans détour : « L’heure du grand changement est venue. » Et son projet porte depuis longtemps un nom : la « révolution citoyenne » et le passage à la Sixième République.
Le mot de révolution n’est donc pas celui que lui accolent ses adversaires pour le diaboliser. C’est celui qu’il a choisi pour décrire son propre projet politique.
« La Ve République a fait son temps »
Le programme de Jean-Luc Mélenchon consacre toute une partie à cette « révolution citoyenne ». Son diagnostic est explicite : « La Ve République a fait son temps. » Le régime actuel y est décrit à travers la concentration du pouvoir présidentiel, le poids d’une « caste » de privilégiés et une démocratie dans laquelle le peuple ne disposerait plus suffisamment des moyens d’exercer directement sa souveraineté.
Les références historiques choisies pour introduire cette ambition ne sont d’ailleurs pas anodines. Robespierre y apparaît avec cette formule prononcée devant la Convention : « La source de l’ordre, c’est la justice. » Louise Michel, grande figure de la Commune de Paris, est également convoquée : « Ce que nous voulons, c’est l’autorité de tous. » Ces citations ne permettent évidemment pas de conclure que Mélenchon rêve de reproduire 1793 ou 1871. Mais elles disent quelque chose de la tradition politique et de l’imaginaire historique dans lesquels son projet choisit lui-même de s’inscrire.
La table des matières du programme ne cherche guère davantage l’euphémisme : « Le pouvoir au peuple », « Abolir la monarchie présidentielle », « Balayer l’oligarchie, abolir les privilèges de la caste » ou encore « La Révolution citoyenne dans les médias ». Un autre chapitre, intitulé « Par-delà la propriété privée », prévoit notamment de « collectiviser les biens communs fondamentaux ». On peut approuver ces propositions ou les combattre. Il devient en revanche difficile de présenter l’ensemble comme une alternance politique ordinaire.
Changer dans le système ou changer le système
Le psychothérapeute et théoricien de la communication Paul Watzlawick distinguait deux catégories de changement. Le changement de type 1 se produit à l’intérieur d’un système dont les règles fondamentales demeurent les mêmes. Le changement de type 2 porte, lui, sur le système et ses règles. Cette distinction fournit une grille particulièrement éclairante pour comprendre ce que signifierait une victoire de Jean-Luc Mélenchon.
Une alternance présidentielle traditionnelle relève principalement du premier type. Une majorité remplace l’autre et modifie les impôts, les retraites, la politique migratoire, les dépenses publiques ou la politique étrangère. Elle peut même réviser ponctuellement la Constitution. Mais la compétition politique continue à se dérouler selon les règles fondamentales du même régime.
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