Un enseignant accusé de « transphobie » pour avoir parlé du sexe des fleurs et de la reproduction des lapins
Architecte et chercheur spécialisé dans le paysage et l’environnement, Tangi Le Dantec affirme avoir été dénoncé anonymement par des étudiants pour « transphobie ». Son tort, selon lui : avoir enseigné Darwin et les stratégies de reproduction biologique des plantes et des animaux. Sa direction souhaiterait désormais se séparer de lui.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Tangi Le Dantec affirme avoir été accusé de « transphobie » par des étudiants après avoir enseigné Darwin et la reproduction biologique des plantes et des animaux.
Il enseigne depuis vingt ans. Il est architecte, chercheur, spécialiste de l’urbanisme, du paysage, de l’environnement et de la santé. Il a publié sur l’histoire des jardins, travaillé sur la botanique et enseigné dans plusieurs établissements. Tangi Le Dantec raconte pourtant avoir découvert cette année une limite nouvelle à son enseignement : parler du sexe biologique des plantes et des animaux lui aurait valu d’être accusé de « transphobie » par des étudiants.
Invité sur CNews par Christine Kelly, l’enseignant raconte qu’il dispensait un cours faisant intervenir les stratégies de reproduction des espèces. « Je parlais des plantes et des lapins », insiste-t-il. Lorsqu’il a affirmé que le sexe possédait « une réalité biologique », certains étudiants se seraient insurgés, estimant selon lui que le sexe relevait au contraire du « choix personnel ».
L’affaire ne se serait pas arrêtée à la salle de cours. Le Dantec affirme avoir fait l’objet d’accusations anonymes reprises par la direction de son école. Sur X, il précise que celle-ci souhaiterait désormais « se séparer de lui avant la rentrée ». Contactée publiquement ou non, la version de l’établissement n’apparaît pas disponible à ce stade ; ces éléments reposent donc sur le témoignage de l’enseignant.
Tangui Le Dantec, professeur d'écologie dans une école où il enseignait, entre autres, la reproduction de espèces, livre son récit après avoir été taxé de «transphobe» par les élèves, sans soutien de la part de sa direction, dans #Facealinfo pic.twitter.com/VA09FgwgGq
— CNEWS (@CNEWS) September 3, 2026
« Même si je parle du sexe des fleurs »
Le profil de Tangi Le Dantec donne à l’épisode une dimension particulière. Il n’est ni militant spécialisé dans les questions de genre ni professeur ayant décidé de consacrer son cours à la transidentité. Les Éditions du Moniteur le présentent comme architecte et chercheur spécialisé dans l’urbanisme « sous l’angle conjugué du paysage, de l’environnement et de la santé ». Il a notamment codirigé en 2018 Bien vivre la ville. Vers un urbanisme favorable à la santé.
Le Domaine de Chaumont-sur-Loire, où il a conçu avec son père Jean-Pierre Le Dantec un jardin pour le Festival international des jardins, indique qu’il s’est initié dès l’enfance à la botanique auprès du chercheur André-Georges Haudricourt. Il est architecte diplômé d’État et est également présenté comme intervenant à l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-La Villette dans un enseignement consacré aux rapports entre architecture, paysage et qualité environnementale. Un ancien catalogue de l’École des ingénieurs de la Ville de Paris le mentionne par ailleurs dans l’équipe enseignante envisagée d’un cours de « Santé et urbanisme ».
En 2019, il a cosigné avec Jean-Pierre Le Dantec Histoire contemporaine des paysages, parcs et jardins. Le sauvage et le régulier, un ouvrage de 328 pages publié aux Éditions du Moniteur et consacré notamment à l’évolution de l’art du paysage et aux nouvelles techniques horticoles écologiques.
C’est donc dans cet univers que prennent place, selon lui, les fameux lapins et les fleurs. « J’enseigne Darwin et les stratégies de reproduction des espèces animales et végétales, qui sont basées sur la sexualité au sens biologique », explique-t-il sur X. Avant d’ajouter : « Même si je parle du sexe des fleurs ou du taux de reproduction des lapins. »
L’intéressé prend d’ailleurs soin de préciser qu’il ne prétend à aucune expertise sur la transidentité et que celle-ci n’était pas enseignée dans ses cours. « Je ne me considère pas compétent en matière de transidentité et de transactivisme, écrit-il dans un second message. Ces questions ne furent jamais abordées durant mes cours. »
Autrement dit, en considérant que son récit est exact, la querelle n’est même pas née d’un enseignement sur les personnes transgenres. Elle serait née de l’emploi de la catégorie biologique de sexe à propos de la reproduction des espèces.
Quand le « ressenti » entre en collision avec le cours
Sur CNews, Tangi Le Dantec raconte avoir été rudoyé par ses directeurs et qualifié d’« enseignant à problème ». Ce qui lui aurait été reproché ? « Tout ce qui est susceptible de froisser la sensibilité, l’hypersensibilité des étudiants », répond-il. Il assure n’avoir jamais rencontré pareille situation en vingt ans d’enseignement.
C’est évidemment ici que la version de l’établissement devient indispensable. On ignore la teneur exacte des signalements anonymes, leur contexte complet, les éventuels autres griefs formulés contre l’enseignant et les raisons précises pour lesquelles sa direction envisagerait, selon lui, de mettre fin à leur collaboration.
Son témoignage pose une question qui, elle, ne devrait rien avoir d’idéologique. La reconnaissance de l’identité de genre de personnes trans n'abolit évidemment pas l'existence du sexe comme catégorie biologique, et certainement pas lorsqu'un enseignement porte sur la reproduction sexuée des végétaux et des animaux.
C’est même ce qui rend l’accusation racontée par Le Dantec si difficile à comprendre. Une université ou une école peut demander à ses enseignants de respecter leurs étudiants ; elle peut encadrer la manière dont sont abordées des questions humaines sensibles.
Mais si la simple description de la reproduction sexuée devient susceptible d’être réinterprétée comme une prise de position sur l’identité de genre, la difficulté n’est plus seulement pédagogique. Elle touche à la possibilité même de distinguer un fait enseigné du jugement moral qu’un étudiant croit y entendre.
Le Dantec résume cette rupture d’une formule : « une génération du ressenti par rapport au réel ». C’est une généralisation que rien ne permet d’étendre à toute une génération. Son propre cas, s’il est confirmé dans les termes où il le raconte, suffirait déjà largement.